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Alain Bashung › Dimanches à L'Elysée ©

  • 2009 • Barclay 531 923-2 • 2 CD

cd1 • 11 titres • 54:09 min

  • 1Comme un lego9:45
  • 2Je t'ai manqué3:40
  • 3Hier à Sousse3:39
  • 4Volontaire2:58
  • 5Mes prisons3:42
  • 6Samuel Hall5:50
  • 7Vénus4:01
  • 8La nuit je mens4:55
  • 9Je tuerai la pianiste4:42
  • 10Légère éclaircie5:18
  • 11Mes bras5:30

cd2 • 12 titres • 58:02 min

  • 1A perte de vue7:05
  • 2Happe3:24
  • 3J'passe pour une caravane3:39
  • 4Everybody's Talkin'3:09 [reprise de Fred Neil via Harry Nilsson]
  • 5Osez Joséphine3:56
  • 6Fantaisie militaire5:31
  • 7Madame rêve6:21
  • 8To Bill4:27
  • 9Vertige de l'amour3:24
  • 10Malaxe8:30
  • 11Angora2:40
  • 12Nights in White Satin4:23 [reprise du Moody Blues]

enregistrement

Enregistré à l'Elysée Montmartre en Décembre 2008.

line up

Alain Bashung (chant, guitare), Arnaud Dieterlen (batterie), Bobby Jocky (basse), Chloé Mons (chant 2.8), Yann Péchin (guitare, mandoline), Jeff Assy (violoncelle)

remarques

chronique

Styles
chanson
rock
country
Styles personnels
simple, digne et classe

Est-il possible de se départir de l’émotion quand on écoute un album pareil ? Est-ce même nécessaire ? Dans une certaine mesure, parce que sinon, tout ce qui est émouvant est alors de facto ce qui est le plus grand, le plus important. C’est bien sûr faux. Mais se départir de l’émotion primaire d’entendre Alain Bashung, atteint d’un cancer qui l’emportera bientôt, sur scène, livrer tout ce qui lui reste a un public bouleversé, n’est-ce pas un peu mesquin ? Cette culture du jugement systématique, de l’évaluation, de la petite note en bas de critique, de la comparaison qualitative, n’est-ce pas un peu médiocre ? Retourner le problème. Faire de ce live, l’album de Bashung-avec-le-cancer-qui-défie-la-mort-sur-scène, n’est ce pas aussi le réduire à de l’anecdotique ? Oh, pas pour ses proches, ses musiciens, pas pour Chloé. Mais pour ceux qui écoutent. Car Bashung chante pour qu’on l’écoute, pas pour créer de l’évènement. Alors il faut bien l’écouter d’abord. Oui, ce serait le réduire à autre chose, presque lui faire insulte de lui conférer un statut particulier, parce qu’avant tout, Bashung est ici grand par lui-même, au-delà de la maladie. Il n’en fait ni étalage ni même état. C’est sa grande dignité. Sa lutte, elle était du côté des siens, c’est à eux que cette douleur, cette émotion appartenait. Pour l’auditeur, elle nait d’abord de sa grandeur d’interprète, plus humble que jamais devant son répertoire. L’idée de la maladie, elle n’est que dans la profondeur de champ, comme un horizon flou qu’on oublie une fois passé la terrible montée de « Comme un légo », qu’il interprète en ouverture, en panoptique au-dessus de son auditoire. Chloé était furieuse la première fois parce qu’elle savait ce que ce choix signifiait. « C’est un grand terrain de nul part » et voilà que la voix de Bashung fait son assomption par les mots de Manset. Voilà, ça c’est fait. On va pouvoir respirer, souffler. Même aller au bar le temps de reprendre ses esprits, boire un coup pendant que le Alain lâche deux morceaux somme toute très oubliables de son dernier album studio. Comme une formalité. Le concert lui, explose enfin avec un « Volontaire » expurgé, douloureux, exhumé de sa période new-wave la plus ténébreuse. Un point de non-retour. Bashung retrouve ses hauteurs, ses prisons, ses bras, ses légères éclaircies, ses nuits de mensonge. Il retrouve l’horrible Samuel Hall, dans une version fabuleuse, Péchin ayant trouvé la juste note brisée, Dieterlen recréant la tournerie obsédante de Burger/Cadiot. Là se greffe la Vénus, digne d’y figurer. Puis, quittant ces rives tourmentées, son « A perte de vue » navigue vers des contrées plus dépouillées, son chant sur « Happe » plus pur que jamais. Appelé par l’americana de la période « Osez Joséphine » qu’il ne peut pas laisser de côté, c’est avec ce titre qu’il a vraiment rencontré le grand public, il reprend la chanson de Macadam Cowboy, introduite avec une grande humilité. Et une chaleur inhabituelle chez Bashung, dont le hiératisme pouvait parfois laisser un peu sur le côté de la route. Dans cette seconde partie de concert, il semble inviter les gens à se rapprocher de lui, s’excuserait presque d’interpréter « Vertige de l’amour », ce « vestige préhistorique pour lequel on peut encore avoir de la tendresse », remercie régulièrement son auditoire avec une simplicité désarmante. Bashung, ce bon vieux Bashung, sentant la fin venir, aurait « compris quelque chose », selon les mots de son ancienne compagne. La formation qui l’accompagne, privilégiant une base acoustique avec un seul violoncelle en guise de quatrième élément, pas par besoin de délaisser une énergie que Bashung ne serait plus capable de produire, Yann Péchin en particulier tranche régulièrement des riffs électriques de biais, se prête particulièrement à cette approche, plus intime. Alors ça donne des versions d’anthologie de « Madame Rêve » ou « Fantaisie militaire ». Quand Chloé vient interpréter la belle complainte de Calamity Jane « To Bill » avec son homme, cette fois c’est comme un tableau de famille sans chichi, un vieux countryman et sa June Carter à lui, côte à côte au soleil couchant. C’est sur les grands morceaux de son chef-d’oeuvre incontestable que Bashung se repose pour ses derniers moments, sublime « Malaxe », merveilleux « Angora » à la retenue impeccable. Même quand il dit au revoir avec sa fameuse reprise du Moody Blues, il l’introduit comme « une petite chanson avant de vous souhaiter une bonne nuit. » Pas de pathos, pas de drame. Alors que Alain Bashung était là debout à défier la mort une dernière fois, une dernière fois tous les soirs, jusqu’à ce qu’elle s’en suive. Le chat voulait finir en beauté. Bien joué Alain.

