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Compilations - Bandes originales de films › Mulholland Drive

  • 2001 - Milan, 198 500-2 (1 cd)

cd | 17 titres | 74:04 min

  • 1 Angelo Badalamenti - Jitterbug [01:27]
  • 2 Angelo Badalamenti - Mulholland Drive [04:16]
  • 3 Angelo Badalamenti - Rita Walks / Sunset Boulevard / Aunt Ruth [01:55]
  • 4 Angelo Badalamenti & David Lynch - Diner [04:16]
  • 5 Angelo Badalamenti - Mr. Roque / Betty's Theme [04:06]
  • 6 Milt Buckner - The Beast [02:29]
  • 7 Sonny Boy Williamson - Bring It on Home [02:39]
  • 8 Linda Scott - I've Told Every Little Star [02:17]
  • 9 Angelo Badalamenti & David Lynch - Dwarfland / Love Theme [12:14]
  • 10 Angelo Badalamenti & David Lynch - Silencio [04:27]
  • 11 Rebekah Del Rio - Llorando (Crying) [reprise de Roy Orbison] [03:32]
  • 12 Blue Bob - Pretty 50's [03:02]
  • 13 Blue Bob - Go Get Some [07:08]
  • 14 Angelo Badalamenti - Diane and Camilla [04:48]
  • 15 Angelo Badalamenti - Dinner Party Pool Music [01:26]
  • 16 Blue Bob - Mountains Falling [08:15]
  • 17 Angelo Badalamenti - Mulholland Drive / Love Theme [05:40]

extraits vidéo

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line up

Angelo Badalamenti, Bluebob, David Lynch, Milt Buckner, Sonny Boy Williamson, Linda Scott, Rebekah Del Rio

chronique

Styles
musique de film
ambient
dark ambient
drone
indus
jazz
blues
pop
Styles personnels
bande-originale de chef-d'oeuvre

