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Compilations - Bandes originales de films › Gegen die Wand

cd | 17 titres | 68:34 min

  • 1 Selim Sesler & Orchester feat. İdil Üner - Saniye’m [2:37]
  • 2 Depeche Mode - I Feel You [4:30]
  • 3 The Birthday Party - Ho-Ho [3:04]
  • 4 Polvorosa - Not Here [3:36]
  • 5 Alexander Hacke - Tract [3:27]
  • 6 The Sisters of Mercy feat. Ofra Haza - Temple of Love [3:55]
  • 7 Sultana - Kaymak [3:53]
  • 8 Sam Ragga Band feat. Jan Delay - Die Welt steht still [3:44]
  • 9 Fanfare Ciocărlia - lag Bari (Shantel Remix) [5:05]
  • 10 Sezen Aksu - Yine Mi Çiçek [5:39]
  • 11 Mona Mur - My Man [reprise de Billie Holiday] [4:15]
  • 12 Wendy Rene - After Laughter (Comes Tears) [2:56]
  • 13 Ağır Roman - Ağla Sevdam [6:06]
  • 14 Orientation - Fata Morgana [3:08]
  • 15 Mercan Dede - Nar-ı Mey [4:17]
  • 16 Selim Sesler & Orchester feat. İdil Üner - Su Karşıki Dağda Bir Fener Yanar [3:09]
  • 17 Zinoba - Life’s What You Make It [reprise de Talk Talk] [5:13]

extraits vidéo

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line up

The Birthday Party, Depeche Mode, Alexander Hacke, Mercan Dede, Orientation, Selim Sesler (feat. İdil Üner), The Sisters Of Mercy (feat. Ofra Haza), Sultana, Polvorosa, Sam Ragga Band feat. Jan Delay, Fanfare Ciocărlia, Shantel, Sezen Aksu, Mona Mur, Wendy Rene, Ağır Roman, Zinoba

remarques

Le film est sorti sous le titre "Head-On" en France.

