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Mark Lanegan › Scraps at Midnight

  • 1998 • Sub Pop SPCD 419 • 1 CD digipack

cd • 10 titres • 40:32 min

  • 1Hospital Roll Call
  • 2Hotel
  • 3Stay
  • 4Bell Black Ocean
  • 5Last One In The World
  • 6Wheels
  • 7Waiting On A Train
  • 8Day And Night
  • 9Praying Ground
  • 10Because Of This

line up

Mark Lanegan (chant, guitare), Mike Johnson (guitare), Dave Catching, Fred Drake, Keni Richards, Paul Solger Dana

Musiciens additionnels : J Mascis (piano), Tad Doyle (batterie), Phil Sparks (contrebasse), Liz Burns (voix), Mike Stinette (saxophone), Terry Yohn (harmonica)

remarques

chronique

Scraps at Midnight est voué à rester l'album qu'il passe pour être depuis toujours et partout : le Lanegan le plus mimi-tiède, recueil de ritournelles modestes à la Winding Sheet encore irradiées par la mystique de Whiskey for the Holy Ghost. Un Lanegan un peu comme son écrin : celui qui est lové au creux de sa discographie, tel son matou. Un Lanegan propice à l'écoute prélassée, alanguie, aussi bien qu'en fond pour cuisiner des crêpes (ou des pancakes là-bas). Il est pour beaucoup le Lanegan dispensable des années 90, le Lanegan western-délavé, qui minaude, qui flemmarde. Version encore plus doucereuse du premier oui, laissant une empreinte aussi éphémère dans la mémoire (du moins aux premières écoutes)... Au fil de toutes ces nuits comme les autres, à le laisser tourner pendant que j'étais occupé à procrastiner en compagnie d'un bon verre, sa beauté moirée m'est apparue... De l'intro majestueuse et vaudou aux airs Woven Hand (d'ailleurs il chante "sixteen", on pourrait croire à un clin d'œil), à l'étrange et magnétique final psyché-swamp, et même dans cette americana-vintage en bandoulière, de bouvier rêveur... Ces regrets pudiquement drapés de lumière, cette amertume bordée de fleurs, ces flashbacks de drogué au long cours déguisé en chanteur traditionnel, la tendresse vénéneuse de cette voix de brave canaille supra-compotée au chaudron... Le plus tiède des Lanegan ? J'entendrais par là le plus ambigu, peut-être le plus secret, et sûrement l'un des plus équilibrés - comme son "Wheels" aussi cosy qu'un bon Morphine. Mark peint une musique pour les heures tardives et la saudade, avec des pigments d'après-midi insouciant. Un Lanegan aussi solaire que crépusculaire. "Goodbye my friend, thank you for the dream"... Mais rien d'ostensiblement funéraire ici, malgré un sentiment de perte en filigrane, et cette pudique missive à celui qui a déjà un pied dans l'au-delà : Mark voit de la douceur partout, et préfère se frayer un chemin entre les hautes herbes, dans ses propres teintes d'ocre, dark dorées. Un survivant du grunge pépère dans sa retraite rurale, qui égrène des chansons douces, pique-nique avec les fantômes, et ne cherche surtout pas à imposer d'aura ou de charisme, ne cherche pas à "en jeter". Scraps at Midnight, c'est le plaisir de la petite mélopée laneganienne dans l'ornière existentielle, qui apportera un peu de réconfort au solitaire. Avec à la clé deux ou trois moments d'une grande pureté : m'en soient témoins "Stay" ou "Praying Ground", chansons tranquilles à la tristesse profonde. Ce petit album délicatement tressé sur des compositions paresseuses, un peu renié d'un revers de la main par son auteur, a définitivement quelque chose. J'y reviens sans cesse comme à une lueur, un coin de saloon tamisé où il fait bon siroter son poison, et où personne ne viendra m'emmerder. Et il me revient sans cesse, comme une saison. Un printemps habillé en automne, ou l'inverse.

note       Publiée le lundi 4 mai 2020

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Note moyenne        2 votes

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Raven › mardi 5 mai 2020 - 10:19  message privé !
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Même s'il n'a pas "Mockingbirds", je me demande si je le préfère pas un chouia à The Winding Sheet, en fait.

Note donnée au disque :       
torquemada › mardi 5 mai 2020 - 10:05  message privé !

Il a rien de mineur cet album !

Note donnée au disque :