Un coup de foudre. Dès les premières secondes. Une rencontre comme on en fait une seule fois, deux si on a de la chance, dans une vie. Des corps qui dansent et se multiplient sur fond vert, de façon absurde, sur une musique swing, de laquelle émerge quelque chose de bizarre. Un bourdonnement dans l'oreille au-delà des clap-claps qui fond balancer les corps. Une lumière aveuglante qui crame des visages rayonnants de bonheur. Oh, les pretty fifties. Un autre corps, allongé dans un sommeil perturbé. Noir. Une mélodie lancinante, terrifiante, tragique, dont chaque écoute encore aujourd'hui me fait frissonner et m'amène au bord des larmes. Une route serpentine au dessus de la ville des anges, dans les lumières des phares son nom qui ne résonnera plus jamais seulement pour ce qu'il est : "Mullholland Dr.". Comme foudroyé par l'évidence que rien ne sera plus jamais pareil. La rencontre avec quelque chose de trop grand pour soi et qui en même temps, correspond absolument à toutes les circonvolutions de votre pauvre cerveau. L'impression que tout était là depuis toujours. Etrange sensation de se dire qu'après un peu plus de deux heures, à la sortie d'un cinéma près de la place de la Nation, à Paris, le monde n'est plus tout à fait le même, parce qu'on a fait LA rencontre. Après c'est l'obsession. Y retourner, s'y replonger, comme dans les bras de celle de laquelle on est tombé alors amoureux absolument. Ces premières fois là resteront gravée pour toujours. Comme le second rendez-vous, où tout se réassemble de façon logique, où la stupeur cède la place à la jubilation semi-hystérique. Où, bien qu'on ait déjà tremblé comme une feuille, on re-tremble par le truchement du génie de la mise en scène et de la musique, ou plus exactement de ces drones cauchemardesques sans équivalent, cet horrible sensation pure de terreur partagée (la pire sorte qui soit) que les quatre minutes au "Diner" suscitent même détachées du film, par le simple souvenir d'avoir déjà été pétrifié. L'appréhension du moment terrible s'y fait toute aussi forte. Passant de l'ambient la plus angoissante et grotesque à une luminosité quasi-aveuglante, trop même pour ne pas susciter quelques inquiétudes, cette impression malaisante des rêves qui tournent mal, Badalamenti accompagne les images en suspens de Lynch de textures aussi vives que les couleurs de la Californie, des textures palpables, ayant leur propre existence au-delà de la simple illustration. Comme une présence, une chose immobile qui flotterait, qui maintiendrait tout ce petit monde dans cet état de pseudo-réalité à la fois enchanteresse et terriblement anxiogène. La cité des anges, la cités de rêves, le mythe américain par excellence, alors Lynch y ramène aussi un peu de vieux blues bien râpeux, et puis de la bubblegum pop 50's, parce que les années cinquante, c'est un peu l'acte de naissance de ce monde-là : le rock'n roll, la pop, l'adolescence et ses espoirs. Oh, pretty fifties. Dans les studios, le film qu'on tourne s'y déroule. Et c'est là que va se jouer le revers de la médaille. La face sombre, cruelle, horrible du rêve. Les manigances, les complots, les créatures cachées dans les recoins, les rendez-vous avec les mafias interlopes, les cowboys au fond des canyons tels des prophètes de mauvais augures. Et les mystères d'une sublime brune amnésique que recueille une adorable blonde qui aspire au rêve, les cadavres dans des maisons de contes de fées, le vertige de drones qui font vaciller les sens et ressurgir des terreurs enfouies et familières. Et de la mort à l'amour, ils se muent petit à petit en thème aux cordes sensuelles et graves qui recouvrent comme un drap de soie deux corps de femmes frissonnants de désir et de peur, pour une des plus grandes scène d'amour de l'histoire du cinéma. "I'm in love with you". Mots entendus mille fois, mais dits et entendus comme pour la première, la virginité, la pureté absolu du sentiment amoureux. Et puis la magie épouvantée dans un club au rideaux rouges, forcément, devant un maitre de cérémonie diabolique, où la musique n'est, comme le reste, qu'illusion. No hay banda. Où la beauté fracassante du "Crying" de Roy Orbison, une des idoles de Lynch, est reprise a cappella en espagnol par Rebekah Del Rio, en chair et en os sur la scène. Où enfin tout lâche et se révèle, sous la forme d'une clef bleue. Dès lors, il n'est plus temps pour les éprouvants drones de Badalamenti, mais c'est à Lynch lui-même sous la forme de son duo industrialo-blues-rouillé Bluebob que revient la tâche d'accompagner les réminiscences de la pauvre Diane, les riffs lancinants, répétitifs, sales, tordus comme toutes ces horribles pensées qui ne cessent de se mélanger, de remonter à la surface, le mythe américain tourné au vinaigre, expurgé dans la bile. Oh, bien sûr, il y avait ces moments de frénésie sexuelle, de complicité déjà entachée de jalousie entre Diane et Camilla, l'occasion pour Badalamenti de revenir quelques instants proposer de mélancoliques cordes soupirant déjà après le drame inévitable, puisque déjà arrivé. Et ce souvenir infâme de cette réception humiliante, et ce jazz lounge glauque dont les accords en suspension font pleurer de rage la pauvre, pauvre Diane. Alors tout s'est écroulé, et tout s'écroule encore le temps d'un monumental "Mountains Falling", nuée ardente irrespirable au ralentie, de poussière et de sciure, de beats secs et obtus, Lynch au chant chaotique grevé d'affreuse distorsions. Mais il sera trop tard pour regretter. C'est là que tout c'était joué, sur Mullolland Drive, alors le thème revient une dernière fois, avant de laisser l'esprit de Diane rejoindre, dans son enfer, dans son paradis rêvé, son amour sacrifié, au dessus de la cité des Anges. Après elle, comme elle, on peut mourir.

note       Publiée le vendredi 2 janvier 2015

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Coste › mercredi 25 novembre 2015 - 22:22  message privé !

Badalamenti/Lynch _ Williams/Spielberg. Les couples parfaits ne devraient jamais se séparer.

SEN › vendredi 2 janvier 2015 - 17:19  message privé !

Que d'émotions à chaque écoute de cette B.O. indissociable du chef d'oeuvre qu'est Mulholland Drive ! D'ailleurs le film doit beaucoup en intensité et en mystère à la musique de Badalamenti ! Incontournable !

Note donnée au disque :