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The Fiery Furnaces › Blueberry boat

cd | 13 titres | 76:09 min

  • 1 Quay Cur [10:25]
  • 2 Straight Street [5:00]
  • 3 Blueberry Boat [9:09]
  • 4 Chris Michaels [7:53]
  • 5 Paw Paw Tree [4:39]
  • 6 My Dog Was Lost But Now He's Found [3:29]
  • 7 Mason City [8:14]
  • 8 Chief Inspector Blancheflower [8:58]
  • 9 Spaniolated [3:21]
  • 10 1917 [4:52]
  • 11 Birdie Brain [3:05]
  • 12 Turning Round [2:13]
  • 13 Wolf Notes [4:51]

enregistrement

Produit par Matthew Friedberger et Nicolas Vernhes - Mixé par Nicolas Vernhes (1 à 12) et Samara Lubelski (13) - Enregistré par Nicolas Vernhes (1 à 7, 9) et Samara Lubelski (pistes 8, et 10 à 13)

line up

Eleanor Friedberger, Matthew Friedberger

Musiciens additionnels : David Muller (batterie sur 3, 4, 7), Nicolas Vernhes (computer editing, batterie additionnelle sur 2, 4, 13), Samara Lubelski (violon, ingé-son, mix),

remarques

Artwork par Emily Scholnick

chronique

Blueberry Boat n’est pas un album, c’est un monde. C’est une saga non-linéaire et labyrinthique. C’est une œuvre où le blues a toute sa place, où le bleu, couleur de la mélancolie, de la mer, est décliné sous toutes ses formes. C’est un joyau travesti en monstre, du niveau des grandes heures d’un Cardiacs ou d’un Bungle, sans en avoir l’exubérance. Les noces de la mélodie et de l’expérimental sont ici devenues une longue idylle où les deux ne font plus qu’un. La pochette en dit beaucoup plus long qu’elle n’en a l’air : le blues, les voyages maritimes, le joyau, le puzzle, l’irrégularité. S’il fallait faire un top des albums les plus écoutés par votre serviteur (pourquoi on y a pas pensé avant, plutôt que de faire des tops en terme de « qualité » ?), alors Blueberry Boat arriverait peut-être tout en haut. La mer sur laquelle vogue ce bateau-là est sans fond, on peut s’y perdre une vie durant et perpétuellement découvrir. Ni prog, ni pop, ni rock, les Fiery Furnaces trouvent ici leur voie, unique et glorieuse : les chansons à tiroirs. Des opérettes magiques et biscornues qui s’ennuient très vite et passent à une autre mélodie, sans crier gare, comme si les transitions avaient été travaillées à l’extrême. Attention ! Vous avez failli marcher sur un pingouin mécanique… Il repart en claudiquant sur l’intro de la chanson-titre à tiroirs (la chanson, pas le titre), alors qu’une maquette en Lego du Blueberry s’élance sur les flots déchaînés en montagnes russes… Et ça prend l'eau de partout, ça rafistole le vieux bois avec du plastoc... L’instrumentation fourmille de petits détails futiles, de glissandos limpides de piano – j’ignore ce qu’est un glissando, mais un jabberwocky n’est jamais loin – de refrains tubesques qui ne sont en fait que le 5e pont du 9e couplet, de solos de perceuse virtuoses (Chris Michaels, où le rock est réinventé à l’échelle d’une caisse à outils) et de personnages inconnus au bataillon. Il suffit de cliquer sur les liens en bas de la page Wikipédia de l’album pour être pris de vertige : ce pourrait bien être l’album concept le plus dense de l’histoire. Ce pourrait aussi bien être un compagnon, modeste et discret, mais qui saura se faire une place au fil des écoutes, le temps d’apprécier la diction sèche et tonique d’Eleanor, si craquante quand elle éructe « I bark but I don’t bite », et celle, désabusée et faussement absente, de Matthew, le frère-inventeur-génial. Son jeu de guitare sublime, entre Joey Santiago et Hendrix, permet à l’album de transcender son côté « synthés en mousse PVC » via des merveilles comme Paw Paw Tree et sa wah-wah démentielle, ou bien ce solo de guitare cisaillant la dernière minute de Mason City, ultime ode à la beauté quand les mots n’engendrent que désarroi et finissent par se taire. Il y a beaucoup de larmes séchées dans les voix un peu rustres et simplettes de ces deux-là. Ils n’ont jamais su tricher, alors ils ont bâti un univers. On y entre comme la protagoniste de Quay Cur : à la recherche d’un gris-gris perdu, on ne trouve que péripéties autour du globe, à la Candide, avant de se retrouver à converser en Inuit… Allusion à ‘Eskimo’ des Residents ? Ils sont ici mélangés dans un shaker rocambolesque avec le toppermost du poppermost de la pop 60’s : les Who de ‘A Quick One’ et ‘Rael’ avant tout, Van Dyke Parks et bien sûr les Beatles, si intimement liés aux Residents, 2 facettes d’une même pièce. Car les Fiery Furnaces ont bouclé une boucle qui n’a fait que chercher à se délier depuis que la musique populaire existe : celle de la mélodie et du bruit, celle de la construction minutieuse et de l’expérimentation dadaïste, celle de la jouissance enfantine de chantonner une mélopée aussi idiote et parfaite que « frères jacques », couplée avec celle d’explorer cassures, grincements, interférences, synthés de musique de dessin animés déréglés… Sans ce rafiot tout cabossé et croulant, telle une arche de Noé, sous le poids de ses personnages absurdes, je n’aurais pas échoué sur ces sombres rives pour y exposer le contenu de mes filets…

note       Publiée le mardi 5 avril 2011

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sergent_BUCK › mardi 24 janvier 2017 - 01:42  message privé !
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Oui tiens, je le réécoutais y'a pas longtemps. Très très dense quand même... on se prend une grosse quantité dans la tronche, c'en est presque trop. Par contre les moments où on arrive à s'accrocher, c'est divin. Coup de coeur pour la paire 'Blueberry Boat/Chris Michaels' en ce qui me concerne. Mais je pense qu'il lui reste encore beaucoup de secrets à livrer, j'en ai pas fini avec lui !

Masca › lundi 23 janvier 2017 - 21:28  message privé !

Grande découverte ça ! J'adore Quay Cur, le reste est du même niveau, voire mieux, mais celle-là, je sais pas, une sorte de "déjà-entendu" assez magique. Et puis tout ça est bien varié, tout rose et pétillant avec des vrais morceaux d'aluminimum dedans.

Aladdin_Sane › mercredi 23 mai 2012 - 13:34  message privé !

Pas un album facile mais le suivant que j'écoute en ce moment non plus (Rehearsing my choir). La discographie des Fiery Furnaces est l'une des plus singulières de l'indie-rock.

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane › jeudi 19 janvier 2012 - 20:30  message privé !

Le EP est effectivement trés bon. Il faut que je me penche aussi sur Bitter Tea qui vaut le déplacement à ce qu'il paraît.

Note donnée au disque :       
dariev stands › jeudi 19 janvier 2012 - 17:19  message privé !
avatar

oui énorme ce live... la version de Chris Michaels est vertigineuse, un everest ! par contre j'imagine que pour les gens qui connaissent pas déjà bien le groupe ça doit etre assez inaccessible... Widow city est bien pour commencer justement, ou comme je le disais je sais plus ou, le EP qui s'apelle "EP", avec tous les tubes.