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The Residents › Mark of the mole

lp | 23 titres | 00:00 min

  • Face A : Hole-Workers At The Mercies Of Nature
  • Voices Of The Air
  • 1 Voices Of The Air
  • The Ultimate Disaster
  • 2 Won't You Keep Us Working?
  • 3 First Warning
  • 4 Back To Normality?
  • 5 The Sky Falls!
  • 6 Why Are We Crying?
  • 7 The Tunnels Are Filling
  • 8 It Never Stops
  • Migration
  • 9 March To The Sea
  • 10 The Observer
  • 11 Hole-Workers' New Hymn
  • Face B : Hole-Workers Vs Man And Machine
  • Another Land
  • 12 Rumors
  • 13 Arrival
  • 14 Deployment
  • 15 Saturation
  • The New Machine
  • 16 Idea
  • 17 Construction
  • 18 Failure/Reconstruction
  • 19 Success
  • Final Confrontation
  • 20 Driving The Moles Away
  • 21 Don't Tread On Me
  • 22 The Short War
  • 23 Resolution?

line up

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chronique

J’ai beau retourner l’objet dans tous les sens, il semble que Mark of the mole ait été comme taillé pour trôner en bonne place sur ce site. On a souvent parlé de « galeries » creusées inlassablement dans la bibliothèque souterraine qu’est guts of darkness ; c’est donc très logiquement que j’en viens à cet album des Residents, pas forcément leur plus connu (la notion étant relative), ni leur plus accessible, mais ayant pour sujet principal la vie d’un peuple de taupes humanoïdes, vivant à 6 pieds sous terre ! Il s’agit surtout, vous allez vite le comprendre, d’un chef d’œuvre de musique sombre et expérimentale au sens premier et « primal » du terme. Sombre, non seulement par l’histoire qu’il raconte, mais surtout par la musique, indescriptible comme toujours avec les Residents. Ovni Inclassable avant tout, Mark of the Mole est une sorte de rencontre entre Indus atmosphérique, électronique extrêmement lo-fi, comme produite par des machines défectueuses, et musique tribale d’une peuplade créée de toute pièces par le groupe. Ils refont ici le coup d’Eskimo, avec le projet de réaliser « un désastre »… En fait, Mark of the Mole fait partie de la « Mole Trilogy », le projet le plus ambitieux jamais créé par les Residents en 81, à ce jour inachevée. Une sorte de métaphore distordue et au parfum de conte pour adultes sur les travailleurs immigrés, et sur le choc entre deux cultures : les Chubs, gros bidenbums bleus vivant de loisirs dans des villes à l’ouest, et les Mohelmots, dits « Moles », créatures anguleuses et durs travailleurs, vivant dans des grottes dans le désert de l’est, et ne supportant pas la lumière. La face A raconte comment leur monde fut détruit par une tempête, les obligeant à s’exiler vers la mer pour chercher un asile… Une face A d’un incroyable pouvoir évocateur, où le mot « étrangeté » ne peut que faire office de pâle euphémisme… Voilà une musique qui semble avoir été découverte par un spéléologue au fond du gouffre de la Pierre-Saint-Martin, inchangée depuis les millions d’années où elle était enfermée là. Une musique pure, primaire et reposant toujours sur des tempos lents et cycliques. Vous voulez un point de référence ? L’ambiance globale du disque rappelle les 2 premiers WarioLand (en noir et blanc), avec leurs mondes souterrains et leur musique 8-bits rocailleuse. Débrouillez-vous avec ça, car Mark of the Mole ne ressemble à rien de connu. Mais vraiment. Voices of the Air, l’introduction au titre James Joycien, est la seule connexion avec notre monde : des extraits de bulletin météo captés sur ondes radio annonçant le cataclysme à venir, dans une région à priori hostile et inhabitée, entrecoupés de voix insolites. Puis c’est la plongée dans les grottes des Mohelmots, leur premier hymne résonnant sous la voûte minérale… On a l’impression d’épier un monde inconnu par une petite lorgnette, d’apercevoir cette fourmilière en plein travail dans de rares flashs de lumière, le tout avec un son bien entendu caverneux et unique. Les claviers analogiques sonnent torturés, les rares mélodies ne font que deux ou trois notes, le reste étant composé de rythmes et de bruits. Il y a bien une guitare, mais elle semble jouée par un cyclope manchot et angoissé. Les voix sont déformées, difficiles à dénombrer… Les Moles ne s’expriment que collectivement. Quelques interludes noisy décrivent l’inondation du monde souterrain, entraînée par la tempête et les éboulements rocheux. Désespoir, puis résignation à l’exil. Il y a déjà dans cette toute première partie assez de matière pour un 6/6, assez de bizarrerie pour l’année, et assez de trouvailles pour toute une carrière d’un groupe plus fainéant. Marching to the sea, l’hymne temporaire des Moles, est une extraordinaire évocation de cet espoir timide et lourd d’attentes qui hante les réfugiés d’une catastrophe. Les paroles sont d’une poésie décharnée, et l’on commence forcément à s’attacher au devenir de ces Moles en perdition. Car la suite n’est que désillusions et difficultés : les Moles sont désormais des étrangers, et la fin de la face A nous fait comprendre qu’il se passe quelque chose d’anormal. Quelque chose d’anormal dans un monde étrange. Les Moles ont un nouvel hymne, qu’on pourrait appliquer à tant de migrants actuels, passés et à venir : “We have left our lives, we have left our land, We have left behind all we understand, Now we must cry out, yes we must demand, Let our children live in a holy land”. La Face B, moins râpeuse et assurément moins violemment “autre” que la première face, raconte donc l’arrivée des Moles en territoire Chub, leur exploitation comme travailleurs sous-payés, puis la brillante idée d’un scientifique Chub, retranché dans l’électronique minimale de son labo (on pourrait parler de minimal-wave, si les rythmes n’étaient pas si lents, les rares fois où il existent). Un scientifique qui invente donc une machine pour délivrer les pauvres Moles de leur dur labeur. Résultat facile à deviner : chômage forcé, rejet des Moles par la société Chub, conflit. Et « Resolution ? », avec un point d’interrogation : La fin est en suspension, l’anxiété suppurant de tout l’album n’ayant pas redescendu d’une goutte. Entre temps, de maigres aperçus nous sont donnés de la culture Chub, que le groupe développera dans la 2ème partie de la trilogie (Tune of Two Cities). On entend surtout les cris d’une manifestation anti-mole aux slogans d’un racisme physique tourné en dérision. Ne croyez pas pour autant que l'on rigole, ce monde totalement inconnu ne peut que stupéfier par sa bizarrerie de chaque instant. Intéressant de noter que le court interlude Ugly Rumors, présent sur le site du groupe, n’est pas mentionné sur la pochette, comme par pudeur envers ces voix comme captées dans un bar redneck, où des clients se plaignent des Moles qui mentent et piquent leurs filles… Tout est fait pour donner l’impression d’écouter un field recording des réactions, pensées et émotions de ces personnages. Après quelques interludes bruitistes, l’album se finit, nous laissant pour ainsi dire sur notre faim… C’est sans compter sur la myriade de détails à redécouvrir à la réécoute. Sombre. Expérimental. Narratif. Mark of the Mole est un monument spéléologique érigé à la gloire de l’imagination de ses créateurs.

