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Tom Waits › Small Change

  • 1976 - Asylum, 7E-1078 (1 vinyle)
  • 1989 - Asylum, 1078-2 (1 cd)

lp/cd | 11 titres | 50:02 min

  • 1 Tom Traubert’s Blues (Four Sheets To The Wind In Copenhagen) [6:40]
  • 2 Step Right Up [5:39]
  • 3 Jitterbug Boy (Sharing A Curbstone with Chuck E. Weiss, Robert Marchese, Paul Body And The Mug And Artie) [3:41]
  • 4 I Wish I Was in New Orleans (In The Ninth Ward) [4:50]
  • 5 The Piano Has Been Drinking (Not Me) (An Evening With Pete King) [3:37]
  • 6 Invitation to the Blues [5:20]
  • 7 Pastries and a G-Sting (At The Two O'Clock Club) [2:32]
  • 8 Bad Liver and a Broken Heart (In Lowell) [4:46]
  • 9 The One That Got Away [4:00]
  • 10 Small Change (Got Rained On With His Own .38) [5:03]
  • 11 I Can’t Wait to Get Off Work (And See My Baby On Montgomery Avenue) [3:20]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré en prise directe sur un magnétophone deux pistes stéréo par Bones Howe, Geoff Howe et Bill Broms, au studio Wally Heider Recordins, Hollywood, Californie, les 15, 19, 20, 21 et 29 juillet 1976.

line up

Jim Hughart (basse), Shelly Manne (batterie), Lew Tabackin (saxophone ténor), Tom Waits (voix, piano)

Musiciens additionnels : Harry Bluestone (violon), Sam Boghossian (alto), Jesse Ehrlich (violoncelle), Nathan Kaproff (violon), Ray Kelley (violoncelle), Ed Lustgarden (violoncelle), Nathan Ross (violon), David Schwartz (alto), Jerry Yester (direction des cordes), Israel Baker (violon), George Kast (violon), Murray Adler (violon), Marvin Limonick (violon), Alfred Lustgarden (violon), Sheldon Sanov (violon), Allan Harshman (alto), Kathleen Lustgarden (violoncelle)

remarques

Photos : Joel Brodsky (recto) et Bruce Weber (verso). Design : Cal Schenkel.

