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Autechre › Confield

  • 2001 - Warp, CD128 (1 cd)

cd | 9 titres

  • 1 VI Scose Poise [6:57]
  • 2 Cfern [6:41]
  • 3 Pen Expers [7:08]
  • 4 Sim Gishel [7:14]
  • 5 Parhelic Triangle [6:03]
  • 6 Bine [4:41]
  • 7 Eidetic Casein [6:12]
  • 8 Uviol [8:35]
  • 9 Lentic Catachresis [8:29]

line up

Sean Booth (programmation), Rob Brown (programmation)

chronique

Styles
electro
Styles personnels
intelligent dance music

On serait tenté de dire que "Confield" est un retour à la difficulté de "Chiastic Slide". En un sens, ce postulat peut être pris pour argent comptant. Mais à y regarder de plus près, ce déjà sixième album du duo de Sheffield est peut-être leur réalisation la plus opaque, au point d'en devenir quasiment imperméable. Car, à l'instar de toute approche scientifique, Autechre semble s'être peu à peu laisser gagner par une inclinaison certaine et univoque vers des théorèmes mathématiques propres à stimuler l'intellect, aux dépens de ce facteur humain, certes mince, mais qui, de par sa présence, apportait autrefois au groupe toute sa profondeur mais aussi sa dimension véritable. Disparues les mélodies douces amères, ce cordon ombilical virtuel qui nous permettait de nous accrocher à la vie ; "Confield" est le résultat de calculs savants, où toutes interventions est le fruit d'une structure millimétrée. C'est un grand plongeon dans l'horreur glacée et circonvolutive d'un processeur malade et migraineux qui s'amuse à créer des ondes sonores aux ambiances matérialement inquantifiables. Nous ne sommes vraiment plus loin des musiques électroniques concrètes ou des plans de travail de Karl Heinz Stockhausen. Et si les images de ce cinéma fantasmagorique qui nous traversent les écoutilles sont proprement ahurissantes, nous restons cependant cantonnés à un rôle de spectateur inerte que l'on vide progressivement de son suc vital.

note       Publiée le dimanche 10 novembre 2002

chronique

Styles
electro
ovni inclassable
Styles personnels
avant-garde

L'Univers est vaste, et ce qui le rend si fascinant aux yeux de notre petite civilisation, ce n'est pas pour ce que l'on en sait mais pour ce que qu'il nous cache. Il existe des zones si noires et impénétrables que pour certains l'existence d'un Dieu s'avère même plus crédible ou rassurant. La confrontation avec les confins de la compréhension humaine du cosmos reste une expérience personnelle et dangereuse, souvent liée aux peurs ancestrales : celles du temps et de la disparition. Tout ce qui existe converge vers le néant, inexorablement ; c'est ce qui nous presse et nous fait s'extasier à chaque fois qu'une région obscure vient à se dévoiler, comme si elle consentait à s'abaisser à notre entendement. La physique quantique fait partie de ces zones fragiles, à la fois fascinantes et très difficilement assimilable (qui ne serait pas rebuté au fait de savoir qu'au niveau quantique, les particules ne sont plus qu'information et rien d'autre), incompatible avec la relativité générale et pourtant imbriquée depuis la nuit des temps dans une extraordinaire cohérence qui reste encore à percer. Ce que fait Autechre à travers Confield (confins ?), c'est de diriger le faisceau dans une zone d'ombre, à la limite de la musique, de sa définition, du son lui-même, de ce que l'on en fait et de ce qu'il doit raconter. Pour cela, ils ont fait surtout appel à une troisième personne : la probabilité mathématique : proche de la physique quantique, grande alliée des cohérences internes, aussi protéiforme qu'ineffable. C'est même elle qui a réalisé "VI Scose Poise", entièrement programmé à l'aide de bases de calculs stochastiques sur Max/MSP. Le résultat est glacial (comme tout l'album), à la fois vivant et agonisant. L'heure de Confield s'apparente tout à tour à une plongée dans un bain d'azote liquide, à une ouverture sur ces univers quantiques hermétiques ("Sim Gishel"), à une très angoissante dérive spatiale ("Parhelic Triangle", un des morceaux les plus effrayants d'Ae)... tout semble nous échapper, les repères sont abolis depuis le premier titre et ce n'est certainement pas l'exténuant "Bine", véritable cauchemar d'abstraction, qui nous remettra les pieds sur quelque chose de solide. Arrivés là, "Eidetic Casein" nous redonne espoir, nous ramène au devant d'un objet rythmé, compréhensible, mais les pentes sont escarpées et c'est pour mieux nous faire retomber. "Uviol", à la fois sublime et schizophrène, fait semblant d'être envoûtant, posé sur une fine mais explicite structure complexe et dérangée telle "Cfern". "Lentic Catachresis" nous offre quelques réminiscences de voix robotisées qui nous laissent l'espoir de revoir un jour le rassurant cocon de notre société humaine, mais bien vite la machine s'emballe et c'est cinq minutes presque identiques, vomitives et répétitives qui nous attendent en guise de porte de sortie. On ressort du bain tétanisé, grelottant, avec la petite satisfaction d'avoir au moins pu toucher une fois les ténébreuses falaises qui entourent les limites de la compréhension de l'Univers, au moyen d'outils (hasard, mathématiques et machines) de la même trempe : mystérieux, dangereux et terriblement fascinants.

note       Publiée le mercredi 4 juillet 2007

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Wotzenknecht › vendredi 7 juin 2013 - 00:08  message privé !

Mathématiques oniriques. nowyouknow a mis le doigt dessus : la seule chose qui se rapproche de ce disque, c'est le monolithe de 2001.

Note donnée au disque :       
salida › samedi 6 avril 2013 - 12:59  message privé !

Je n'écoute pas de musique concrète, je ne connais pas François Bayle, je ne suis pas les avancées de l'Ircam... Mais en écoutant les albums d'Autechre de cette période, j'adore me sentir comme dans une camisole coincé au milieu de l'Antartique.

saïmone › lundi 10 octobre 2011 - 11:28  message privé !
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Il tourne il tourne en ce moment, plus tu l'écoute et plus tu t'en fous en fait des rythmes des sons des structures de leur absence, c'est comme une grosse gelée synthétique dans laquelle tu nages statiquement, brinquebalé par la gravité comme un verre d'eau dans une voiture.

Note donnée au disque :       
nowyouknow › samedi 17 septembre 2011 - 19:23  message privé !

L'apogée d'autechre? Un des meilleurs en tout cas. J'ai plongé dedans et j'en suis jamais revenu. , Glacé et abyssal, ce disque m'évoque beaucoup 2001 de kubrick, l'espace infini.. Unique. Avec Draft, ils ont poussés encore plus loin niveau rythmiques et déconstructions mais l'album n'a pas cette chose indescriptible que confield a, on a rarement entendu un album qui ait une telle âme... c'est le monolithe de 2001, fascinant, flippant, mysterieux... Et paradoxalement c'est aussi leur album le plus varié. Un coup de maitre.

Note donnée au disque :       
saïmone › samedi 17 septembre 2011 - 18:43  message privé !
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Les "harmonies rythmiques" sont vraiment fascinantes ; tout ça va tellement plus loin qu'AFX !

Note donnée au disque :