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Tom Waits › Orphans 3 : bastards

  • 2006 - Anti, 6844-2-C (1 cd digipack)

cd | 20 titres | 55:46 min

  • 1 What Keeps mankind alive
  • 2 Children's story
  • 3 Heigh ho
  • 4 Army ants
  • 5 Books of oses
  • 6 Bone chain
  • 7 Two sisters
  • 8 First kiss
  • 9 Dog door
  • 10 Redrum
  • 11 Nirvana
  • 12 Home I'll never be
  • 13 Poor Little lamb
  • 14 Altar boy
  • 15 The pontiac
  • 16 Spidey's wild ride
  • 17 King kong
  • 18 On the road
  • 19 (Untitled) [BONUS TRACK]
  • 20 (Untitled) [BONUS TRACK]

enregistrement

Produit par Waits/Brennan - Enregistré, traité et mixé par Karl Derfler aux studios Bay View

line up

Ara Anderson (trompette), Michael Blair (batterie, percussion), Matt Brubeck (basse), Bent Clausen (piano), Greg Cohen (basse), Mitchell Froom (chamberlain), Carla Kihlstedt (violon), Larry Lalonde (guitare), Mark Linkous (guitare, batterie, basse), Brian "brain" Mantia (percussions), Charlie Musselwhite (harmonica), Marc Ribot (guitare), Colin Stetson (saxophone), Larry Taylor (basse), Casey Waits (batterie), Tom Waits (voix, percussion, orgue), Crispin Cioe (saxophone), Eddie Davis (banjo), Darrel Devore (violon circulaire), Bob Funk (trombonne), Arno Hecht (saxophones), Bart Hopkins (clarinette bambou), Guy Klesevik (accordéon), Gary Knowlton (claviers), Mike Knowlton (guitare), Paul "Hollywood" Litteral (trompette), Tom Nunn (the bug), Bebe Riesnfors, (clarinette), Richard Waters, (waterphone)

chronique

Styles
black music
blues
folk
jazz
ovni inclassable
rock
Styles personnels
night in waits satin

Je ne me rappelle pourtant pas m'être endormi, mais quand je me suis réveillé, Tom n'était plus là. Le salon était vide, le piano refermé, et la maison figée dans les lueurs de la lune. J'ai cru me réveiller en plein silence, dans la maison perdue au milieu du wasteland et la nuit pour décor; mais je suppose aujourd'hui que c'est le vacarme bizarre qui venait du grenier qui m'a tiré du sommeil. Sorti du salon je me retrouve dans le couloir, je tâtonne sur les murs suivant la lune de tâche en tâche... ce n'est pas du vacarme en fait : on dirait du tango... arrivé prudemment au pied de l'escalier j'aperçois une lumière, vacillante, qui s'échappe sous la porte du grenier... ce n'est pas du tango : c'est l'opera de quat'sous. Trop tard... je n'ai le temps de monter que quelques marches, et sous la porte la lumière s'est éteinte, le silence revenu... collé à mon oreille, dans le noir absolu, sa tête énorme et les yeux brillants, Tom m'a cloué sur place et me raconte une histoire pour m'endormir... sauf que j'en suis sûr, bloqué ici dans l'ombre, assis dans l'escalier au milieu de la nuit : la maison est vide, et Tom n'est pas là... c'est dehors, dans la lande sauvage et sous les étoiles blanches que ça se passe. "Heigh ho"... "Heigh ho"... quelqu'un a allumé des feux, un type déclame au loin sur les collines : y a des esprits furtifs qui courent un peu partout autour de la vieille baraque... il y a une procession de fourmis qui me remonte le dos en suivant la colonne. Saviez-vous que chez les mantes religieuses, le mâle continuait de copuler même après que la femelle lui a bouffé la tête et coupé le torse? Des paquets de cocons blancs, des araignées, et toujours ces bestioles qui se baladent sur moi... putain c'est la cave; descendu des collines, assis sur la terrasse juste devant à regarder la nuit dans le désert alentour, Tom ne fait pas du tout attention à moi, à la maison, à ce qui se passe... je suis en plein malaise, réveillé par un rêve, et lui reste là, dehors, à chanter une vieille ballade traditionnelle. Je suis en plein malaise, empoisonné par des cliquetis de banjo, mais lui, il marmonne tout seul comme un sorcier déchu; il est transfiguré, défiguré par la nuit, et l'homme que j'aperçois par la fenêtre du premier étage, assis sur ma terrasse : je ne le reconnais pas... il est malfaisant, il fait dans le groove psyché sur harmonies post punk, il ouvre la porte au chien... il se lève, et marche dans la nuit autour de la maison, le sourire assassin, chasseur de sang. Je suis en plein malaise, mais depuis que je me suis réveillé, tout seul dans le salon, le vaudou me ballade et faut dire ce qui est : je suis hypnotisé, halluciné, fasciné... et tandis qu'enfin, là-bas à l'horizon, s'échauffent les toutes premières bleuets de l'aurore, qui ne tardera plus, Tom reprend son visage, récite du Bukowski, sur fond de cor lointain qui accompagne le jour au dessus des collines. Tom est fatigué par sa nuit, pauvre petit agneau, et c'est comme obligé, forcé par on ne sait qui, qu'il persiste dans sa country old fashion et tristouille, qu'il couvre les cloches de l'église sonnant le réveil par un vieux jazz crevé, bourré... qu'il s'efforce de me présenter sa bagnole au moment où je sors enfin de mon refuge familier pour lui serrer la main sur le pas de ma porte avant qu'il ne s'en aille. Tellement crevé, comme obligé, forcé par on ne sait qui de se fendre d'un klang boom avant de grave blueser, au fond du fond de ses groles... s'attardant sur lui-même, alors que le jour est déjà bien levé, avant de prendre la route. Je le salue d'un geste, depuis le parterre devant la maison, sa voiture disparaît dans son nuage de poussière, au loin sur le chemin, je vis un bel instant. Quelle drôle de nuit me dis-je en rentrant chez moi. Quelle drôle de nuit... dommage que papa Tom se soit poussé à bout au delà de l'aurore, fatigué, fatiguant, forcé par on ne sait qui, car sous la maman lune c'était vraiment une drôle, une putain de folle, et de fascinante nuit.

note       Publiée le dimanche 8 février 2009

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stankey › dimanche 8 décembre 2013 - 14:00  message privé !

J'aime ce personnage et sa musique. Dans ce volume précis du triptyque , je discerne au delà d'une apparence bancale une musique profondément américaine, qui dégage une chaleur humaine vraie et sincère. Pas d'accord sur l'aspect nocturne de cette compile par contre (impression que dégagent effectivement certains disques du clochard céleste), pour moi il y fait jour, des passants se réunissent ça et là, on sent la rue qui vit...
Des images me viennent d'un enterrement, un bar, un vieux garage, le vacarme d'un train de marchandise au loin se mêle aux clameurs d'un mariage...j'allume une clope dégueulasse devant un mec assis sur une chaise rafistolée là au carrefour, qui nous braille que la vie peut être belle :)

Note donnée au disque :