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Arcade Fire › Funeral

cd | 10 titres

  • 1 Neighborhood #1 (Tunnels) [4:48]
  • 2 Neighborhood #2 (Laïka) [3:32]
  • 3 Une Année Sans Lumière [3:41]
  • 4 Neighborhood #3 (Power Out) [5:12]
  • 5 Neighborhood #4 (7 Kettles) [4:49]
  • 6 Crown Of Love [4:42]
  • 7 Wake Up [5:35]
  • 8 Haïti [4:07]
  • 9 Rebellion (Lies) [5:10]
  • 10 In The Back Seat [6:20]

enregistrement

Produit par Arcade Fire - Enregistré par Howard Bilerman, Richard Reed Parry et Arcade Fire. - Enregistré et Mixé au Hotel 2 Tango et à l'appartement de Win & Régine à Montréal pendant une semaine d'Aout 2003 et l'hiver 2004. - Masterisé par Ryan Morey aux Disques SNB, Montréal.

line up

Win Butler (voix, guitare jaguar & 12 cordes, guitare acoustique, piano, synthés, basse), William Butler (Basse, Xylophone, Synthés, Percussions), Régine Chassagne (voix, batterie, synthés, piano, accordéon, xylophone, flûtes à becs, percussions), Richard Reed Parry (rickenbacker, synthés, orgue, piano, accordéon, xylophone, percussions, upright bass), Timothy Kingsbury (basse, guitare telecaster & acoustique), Howard Bilerman (batterie, guitare), Sarah Neufeld (violon, arrangements de cordes), Owen Pallett (violon, arrangements de cordes), Michael Olsen (violoncelle), Pietro Amato (trompette), Anita Fust (harpe), Sophie Trudeau (violon sur Wake Up), Jessica Moss (violon sur Wake Up), Gen Heistek (viola sur Wake Up), Arlen Thompson (batterie sur Wake Up), Mark Lawson (ingé son).

