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Throbbing Gristle › The first annual report of Throbbing Gristle

cd | 6 titres

  • 1 Very friendly [18:13]
  • 2 Dead Bait [3:23]
  • 3 10 pence [5:10]
  • 4 Whorle of sound [4:55]
  • 5 Final Muzak [5:29]
  • 6 Scars of E [6:23]

enregistrement

1975

chronique

On ne peut pas évoquer un groupe aussi important que Throbbing Gristle, une des formations qui fut à l'origine de la musique "industrielle", en parlant uniquement de musique, justement, tant leur démarche s'inscrit dans un mouvement artistique plus vaste visant à une remise en question fondamentale des valeurs traditionnelles de la société, à leur subversion, et ce par la ré-appropriation séditieuse de certains de ses codes, pour mieux les faire exploser de l'intérieur. Si ces premiers enregistrements studios, qui ne connurent que très tardivement une véritable sortie (histoire d'entretenir le mythe ?), datent semble-t-il de 1975 (l'année même où Lou Reed balança à la face d'un public médusé son fameux "Metal machine music", est-ce vraiment un hasard ?), c'est en 1977 que parut le premier album "officiel" du groupe. Et cette date doit bien évidemment nous interpeller, puisqu'elle verra également l'avènement du punk, qui en tant que mouvement d'idées, poursuit les mêmes manœuvres subversives, même s'il le fait d'une manière moins sombre et moins tortueuse. Les membres de Throbbing Gristle se veulent des artistes contemporains plus que de simples musiciens : plusieurs de leurs installations et de leurs happenings, jouant avec des symboliques de rites sacrificiels nazis, de cérémoniaux pornographiques, de meurtres violents... firent scandale. Genesis P-Orridge, qui lui-même joue sur les ambiguïtés émanant de sa personne et de son identité sexuelle, y débitait ses histoires de transgression glauques et sanglantes sur un ton monocorde (ce qu'il continue à faire ici) ; ses partenaires s'y mettaient à nu sur quelques sonorités de synthé très cheaps - on faisait avec les moyens du bord. Il fallait provoquer le scandale et l'indignation par une morale destructrice... Le collectif "COUM Transmissions" (dont faisaient partie les membres du futur groupe) y réussit avec une performance nommée "Prostitution" à la gallerie ICA de Londres, qui marqua également la fin de son existence. La musique n'était qu'un autre moyen pour parvenir aux mêmes fins... Pour en revenir à ce premier disque, cette œuvre "cachée" qui ne fit sa ré-apparition qu'en 2001, eh bien il reste à mon sens (et rétrospectivement) une pièce fondamentale, essentielle du puzzle. Tout Throbbing Gristle est déjà là, sans compromission ni tâtonnement : peu ou pas d'accroches mélodiques ou rythmiques, du bruit, des boucles harsh noise qui se meuvent en rotations machiniques infernales ("Final Muzak", irrésistible), parfois insupportables, des échos électroniques d'outre-tombe qui confèrent à la chose un aspect rituel ("Scars of E"), des tôles froissées, un son totalement crade et brouillé. Sur l'impressionnant "Very friendly", Genesis P-Orridge éructe durant plus de dix-huit minutes son histoire macabre alors que la machine à broyer s'emballe de plus en plus avant de s'abîmer doucement ("There's been a m...m...murder..."). "10 pence" prolonge cette expérience extrême de manière moins torturée mais plus percutante. Les bruits de foules, conversations, discours, se mêlent le plus souvent subrepticement à la boueuse avalanche sonore ("Whorle of sound"). L'aspect quasiment horrifique de cette musique ne doit pas nous faire oublier un facteur essentiel, que les pochettes et les pseudonymes des membres du groupe nous rappellent : le second degré - derrière le marasme, il y a la dénonciation en bonne et due forme d'une société qui consomme "industriellement" l'art. Genesis P-Orridge imite donc le philosophe cynique qui avait l'habitude de cracher tout le temps, et que Platon invita chez lui en lui demandant de ne rien salir : pour ne pas cracher par terre, il lui crache à la figure. En conclusion, il y a dans cet "album" jusqu'au-boutiste et génialement inaudible l'essence même de Throbbing Gristle. Je serais presque tenté de dire qu'il est inutile d'aller plus loin. Mais ils iront plus loin, et influenceront de manière déterminante tous les groupes de rock qui auront cessé de croire en l'Homme, de Suicide à Joy Division. Indispensable.

note       Publiée le mercredi 12 avril 2006

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Hazincourt › dimanche 4 septembre 2016 - 17:32  message privé !

Là je trouve le son pas mauvais, et l'ensemble assez cohérent. Oui j'ai lu quelque chose à propos du non crédit de Peter sur les sorties cd de Dossier, considérées comme bootlegs, ce qui est assez étrange car il y a des albums de Psychic TV et de Splinter Test qui sont aussi sur le label, donc GPO avait donné l'autorisation et les enregistrements. En plus ce label a que des pointures, je les vois pas jouer dans le bootlegs.

dariev stands › dimanche 4 septembre 2016 - 14:14  message privé !
avatar

Il y a pas mal de sorties comme ça sur Dossier,apparemment considérés comme "bootlegs" (par brainwashed.com en tout cas) où P-Orridge a systématiquement omis de créditer Christopherson (pourtant c'est l'autre qui lui a piqué sa gonzesse... ahem). Je m'étais infligé Giftgas quand je bossais sur un article sur P-Orridge, pas un souvenir très tenace, hormis que le son était vraiment naze et que ça me donnait envie de réécouter Kluster! Mais du coup je vais tester le titre que tu dis...

Hazincourt › samedi 3 septembre 2016 - 13:41  message privé !

J'ai choppé il y a peu "Kreeme Horn" sur Dossier Records, apparemment enregistré aussi en 1975 et en studio, une tuerie, le petit frère de ce "first annual report", mention spécial à "Merely Nodding" un titre de ouf !

Wotzenknecht › samedi 22 novembre 2008 - 00:05  message privé !

"Si ces premiers enregistrements studios, qui ne connurent que très tardivement une véritable sortie (histoire d'entretenir le mythe ?), datent semble-t-il de 1975" toutes les sorties du fameux First Annual report dont il est question ici mais aussi la réédition CD sous le nom 'very friendly' et sa récente réédition en LP n'ont toujours été que des bootlegs, le groupe s'étant refusé à le publier officiellement. Il n'a pas empêché leur diffusion non plus vu leur goût pour ce type d'agissement DIY.

Note donnée au disque :       
kama › mardi 17 juin 2008 - 15:09  message privé !
Ouais Sister Ray, a fond, dans les themes et la forme. T'facon, on connait le culte que voue GpO au rock 60/70s.
Note donnée au disque :