chronique

Droit dans le mur. C’est le titre. Hambourg, Cahit, veuf quarantenaire complètement paumé, jette sa bagnole contre le mur, avec lui dedans. A l’hôpital des suicidés en rémission, il croise Sibel. Elle veut l’épouser pour fuir la tutelle de sa famille turque, parce que Sibel veut « vivre, danser et baiser, et pas qu’avec un seul mec ». Les jeunes femmes turques ont de ces idées. Mariage blanc qui va virer au rouge sang. Film qui révèle Fatih Akın au public international, bonne petite claque que cette histoire d’amour entre deux allemands d’origine turque qui se débattent avec leurs passif et le poids d’une culture que les deux tentent de fuir. Pour Cahit, c’est fait depuis longtemps, il ne parle même pas très bien la langue et baise dur avec une coiffeuse punk quand ça leur chante. Pour Sibel, si belle, si j’ose, révélation de la fabuleuse Sibel Kekilli (depuis au casting de Game of Thrones), tout reste à faire, à grand renfort d’alcool et de sexe sans sentiment. Un film violent, imbibé, brutalement sensuel, à la bande-son post-punk et new-wave à l’image de ce vieil abimé de Cahit qui se suicide au son de Depeche Mode et revient à la vie puis devient fou de désir en dévorant des yeux sa femme-pour-de-faux allumer les mecs sur le dancefloor sur les vibrations goth du « Temple of Love » de Sisters of Mercy, version longue du single avec les vocalises orientales de la diva pop israélienne Ofra Haza, forcément. C’est toute une scène berlinoise du début des années quatre-vingt qui résonne dans les bars et les clubs dans lesquels traine Cahit, la déglingue de The Birthday Party, un instrumental au blues industriel rampant de Alexander Hacke, de Einstürzende Neubaten mais aussi Mona Mur & die Mieter. Mona Mur (saisissez le jeu de mot ?), figure de la Neue Deutsche Velle de Hambourg, la ville de Akın, dans une reprise bien froide et raide de Billie Holiday tirée de son premier album solo, où on retrouve Hacke à la production. Ca c’est pour le versant allemand de cette BO qui donne au film sa dynamique sombre et barrée, toujours imprévisible. En parallèle, il y a la Turquie. En ouverture et fermeture, et tout au long du film, apparaissant tel un choeur grec devant la Corne d’Or, l’orchestre de Selim Sesler accompagné de la délicieuse actrice İdil Üner (familière du cinéma de Fatih Akın), balance ses mélopées traditionnelles roms dont seulement deux sont retenues sur la BO (il existe aussi une édition limitée avec tracklist exhaustive). C’est d’ailleurs cette apparition qui va donner à Selim Sesler, clarinettiste virtuose du genre, une renommée internationale dans le sillon creusé par le film, renommée qu’il n’aura pas volé après une vie à célébrer mariages et autres fêtes pour lesquelles la musique qu’il joue a toujours été destinée à la base. Ca, c’est pour la tradition. Pour la modernité, à Hambourg, la belle Sibel (je m’en lasse pas de Sibel) enfin libérée du carcan familial, peut se balader avec dans les oreilles un morceau de Sultana, MC féministe (au tout premier titre censuré d’entrée en Turquie, dire des mecs qui harcèlent les nanas qu’ils bandent mou, ça ne se fait pas dans une société aussi patriarcale et misogyne) à la production boom-bap old-school et minimale, la structure même du turc se prêtant d’ailleurs assez bien aux exigences d’un flow hip-hop, où alors c’est juste que la MC d’Istanbul est particulièrement agile de sa langue bien pendue. La BO fait l’impasse sur quelques morceaux de pop turque pas indispensables, ne gardant qu’un duo assez classe de Sezen Aksu. On pourrait aussi passer sur un reggae en allemand à peine entendu dans un bar où Cahit s’en jette toujours une de trop, tout comme la reprise anecdotique de Talk Talk. Dommage que Roland S. Howard n’avait pas encore enregistré sa propre version du classique « Life’s What You Make It », il aurait été beaucoup plus dans le ton que ce groupe allemand lambda. En revanche, le « Not Here » vaguement trip-hop dissonant de l’obscure formation germano-espagnole Polvorosa, issue du groupe punk Niños con Bombas, est tout à fait dans le ton mélancolique du personnage principal masculin qui bientôt doit se rendre à l’évidence : cette fille qui baise avec d’autres mais pas avec lui, cette femme qu’il a épousé un peu par pitié, lui, l’épave à peine debout, il l’aime. Moment de basculement quand du côté de Sibel, lors de l’épiphanie de son propre sentiment, Fatih Akın balance le fameux « After Laughter (Comes Tears) » de Wendy Rene, que tout le monde connaît grâce au sample du Wu-Tang. Extraordinaire chanson soul à la ritournelle d’orgue aigrelet qui signale la fin de l’insouciance nouvelle, rupture de ton alors que tout pouvait enfin s’aligner. Sans rien dire de ce qui se passe ensuite, sinon que le film bascule dans une noirceur bien plus terrible une fois à Istanbul, où le mélange entre électro planante et instruments traditionnels de Orientation et Mercan Dede accompagnent la fuite en avant de Sibel dans les vapeurs opiacées. Puis la musique se taira, il n’y a pas à illustrer les pires violences, filmées froidement, durement, la dégueulasserie des hommes médiocres dans de sombres ruelles. Plus de musique après tout ça, quasiment jusqu’à la conclusion finale du choeur de Selim Sesler. Sans savoir à l’époque que j’irai moi-même par les rues d’Istanbul y chercher une silhouette, le film m’avait fait forte impression et cette BO n’y était pas pour rien.

note       Publiée le samedi 19 mars 2016

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Twilight › dimanche 20 mars 2016 - 00:57  message privé !
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Bravo No 6, j'adore ce film ! Très fort et une b.o bien adaptée aux ambiances.

Note donnée au disque :