remarques

Pochette par Tracy Maurice

chronique

Styles
rock
indie rock
Styles personnels
fanfare funèbre

À force de chercher le groupe qui surnagerait au dessus de la nuée des groupes en "the", il a fini par s'imposer, directement, sans passer par la case "hype"... Arcade Fire, une chose est sûre, personne ne les avait vus venir. Après un premier Ep et quelques concerts, débarque ce premier album à la pochette quelconque, "Funeral" qu'il s'appelle. Ouais, encore un pseudo Radiohead, a-t-on grommelé à l'époque. Sauf qu'il s'agit justement là du disque de rock le plus épique depuis "Ok Computer". Sauf que, après une bonne décennie (depuis d'autres funérailles, celles du blond, vous savez, celui qui se lavait pas entre les doigts de pieds) de disques qui se la jouent "dépressif" tout en laissant une sale impression de préfabriqué, ce truc tout simplement nommé "Funeral" est débarqué, et plus rien ne sera jamais pareil. Évoquant pourtant des groupes dont tout le monde se réclame depuis un moment ; à savoir Joy Division et les Talking Heads (non, ne partez pas, lisez la suite), Arcade Fire est un groupe habité par une ferveur complètement inexplicable dans notre époque frileuse. Enregistrant en partie à la maison sur des magnétos et en partie à l'Hotel 2 Tango, le manoir désaffecté de Godspeed You Black Emperor, le groupe devait sacrément se geler durant ce fameux "terrible hiver 2004" dont parle le livret (en forme de faire-part de décès...), pour avoir envie de se réchauffer en allumant un feu pareil. C'est bien simple, TOUTES les chansons de l'album feraient pleurer la mort en personne. Et de mort il est bien question ici. Triste anecdote, 9 proches des membres du groupe ont trouvé la mort pendant l'enregistrement de l'album. On comprend mieux pourquoi on a envie de chialer en entendant cette voix hantée, paniquée, et ces chœurs, présents sur tout l'album, indistincts et en même temps bouleversants... Écoutez ceux de la coda de "Tunnels", on dirait bien... mais oui, des fantômes ! Et pourtant il n'y a rien à craindre, "Funeral" ne fait pleurer que pour nous faire nous sentir mieux. Soulagés. Content d'avoir traversé avec eux cet hiver-là, la rude tempête québécoise, les flocons de neige gros comme des poings, le ciel noir de jais, le tonnerre qui gronde... Tout est dans l'album. Vous avez déjà entendu le son de quelqu'un qui marche contre le vent glacial, avançant centimètre par centimètre, en souffrant de tous ses os noyés, trempés, détrempés, lavés, délavés ? Évoquer une chanson en particulier d'un pareil chef d'œuvre est un crève-cœur. Parlons quand-même de la ""tétralogie"" Neighborhood, qui compte l'histoire d'enfants dont le village a disparu sous des tonnes de neige et qui, livrés à eux mêmes, leur familles décédées, sont bien forcés de grandir et de s'endurcir. C'est un peu l'histoire racontée sur tout l'album, de manière encore plus déchirante sur le presque insoutenable "In the backseat", aussi poignant et désarmant qu'un "No Surprises". Il y a aussi "Crown Of Love", une complainte sur l'amour qui s'éteint, d'une justesse effarante ('My love keeps growing/like a cancer/and you won't give me/a straight answer"), "Haïti", titre ironique pour un album qui se veut froid et hivernal mais qui n'en est pas moins lugubre ("Tous les morts-nés forment une armée"). Ah oui, j'oubliais, Régine Chassagne, la compagne du chanteur-leader Win Butler, est en quelque sorte la touche française du groupe, apportant des paroles dans la langue de Molière et quelques notes d'accordéon qui fleurent bon le pub ou on se serre pour se réchauffer, notamment sur "Laïka". Pour le reste, les Arcade Fire sont des adeptes de l'échange d'instruments et de la transe collective. Ça s'entend pas mal ici, vu la section rythmique qui fait du "Lust for life" à contre-emploi sur "Wake Up" ("lust for life... quelle ironie), quand elle n'est pas franchement spasmodique sur le titanesque "Power Out" - qui évoque des milliers de lemmings se jetant dans l'eau glacée - et toujours ce prêcheur maniaque, au bord des sanglots, qui nous accuse subitement vers 3min30 dans un accès de fureur. Bref, vous l'aurez compris, "Funeral" est un disque vivant. Après tout, pleurer c'est être vivant, tout comme rire, non ? Il y a toutes sortes d'instruments ici, dont beaucoup n'apparaissent pas sur les disques de rock "ordinaires", des xylophones, des cordes à foison, des tambourins en pagaille, des orgues, une harpe... Mais il y a aussi - et surtout - un autre genre d'instrument, qui lui aussi ne s'entend pas souvent : l'Âme. Si on veut comprendre ce qui manque à Franz Ferdinand pour nous décrocher autre chose que des sarcasmes, il faut écouter "Funeral". Une œuvre singulière, qui dépasse les genres, quoique l'on puisse éventuellement le rapprocher des productions du label Constellation pour l'intensité et la profusion d'instruments justement. C'est qu'Arcade Fire est aussi une joyeuse troupe de frappés, aux prestations scéniques plus que singulières (je vous invite à parcourir le web pour vous faire une opinion). Bien sûr, comme moi au début, vous êtes sceptiques... C'est difficile en premier lieu, de réaliser que l'un des meilleurs disques de l'histoire du rock vient de sortir, sous nos yeux, et que une fois de plus, c'est sorti de nulle-part... sans prévenir. Il y aurait donc un petit espoir. Notez au passage qu'aucun des membres du groupe n'a une gueule de star, (la rumeur a même couru qu'ils étaient mormons), qu'il n'est question ni de sexe, ni de drogues, ni de rock'n'roll, mais simplement d'une lutte contre la mort et contre la perte, un truc totalement sincère et premier degré. Pas de concept postmoderne, pas de revendications, pas de romantisme exacerbé non plus. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce sont les clichés qu'enterre ce "Funeral".

note       Publiée le mercredi 17 janvier 2007

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Alfred le Pingouin › mercredi 31 juillet 2013 - 15:30  message privé !

Au début jtrouvais ça mignon Arcade Fire, notamment Power Out mais c'est aussi parce que tout le monde a un son comme ça maintenant, c'est super galvaudé. Mais au fil des écoutes je vois enfin que dans l'album y a une super cohérence, et Rebellion notamment, avec sa coda au violon, là ça me tue.

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saïmone › mercredi 22 mai 2013 - 14:58  message privé !
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Il manquait la sixième boule, je sais pas pourquoi. Merci Dariev. Putain, cette entame d'album...

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yog sothoth › jeudi 22 novembre 2012 - 10:49  message privé !
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Le pire d'entre nous...

Nerval › jeudi 22 novembre 2012 - 08:58  message privé !

J'ai découvert cet album et ce groupe suite à la chronique de Dariev sur guts. Est-ce-que ça fait de moi une victime de la hype?

Aladdin_Sane › mercredi 21 novembre 2012 - 15:06  message privé !

Découvert il y a quelques années en même temps que le premier Interpol et le premier Bloc Party, j'avais adoré à l'époque et ce contact m'avais permit de me jeter dans le grand bain de l'Indie rock à travers des groupes comme Flaming Lips, Built to Spill ou Modest Mouse. Aujourd'hui, j'accroche un peu moins (je suis aussi passé à autre chose) mais "Rebelion Lies" me fait toujours un effet boeuf.

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