note       Publiée le dimanche 22 août 2010

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Cinabre › lundi 18 avril 2016 - 17:57  message privé !

I need to try that one again. I need to try that one again. I need to try that one again. I need to try that one again! I need to try that one again. I need to try that one again. I need to try that one again. I need to try that one again! (bis)

Le Gnomonique › dimanche 16 août 2015 - 18:32  message privé !

Une belle chronique qui décrit avec justesse ce que je ressens à l'écoute de cet album et me dispense de puiser dans mon inconscient (ouf). Juste une question aux connaisseurs : j'envisage de racheter tous leurs CD, du premier jusqu'à ce Mark of The Mole, car mes LP commencent à fatiguer. Une édition particulière à me conseiller ? (neufs ou occasions). Merci.

dariev stands › mercredi 15 février 2012 - 10:37  message privé !
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wow ! merci ! c'est dingue qu'un mec ait eu la meme impression que moi mais en 81... Comme quoi quand on a une intuition, même débile, elle a forcément du sens....

Wotzenknecht › mercredi 15 février 2012 - 10:06  message privé !

Pour dariev qui y voyait une musique de jeu vidéo : http://www.atariprotos.com/2600/software/markmole/markmole.htm

dariev stands › jeudi 12 mai 2011 - 11:34  message privé !
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ben intermission fait office... d'entracte. Ce sont des extraits du Mole Show, avec l'ouverture, la fin, et l'entracte. Officiellement, c'est le gouffre financier qu'a été cette tournée qui a incité les Residents à mettre une fin prématurée à la Mole Trilogy. Mais bon après tout une trilogie c'est 3, et y'a bien 3 albums à se mettre sous la dent.