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Mark Lanegan › The Winding Sheet

cd | 13 titres | 40:13 min

  • 1 Mockingbirds
  • 2 Museum
  • 3 Undertow
  • 4 Ugly Sunday
  • 5 Down In The Dark
  • 6 Wild Flowers
  • 7 Eyes Of A Child
  • 8 The Winding Sheet
  • 9 Woe
  • 10 Ten Feet Tall
  • 11 Where Did You Sleep Last Night
  • 12 Juarez
  • 13 I Love You Little Girl

enregistrement

Décembre 1989

line up

Mark Lanegan (chant, guitare), Mike Johnson (guitares), Jack Endino (basse, guitare), Steve Fisk (orgue, piano), Mark Pickerel (batterie)

Musiciens additionnels : Kurt Cobain (chœurs ("Down in the Dark" et "Where did you sleep last night"), guitare ("Where did you sleep last night")), Krist Novoselic (basse ("Where did you sleep last night"))

chronique

The Winding Sheet (littéralement "Le Suaire", Le Linceul - titre qui en dit déjà long pour un premier album) n'est pas le meilleur disque de Lanegan, et un ennui poli guettera plus d'une fois en son milieu. Mais il est assurément l'un des plus désarmants. Aussi adorable que les bons albums de Screaming Trees, mais différent (même si "Down In The Dark" aurait pu finir sur l'un d'eux), ce Lanegan juvénile est du côté de l'ambiance pastorale, voire fermière. Des nuances de ses arrangements encore modestes. De la juste mesure. Roots et boisé, presque dépouillé, il porte une ambiance délicate, moirée, entre printemps dans les prairies en fleurs et jours gris à Seattle... Comme un petit goût de grunge champêtre. Malgré ses passages électriques, cet album vaut bien à mes yeux n'importe quel acoustique estampillé MTV des gros groupes grunge, dont il est à bien des égards une sorte de grand frère secret, cajoleur, qu'on redécouvrirait idéalement au coin du feu, comme un vieux Neil Young. Le pathos du beau Mark, pour sûr pas encore à son plus rugueux, est ici encore diffus. Mais son charisme est déjà robuste - et unique. Son côté poseur, difficile à nier (en fait je dis ça a cause de la pochette, la seule de ses solos sur laquelle il s'est jamais montré), n'a jamais été odieux comme chez d'autres. D'façon, son aura pèse, vous avez vu ? Mark en impose, naturellement. Sous lumière rouge ou pas. Même avec cette bouille de bleusaille. Et c'est surtout sa noblesse de cœur et son côté canaille qui transparaissent dans cette musique, simple et parfois un peu vide, mais toujours tenue par cette voix magique, que tous les chanteurs ont dû lui jalouser un jour ou l'autre. Difficile de dire si elle est encore verte sur The Winding Sheet, alors que le gosier de notre bûcheron mystique n'a pas encore été trop érodé par l'alcool... ou si elle est déjà trop mûre pour un mec de vingt-cinq ans, et s'y montre à son sommet de subtilité. Plus que la tristesse brute et le sentiment de désarroi et de mélancolie virile qui imbibera pas mal de ses morceaux futurs, c'est un vague-à-l'âme tenace qui traverse son premier album, une pulsion sourde. Avec un petite pointe de sel sur "Juarez" (une de ses premières chansons de maquereau). Une sorte d'esprit tourmenté, ni bien- ni mal-veillant, juste un peu des deux. Ces chansons d'ange voyou ne s'éternisent jamais - la seule qui soit un peu longue est l'éponyme, qui est la plus veloutée et ambigüe de toutes. Parfois même un fade-out vient nous les ravir trop tôt. Il se dégage de cet album une pureté et un naturel, une évidence très fluide, qui échappent pas mal à l'emprise d'une chronique, me donnant la sensation de planter des barreaux, de mettre en cage ce qui ne peut l'être... The Winding Sheet rappelle à qui veut l'entendre que Mark n'a pas toujours été celui qu'on voudrait voir comme un cliché de bellâtre esquinté. Oui, Mark Lanegan a été jeune homme. C'est arrivé à tous les vieux (sauf Lemmy, et Brad Pitt dans je ne sais plus quel navet). Et à son tout début solo, il a sorti sa chanson la plus ravissante, "Mockingbirds". Pourtant une chanson de rien du tout, ou presque, avec une mélodie d'une naïveté confondante, et un magnétisme qui tient autant des paroles ("You can't kill what's already dead, but I don't blame you for trying") que de cette voix, encore cette voix, poignante à en crever même quand elle minaude tant. Elle est là, évidente, incarnant assez bien ce sentiment de génération X, quand la mélancolie était inscrite dans la crasse, et qu'on gravait son nom au couteau dans l'écorce tendre de l'arbre aux idoles. Cette chanson n'est pas grand chose, mais... Elle passe, et nous reviendra en tête dans certains creux de notre vie ; jusqu'au feu ou à la terre. C'est un peu ça le early-Lanegan. Le cycle des saisons... Plus loin sur le chemin, un vieux standard interprété mille fois : on retrouve la musique de ce spot publicitaire pour une marque de barre chocolatée en rouge et noir comme cette pochette, qui surfait sur les derniers remous de la vague grunge... souvenez-vous, "Mark - et ça repart"... Ici dans sa version Lanegan donc, qui comme son pote Kurt (présent dans la pénombre, leurs voix s'entremêlent très bien d'ailleurs) est toujours désireux de coller aux racines folk US. Le beau gosse vagabond de cette pub à la con aurait très bien pu être le Mark Lanegan de cet album, en fait - même s'il avait alors faim d'un peu plus costaud que de snacks-barres, dit-on. Un jeune homme errant, oui, entre lumière et ténèbres. Encore vacillant. Mais déjà touché par la grâce.

note       Publiée le lundi 21 janvier 2019

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torquemada › mardi 22 janvier 2019 - 22:33  message privé !

Il fait un peu brouilon, sûrement son album solo le moins convaincant mais bon... "Turn the TV on, give me another blow job, before I'm on the nod"... waouh !

Note donnée au disque :       
sebcircus › mardi 22 janvier 2019 - 13:21  message privé !

Quelques longueurs en effet. Mais c'est le Lanegan solo que j'écoute le plus souvent avec Whisky fot the holy ghost

Note donnée au disque :