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Alain Bashung › Bleu Pétrole

  • 2008 • Barclay #530592 9 • 1 cd

cd • 11 titres

  • 1Je t'ai manqué
  • 2Résidents de la République
  • 3Tant de nuits
  • 4Hier à Sousse
  • 5Vénus
  • 6Comme un Lego
  • 7Sur un trapèze
  • 8Je tuerai la pianiste
  • 9Suzannereprise de Leonard Cohen
  • 10Le secret des banquises
  • 11Il voyage en solitairereprise de Gérard Manset

enregistrement

Alice's Restaurant (NYC), Buzz Studio (Paris), ICP Studios (Bruxelles), Jackpot Studios (NYC), Looking Glass Studios (NYC)

line up

Martyn Barker (percussions, batterie), Alain Bashung (chant, harmonica), Simon Edwards (basse, basse tremolo, contrebasse, dobro, percussions), Gerry Leonard (guitare électrique), Marc Ribot (guitares électriques, dobro, banjo), Gaëtan Roussel (guitare acoustique, guitare électrique, guitare tremolo, basse, ukulele, boucles, piano, korg, cloches), Mark Platti (claviers, basse, guitare acoustique, guitare leslie, melodica, hammond B3, boîte à rythmes, orgue, mellotron, arrangements cordes, programmations), Arman Méliès (claviers, boîte à rythmes, guitare électrique, banjo), Tahar Boukhifa (batterie, guitares électriques), Marc Muller (lap steel, dobro), Shawn Polton (batterie), M. Ward (guitare électrique, guitare acoustique), Marian Tache, Erik Sluys, Dirk Uten, Bart Lemmens, Tatjana Scheck, Christophe Pochet, Cristina Constantinescu, Annelies Broeckhoven (violons), François Grietje (alto), Hans Vandaele, Karel Steylaerts (violoncelles), Mark Steylaerts (direction cordes)

chronique

Styles
chanson
pop
Styles personnels
chanson française

Je t’ai manqué ? Evidemment, grand fou ! A bien y regarder, le premier titre de Bleu Pétrole sonne un petit clin d’œil coquin à tous ceux qui, comme moi, ont patiemment attendu que Bashung revienne. Quand j’ai ouvert le disque la première fois, j’ai pensé à Progmonster, qui se demandait "quel champ restera-t-il à explorer après l’Imprudence ?". La réponse n’est malheureusement pas dans Bleu Pétrole. De son propre aveu, Bashung souhaitait revenir à la chanson française, s’éloigner des phrasés dérangés. Et il l’a fait. D’emblée, ce dernier album sonne comme un retour aux revival country-folk de Osez Joséphine avec lequel il partage bon nombre de points communs: passage aux States pour l’enregistrement, guitares sèches dominantes (relèguant les atmosphères délicieusement jazzy au placard), touches de banjo - et parfum de western jusqu’à l’arrière plan de la pochette. Et c’est à mon sens là ou le bât blesse, n’étant pour ma part pas vraiment friand du Bashung "à l’américaine", même s’il le fait avec toute la sincérité et l’élégance qui lui sont propres. Ceux qui entendirent du Scott Walker dans L’Imprudence trouveront sans doute du Johnny Cash dans cet album, pour ma part j’y entend surtout une chanson française radiophonique mais faite de main d'esthète, même dans des titres légers et titillons comme "Le Secret des Banquises" ou "Résidents de la République", dans la lignée d’un Capdevielle ou d’un Souchon en mieux. Mais ne nous trompons pas sur la marchandise non plus : malgré ce revirement et comme le suggère cette pochette ambiguë, Bashung ne tourne pas complètement le dos à sa trilogie passée; les échos surréalistes du triptyque persistent nettement sous la carapace pop, la section de cordes est toujours aussi classieuse, les sonorités morriconiennes et ténébreuses de L’Imprudence subsistent en filigrane. Les obsédants "Je tuerai la pianiste", "Tant de Nuits" et "Vénus" auraient très bien pu figurer sur Fantaisie Militaire, de même que "Je t’ai manqué", qui s’inscrit dans la lignée de "La Nuit Je Mens" et est calibré pour avoir le même succès. Pour ce qui est du personnel, on retrouve Simon Edwards et l’indispensable Marc Ribot en tête de file, mais la différence c’est que cette fois-ci Bashung a choisi Gaëtan Roussel, leader de Louise Attaque, pour signer la plupart des textes et des compositions. Autant le dire tout de suite : aussi sympathique et inventif soit-il, le petit Roussel n’est pas à la hauteur de Jean Fauque (même s’il a manifestement potassé les paroles de son prédécesseur pour les jeux de mots et l'absurdité esthétique) et l’alchimie entre ses textes et l’univers de Bashung ne promet rien de plus que quelques frissons ("Le Secret des Banquises", "Hier à Sousse", "Je t’ai manqué"). L’avantage de cette alliance neuve, en fait, c’est de permettre à Bashung de respirer un peu, puisque tel était son souhait, de livrer un disque plus détendu et, malheureusement, plus facile à apprivoiser. Car dès la première écoute, Bleu Pétrole sonne comme un instantané, on a vite l’impression d’en avoir fait le tour – et pour un album de Bashung, vous en conviendrez, c’est fâcheux. Tandis que Chatterton, Fantaisie Militaire et L’Imprudence semblent toujours d’inépuisables sources d’images et de rêves hantés, Bleu Pétrole n’ira sans doute pas plus loin que le plaisir de quelques écoutes chez la plupart de ceux qui étaient accrocs au triptyque. Pourtant, ce disque renferme un pur joyau, le véritable sommet de l’album, le nerf spinal, le tour de force, le moment d’absolu : "Comme un Lego". Un bloc émotionnel de 9 minutes et 4 secondes entièrement écrit par Gérard Manset, qui signe ici un texte ô combien saisissant, nous donnant la sensation de contempler la civilisation pourrissante en la survolant comme un oiseau migrateur. Bashung y chante, littéralement possédé et décidemment bien loin des phrasés monocordes passés - accompagné d’une mélodie dépouillée à la guitare sèche qui laisse l'organe du Maître dominer l’atmosphère. Fascinant et beau. Passé ce climax effarant, que peut-il y avoir sinon le silence ? On pourra de plus éviter la reprise franchement fade du "Suzanne" de Léonard Cohen (malgré une contrebasse sublime) et "Sur un Trapèze", qui montrent aussi que, pour la première fois depuis 1994, un album de Bashung est amputable. En définitive, Bleu Pétrole est un disque-pause pour notre Alain : plus pop, plus décontracté, moins expérimental malgré la richesse des arrangements et des ambiances, même si l’artiste n’a rien perdu de son charme noir. C’est l’album d’un chanteur déjà sexagénaire qui souhaitait respirer, sortir la tête de sa nébuleuse le temps d’une ritournelle. Je ne cache pas ma déception, sans tomber pourtant dans l’excès de comparaison qui n’a en définitive pas vraiment lieu d’être vu que le disque n’a pas les mêmes ambitions que ces trois prédécesseurs. Mais quitte à faire mon rabat-joie, j’estime quand même qu’après six longues années d’absence on était en droit d’attendre plus venant de toi, mon Alain.