note       Publiée le mercredi 18 janvier 2017

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Shelleyan › dimanche 20 octobre 2019 - 08:27 Envoyez un message privé àShelleyan
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J'avoue que découvrir ce live chez un pote à 6 heures du mat après une nuit arrosée hier fut un grand moment d'émotion...Niveau voix, Alain est au top, tellement juste dans l'émotion justement...

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julayss › lundi 23 janvier 2017 - 17:20 Envoyez un message privé àjulayss

Dommage que le son soit un peu bâclé (le violoncelle notamment prend cher par moments). Certaines versions sont brillantes (Happe, Malaxe, Madame Rêve, Fantaisie Militaire, Mes Bras...). Dommage aussi que l'Imprudence soit si peu représentée. Péchin est très versatile, apporte vraiment sa sensibilité. Un musicien spécial.

Près de 2 heures d'émotion pure... Un beau cadeau d'adieu.

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Thomas › jeudi 19 janvier 2017 - 17:03 Envoyez un message privé àThomas

En fait ce qui m'a fait adorer "la tournée des grands espaces" c'est l'ambiance, il y a une continuité, tous les titres sont arrangées dans la même veine, c'est presque uniforme et je marche à fond dans cette homogénéïté. Là c'est moins le cas je trouve, ça fait plus recueil de titres et j'adhère moins. Du coup j'en viens à comparer, je m'arrête donc là et j'invite simplement ceux qui ne connaîtraient pas encore Bashung à se pencher sur le bonhomme, peu importe la porte d'entrée l’œuvre est magnifique.

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(N°6) › jeudi 19 janvier 2017 - 11:21 Envoyez un message privé à(N°6)
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Fair enough, comme ils disent. C'est vrai que la Tournée des grands espaces m'avait laissé un peu sur ma faim, y compris quand je l'avais vu directement, c'était vraiment bien mais j'avais aussi eu le sentiment d'un truc hyper controlé, un peu rigide et pas toujours capable de se mesurer à l'Imprudence en fait. Comme quoi, et je l'ai vérifié par ailleurs, c'est pas toujours les meilleurs albums qui donnent les meilleures tournées.

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Thomas › jeudi 19 janvier 2017 - 07:50 Envoyez un message privé àThomas

Il me semble que la chronique insiste tout de même dès le début sur le fait qu'il est impossible de se départir totalement de l'aspect émotionnel lié à l'album. Donc, même si tu minores ensuite cet aspect pour recentrer sur l'artistique, mon "en effet" ne me semble pas totalement malvenu... Mais soit. Pour le reste c'est une question de point de vue et je respecte tout à fait le fait qu'on puisse trouver ce live supérieur au précédent, simplement je n'ai pas le même point de vue. Mais ne nous abaissons pas à comparer, ce serait médiocre ;-)

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