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Neil Young › Psychedelic Pill

  • 2012 • Reprise 9362494859 • 2 CD
  • 2012 • Reprise 531980-1 • 3 LP 33 tours

cd1 • 4 titres • 52:44 min

  • 1Driftin’ Back27:37
  • 2Psychedelic Pill3:28
  • 3Ramada Inn16:50
  • 4Born in Ontario3:49

cd2 • 5 titres • 35:57 min

  • 1Twisted Road3:29
  • 2She’s Always Dancing8:33
  • 3For the Love of Man4:14
  • 4Walk Like a Giant16:29
  • Bonus Track
  • 5Psychedelic Pill (Alternate Mix)3:12

enregistrement

Enregistré par John Hanlon, assisté de John Haussman et Jeff Pinn, aux studios Audio Casa Blanca et Broken Arrow Ranch, Redwood, Californie. Sauf l’intro acoustique de Driftin’ Back : enregistrée au studio Lava Tracks, Ramuela, Floride, par John Nowland, assisté de Charles Brotman.Mixé au studio Redwood Digital par John Hanlon et Neil Young. Masterisé par Tim Mulligan au studio Redwood Digital. Produit par Neil Young et John Hanlon, assistés de Mark Humphreys.

line up

Ralph Molina (batterie, voix), Poncho Sampedro (guitare, voix), Billy Talbot (basse, voix), Neil Young (guitare, voix, harmonium, stringman, sifflements), Dan Greco (tambourin, cloche)

remarques

Logo/pilule Crazy Horse : Rebecca Holland. Illustration : Lori Anzalone. Lettrage et coloriage : Gary Burden. Direction artistique/design : Gary Burden, Jenive Heo, R Twerk & Co.
Le troisième LP de l’édition vinyle est gravé sur une seule face. La deuxième version (mix alternatif/bonus) du morceau Psychedelic Pill en est absente.