note       Publiée le samedi 12 avril 2008

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Note moyenne        33 votes

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mangetout › lundi 4 février 2019 - 13:44  message privé !

La version originale, à l'équilibre fragile et authentiquement habitée (bon c'est lui qui l'écrit le morsif, donc) de "Comme un Lego" écrase et enterre celle de Bashung qui, lui, l'incorpore à son univers du moment et en fait une interprétation théâtralisée qui le dessert grandement (il aurait pu chanter l'annuaire sur une vague mélodie portée par une guitare sèche que ça n'aurait pas changé grand chose). Bon Manset est un grand bonhomme aussi...

SEN › vendredi 23 novembre 2018 - 13:30  message privé !

Ben y'a des trucs sympa dans l'album quand même ! "Les rêves de vétéran" ou encore "un beau déluge" sortent du lot !

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Aladdin_Sane › jeudi 22 novembre 2018 - 10:18  message privé !

Il avait prévu de les mettre puis les a retiré... Pour l'instant, je ne suis pas emballé par les 2 morceaux mis en ligne. En même temps, "Bleu pétrole" ne m'avait pas enthousiasmé plus que ça non plus (à part les morceaux composés par Manset).

SEN › jeudi 22 novembre 2018 - 08:58  message privé !

C'est pas des chutes, c'est morceaux qu'il a choisi et travaillé dans le but de les mettre sur son dernier album pour la plupart, et je crois pas que Chloé Mons a abusée des sorties post mortem pour se remplir les poches comme la famille Zappa qui sort 1 album par mois (même si parfois ça vaut vraiment le coup) !

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microbe666 › jeudi 22 novembre 2018 - 08:35  message privé !

https://culturebox.francetvinfo.fr/... a priori ce serait l'initiative de chloé mons, en qui je pense qu'on peut au moins dire que bashung avait une grande confiance (toute confiance ?). La justification que donne la "réalisatrice" de l'album dans l'interview ci-dessus est que de toute façon bashung la cherchait, la trahison. J'sais pas quoi en penser, j'm'en fous je crois, et j'ai hâte d'écouter. Attention émotion à la lecture de l'interview ... pas mal de nawak aussi.

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