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Compilations - Bandes originales de films › Midnight Cowboy (OST)

lp/cd | 12 titres | 37:08 min

  • 1 Everybody’s Talkin’ [Harry Nilsson] [2:32]
  • 2 Joe Buck Rides Again [John Barry] [3:47]
  • 3 A Famous Myth [The Groop] [3:24]
  • 4 Fun City [John Barry] [3:53]
  • 5 He Quit Me [Lesley Miller] [2:46]
  • 6 Jungle Jim At the Zoo [Elephant’s Memory] [2:16]
  • 7 Midnight Cowboy [John Barry] [2:48]
  • 8 Old Man Willow [Elephant’s Memory] [7:04]
  • 9 Florida Fantasy [John Barry] [2:11]
  • 10 Tears and Joys [The Groop] [2:31]
  • 11 Science Fiction [John Barry] [1:58]
  • 12 Everybody’s Talkin’ (Reprise) [Harry Nilsson] [1:54]

line up

John Barry (composition et arrangements sur 2, 4, 7, 9 et 11 ; supervision musicale), George Tipton (chef d’orchestre sur 1 et 12), Garry Sherman (arrangements et chef d’orchestre sur 3, 5 et 10) ; Harry Nilsson (1 et 12), The Groop (3 et 10), Lesley Miller (5), Elephant’s Memory (6 et 8)

chronique

Le parfait crève-cœur… Pas un tire-larme – et c’est encore pire. L’œil sec qui filme – le mal humide qui ronge les clapiers, les mecs dedans... Midnight Cowboy de John Schlesinger – Macadam Cowboy, par ici ; allez comprendre – flanque un terrible spleen. La ville – New York à la fin des années soixante – y est dure aux rêveurs et autres riens-du-tout. Les jouisseurs n’ont pas le temps de s’apitoyer. Joe Buck (John Voigt), débarqué de son Texas, cherche fortune (ou à défaut, joli pécule au moins, à entasser) ; veut jouir lui aussi – mais aimer, autant, lui, drôle d'idée ; faire le gigolo pour les rombières, avec sa belle panoplie, sa gueule de couillon touchant, son découplé fait pour elles ; il se souvient la grand-mère ou les tantes, les premiers désirs pour ces chairs défraîchies… ; innocent aux dents longues. Rizzo (Dustin Hoffman), "Ratso" n’est qu’une petite ordure entre mille – minable survivant qui gratte, arnaque et tousse dans le taudis. La rencontre se fait sur une tromperie. Toute rencontre est tromperie, ici, tout le monde cherche à tout prendre en lâchant le moins possible, en ne donnant pas. Se vendre même est difficile – et la cliente fait mine de s’indigner pour congédier l’étalon Buck... Schelsinger filme les rues-dépotoirs, les réduits délabrés. Les agapes de luxe où les drogues coulent soudain – miracle pour l’ambiance, le théâtre, rendre propice la tentation de l’échange, de la transaction. Les deux farauds sont dépassés – mais soudés, maintenant. En fond défilent d'impeccables mécaniques pop – du trompe-l’œil habile en cette queue d’époque où les fabricants ont vite récupéré les élans de liberté, les idées et poussées psyché. Nouveaux Tin Pan Alley qui font du faux-Mamas & Papas, du simili Spirit ou White Noise ou Fifth Dimension, Undisputable Truth… La soul clinquante, brillants foutus dans l’orgie. Au vrai c'est admirable, d’accord, du point de vue de la facture – chaque tranche dans son genre parfaitement aboutie. Les chansons commentent en souriant trop blanc (Jim-de-la-Jungle dans le Zoo...). La musique de l’âme… Qu’il faut s’arracher car sinon, gâtée qu’elle est, on pourrait en pâtir, nausées, douleurs lancinantes, bien pire. Bien sûr il y a le tube – Everybody’s Talkin’, ici coupé en deux – qui aurait dû nous mettre sur la voie. Ça parle d’abandon mais celui-là est impossible – ce qu’on laisse dans le Greyhound (ces cars qui sillonnent, tracent de côte à côte), c’est ce qu’on perd à jamais, pas ce qu’on voudrait laisser, le lest. Et puis la musique de John Barry… Musique "incidente", trompeusement. Toutes "ses" plages baignées dans un bleu souillé, aquarelles déprimées qui ne parviennent pas à recouvrir le grisâtre du ciel et des plâtras. Et ce thème-titre… Saloperie de thème qui entre en fraude, doucement, et ne sort plus jamais. Putain de voile qui tombe – ou qui se lève sur la ruine et dévoile tout ce qui n’est plus à faire (parce que ça y est, d’ors et déjà, tout est raté). Au vrai – au cinéma ou ailleurs – je vois très peu de ceux-là – les "thèmes" – qui puissent me foutre un tel cafard et une telle envie de chaleur, de chialer pour ceux qui tombent (comme une pauvre averse). Je vois peu de choses, aussi, qui fasse autant désirer l’aube (Harlem Love Theme, allez, tout au plus, sur une autre BO). Les autres morceaux de Barry n’arrivent même pas à faire tout à fait contraste – en tout cas à nier cette perdition du thème principal (à désamorcer celle de l’histoire, du film, l’inéluctable). Même l’ironie-cocktail de la Florida Fantasy ; même la pastorale de Joe Buck Rides Again. Ces pièces, à vrai dire, sont tout ce qui sonne juste, vrai – avec le fameux Everybody’s de Nilsson, donc (écrit par Fred Neil, au fait) – dans cette cité avide, dans cette histoire où tout ce qui réjouit est un piège. Dans cet âge d’adultes jeunes ou faisant comme si, irresponsables, amoraux mais aguerris – qui attendent nos amis comme autant d’arthropodes prédateurs et blasés, aux fonds de leurs pièges. (Ou bien peut-être simplement, elles et eux également convaincus par les propagandes en couleur, les ayant comprises autrement, cherchent à survivre en poursuivant en même temps leurs plaisirs, leur songe, et le "coup" – celui d’un moment pour oublier un peu ; celui faramineux pour se mettre à l’abri… Mais il n’y a plus d’abri et le besoin ronge, érode et vide). Beaucoup de lendemains et peu de fêtes, en somme. La vie qui n’est pas tendre et eux – Joe et Ratso – qui marchent toujours. Puis finalement décrochent – la lune ou autre chose, ou tout court (voyez, avez vu, verrez). Et montent dans le fameux car. "Goin’ where the weather suits my clothes"… Mais ce serait où, ça, ô doux escrocs ? Ce serait quand. Eh, cowboy : le soleil est rasant, tu sais, sous cette longitude... Et le thème me revient. Et quel parfait foutu crève-cœur.

note       Publiée le lundi 26 février 2018

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Bernard › mardi 27 février 2018 - 10:07  message privé !

Film qui m'a marqué à tout jamais. Et superbe BO!

Raven › lundi 26 février 2018 - 12:00  message privé !
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Terrible film...terrible chanson.

(N°6) › lundi 26 février 2018 - 10:47  message privé !
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Idem. Pas mieux.

Rastignac › lundi 26 février 2018 - 10:07  message privé !
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J'adore le film, j'adore la BO ! Encore un truc découvert grâce à Faith no More aussi...