chronique

Styles
rock

Tout est cyclique, dans ce disque – à commencer par cette plage sans fin en ouverture ; près de vingt-huit minutes au début d’un double-album, histoire de poser l’ambiance. Neil Young « glisse en arrière », dans le temps. Le morceau alterne et remet les bouts de phrases sans logique apparente. Un vieil homme dans un monde cassé ? Des bribes – sur ce que Young comprend encore de l’univers et des vivants, sur Picasso, sur la coupe hip-hop qu’il va se faire et comment il a chopé son mantra ; du peut-être bien plus pragmatique qu’il semblerait – « When you hear my song now, you only get five percent/You used to get it all » : ça peut d’abord sembler du dédain d’ancien déconnecté qui éreinterait l’incurie des générations d’après, insensibles à son art, voire un public qui vieillirait plus mal que lui, qui aurait oublié des idéaux par lui seul tenus... D’un autre côté, combiné à d’autres desdites bribes – « Don’t want my mp3 » – ça peut aussi prendre un autre sens quand on se rappelle que deux ans plus tard, Young tentera de lancer une alternative audit mp3 (le baladeur Pono, avec tout un système lié) ; ça peut parler perte sensorielle dans la compression, l’information qui se dégrade à mesure que la technique s’épand en pur rendement. Neil Young revient, tourne, cycle, disais-je – mais ne ressasse pas. A son âge – soixante-sept ans cette année-là – le gars, comme je le répète (voir la chronique de Le Noise, l’album de 2010, lui seul et sa guitare, ce coup), n’a plus rien à prouver. Il en a fait, en a tenté – de l’acoustique nue aux effarants montages de bouts de fracas (Arc, en 1991), de « l’americana » à une sorte de new wave au vocodeur (le généralement méprisé – mais par combien écouté au-delà du « pour vérifier » ? – Trans de 1982) ; du doo-wop (Evrybody’s Rockin, en 1983 ; bien mal aimé aussi, celui-ci, des cohortes) aux accointances avec de supposés héros du grunge (Mirror Ball, en 1995, avec l’intégralité de Pearl Jam moins son chanteur – et étonnamment direct, brut, pour ceux-là) ; d’une B.O. de feu glacé pour Jarmush (Dead Man, 1996) aux épisodes récurrents de retour à l’acoustique, encore. Cycle, disais-je. Et Young, ici, retrouve Crazy Horse – son groupe électrique, rock, cru, « de toujours ». Cycles – mais ceux-là, dans les répétitions, les réitérations, recombinent, recréent, régénèrent ; changent – encore une fois – le sens et les perceptions. Young redit, replace – et ne délivre d’aucune amère hauteur une quelconque indiscutable sagesse. L’album alterne longues plages – Driftin’ Back donc, Ramada Inn, Walk Like a Giant – et chansons concises. Simples célébrations, aussi, et narrations douloureuses, des dangers de la satisfaction facile, du « c’est bien assez pour que ça dure » qui tourne au lent désastre – la lente et tragique érosion du quotidien qui se fige et se délite, se dégrade malgré l’amour du soleil qui « vient avec chaque matin » (Ramada Inn… terrible et fataliste). Cette femme qui n’est plus jeune et danse encore – et d’autres occurrences de grâce qui ne demandent pas si ça se fait, ce que pensent les esthètes théoriques et autres publicistes, de ce bonheur recommencé. Psychedelic Pill – malgré son titre ; le morceau éponyme, en passant, si déformé en soit le son de guitare phasé, parle encore de trouver une joie claire, et d’en devenir la source, de la passer à ceux autour plutôt que d'une quelconque illumination psychotrope – n’a rien d’un bilan, d’une somme, d’un résumé de fin de carrière. Il poursuit, lui aussi. Le son en est limpide – le groupe pas moins en riffs et batterie scandée qu’ailleurs mais l’électricité en faisceaux nets plutôt qu’en nuages lourds, cette fois. Toujours parfaitement ensemble, toujours intuitif dans ses changements – imperceptibles, progressifs, cycliques eux aussi, sous l’allure d’abord d’un bloc de chaque chanson. Rien ne change. Rien n’est jamais pareil. Et c’est une illusion de croire qu’on aura saisi en l’une ou l’autre proposition la pleine vérité. Neil Young développe et articule – son jeu de guitare aux mélodies dessinées, tranchées, aux phrases soudain perçantes et aux flottements expectatifs, préliminaires, liminaires autant que ses mots en flux et nuances, angles changés, questions mises en miroir qui répondent ainsi à d’autres pistes, hypothèses, aphorismes qui autrement se figeraient. La groupe sait toujours quoi faire de cette matière – et se laisse faire par sa propre coulée, la modèle en cherchant, en tournant aux courbures et tours de la veine. Ça n’est – vraiment – pas rien de parvenir à ça. C’est presque miraculeux – en tout cas pas commun – de garder ça au fil des ans, des décennies. J’allais dire « intact », ce serait plutôt « en mouvement » – ce serait plutôt ça, le rarement égalé : parvenir à ce que ce soit la même chose, deux dimensions mêlées au point de devenir indiscernables, ces deux qualités. Psychedelic Pill ne s’annonce pas en révolution. Young énonce calmement que « ça n’a jamais plus, ensuite, la magie de la première fois, une fois ramené à la maison » – sans se désoler ni jouer au prophète, au gourou de l’extinction du désir. Neil demande : pourquoi vouloir marcher comme un Géant sur la Terre ? Et combien sont-ils – tous âges considérés ou mis à part – à pouvoir le dire sans que ça tue tout le plaisir du pas, de l’enjambée, des lieux et des lieues… Combien de chansons, en écho à la question, nous tomberaient encore dessus comme un déluge de vie, agité, nous poussant à poursuivre alors que son existence, à celui même qui chante, chemine comme toutes les autres, au bout, au crépuscule d’un jour de plus retranché au décompte ?

note       Publiée le jeudi 27 février 2020

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taliesin › vendredi 28 février 2020 - 11:46  message privé !

Clair que dès le premier titre on se dit "bordel..." ;-) 'Ramada Inn' est juste beau à pleurer. Et 'Walk like a giant', dès que j'ai les sifflements en tête, c'est foutu lol :-p

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Dioneo › vendredi 28 février 2020 - 10:34  message privé !  Dioneo est en ligne !
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J'irai pas jusque là mais... étonnant, hein, oui, comme il ne font quasi rien d'anecdotique, encore (après tant d'années, donc), sur celui-là ? Il n'y a guère que For the Love of Man que je trouve un poil zappable, là-dedans - et encore, là je me rends compte ne l'écrivant que la mélodie de ladite me colle encore à la tronche, depuis hier. Et puis... des trucs de la trempe de Driftin' Out, Ramada Inn (qui rigole pas du tout, donc) ou Walk Like a Giant, je dois avouer que je m'attendais pas forcément à ça quand j'ai mis le CD (enfin, l'un puis l'autre) la première fois dans le lecteur ! Le plus beau étant qu'aux nombreuses réécoutes je me suis jamais dit - bien au contraire - que c'était un effet bluff ou à l'épate, cette première impression...

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taliesin › vendredi 28 février 2020 - 10:15  message privé !

Je vénère cet album <3

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