chronique

Le cirque n’y est pas encore… D’autres attractions : le type dans la rue, qui tape sa batterie à l’ancienne, en se vantant de pouvoir imiter à la perfection chacun des vieux maîtres – vous vous rappelez cette scène furtive, canicule et mal de crâne, dans Taxi Driver, au moment où Travis Bickle commence à dérailler pour de bon ? Un Hollywood passé, défraîchi, plein d’orchestres à grande pompe, au sirop qui fige, prend des teintes bleu-noir-mélancolie qui poisse – la pâte, pourtant, la mélasse qui reste douce, contre tout espoir, désespérément. Le claque, oui, le bordel. Le bastringue – mais littéralement, ou du moins ses antichambres, ses corridors. La loge de la strippeuse, pendeloques aux tétons et moue déjà vieille-amère. Les odeurs dans la pièce : poudres, sent-bon trois-sous, sueur intime, bouquet défraîchi. Elle est là, la vraie baraque – et les déclassés pas des freaks métaphoriques, encore, ou à peine. Pas de porc-philippins-boîte-à-ressort, encore, ici, ou de trombone-espadon. Des filles qui se déloquent, donc, sur du lascif joué assez fort pour donner chaud. Des petits macs et des jeunots rêveurs qui finiront éparpillés avec leur propre .38. Des serveuses vague-à-l’âme endémique et des amants éconduits, des amoureux jetés là. Certes, les mots peuvent bien l’évoquer, la roulotte, un coup – Step Right Up. Mais en musique, pas encore de flonflons, de cymbales qui valsent poussiéreux, de sifflets d’écuyères et autres machines à coulisses. Une alternance, plutôt, simple, évidente, pourtant pas mécanique, mathématique, dans la répartition. Les violonnades, donc, romances et complaintes. Épaisses, enflées… Mais qui remuent profond pourtant, ici, se trimbalent un spleen gloomy-sunday indélébile – Mittleuropa sur Pacifique, presque ; avec une sensualité dans la sonorité, aussi, engluante, irrésistible. (Lisez donc les crédits, tiens… ils sont trois parmi les archets à s’appeler Lustgarden – Jardin de Luxure !). Et une espèce de jazz antique. Impure et non dilué. Un blues contrebasse-batterie tout rugueux, tout cagneux. Des restes de la préhistoire du truc, New Orleans. Du west-coast mal-bronzé (les types qui accompagnent Waits, sur celui-là, en sont, de cette musique-ci). Des souvenirs de Charlie Parker ou Coleman Hawkins quand ils se mettaient à souffler seuls, esseulés, solitaires. (Small Change, la chanson). Et puis : dans chaque maison, un piano… La voix de Waits, par dessus, flottant dans tout ça, scandant autant que le reste, coulant pareil. Waits qui rauque déjà, imite encore Armstrong ou Beefheart ou Howlin’ Wolf. Mais qui ne grince pas encore. Waits encore pétri de poésie Beat – le Kerouac plein de cassures et tournures phonétiques de Mexico City Blues plutôt que celui d’On the Road, des romans ; pas encore le Burroughs de Black Rider, pas de Festin Nu, pas de Machine Molle ; à la rigueur un satellite du genre de Brautigan, peut-être bien, oui, les fils indignes, prodigues, genre Bukowski, dans cette écriture-là, ce monde où il traîne, où tout ça tourne. Waits, d’accord, porte déjà des chapeaux et cette barbiche de frime, personnage, cabot sans doute. Essaye peut-être, un peu dérisoire, de ressembler au Captain, ou au Docteur John, ou à d’autres. Mais l’accoutrement ne ridiculise rien, pour l’instant (d’autres s’en chargeraient quelques années ou décennie plus tard – ne réussissant dans l’opération qu’à évoquer l’allure de Kiedis, de Flea ou de l’un ou l’autre blaireau restant des Red Hot Chili Peppers). Ce disque sent toujours le bois usé des comptoirs, les carreaux dépolis des drugstores, les corps macérés dans le cognac, la vinasse, la fatigue, les bluettes tentatrices qui laissent exsangue, béant, les retours au vrai monde, au réel. Ce disque pue l’amour, l’envie, la faim, la soif inextinguible – "son premier disque imbibé", disait un chroniqueur alors que celui-là était encore frais, et le Tom à peu près aussi. Small Change reste encore chaud. Et Petite Monnaie, la balle craquant son crâne, éclabousse la surface du zinc de son rouge tout poisseux. Et rien n’est sec, ici. Et le gars, en salle, passe la serpillère, remet un coup le jukebox et n’en peu plus d’attendre la fin du taffe pour rejoindre sa belle, douce et souple. Et d’autres songes s’abîment sur d’autres routes ou dans d’autres réduits… Entre mes murs il fait humide – et dehors le soir tombe et les terrasses sont des rumeurs que je peux voir en sortant la tête.

note       Publiée le mardi 23 mai 2017

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Potters field › mercredi 24 mai 2017 - 14:32  message privé !

Commencé avec Black rider aussi, mais c'est sur nighthawks que le déclic s'est produit.

Dioneo › mercredi 24 mai 2017 - 00:07  message privé !
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Ouip, ça a pas tant à voir, même vraiment peu, musicalement... Je subodorais plus une hypothétique tentative de copiage de look ! (Mais plus j'y pense - mythologie du gars etc. - plus je me dis que de ce côté là - l'allure !- le gars devait plus lorgner vers des mecs comme Dr John voir Professor Longhair ou des types comme ça...).

Et ce n'est pas par celui-là que j'ai "entamé" le Waits pour ma part - c'était The Black Rider - mais c'est sans doute le premier à quoi j'ai directement accroché, de bout en bout. (Et j'y reviens toujours avec le même plaisir et... oui, je le trouve toujours aussi touchant, comme tu dis, les années passant).

Note donnée au disque :       
Rastignac › mardi 23 mai 2017 - 23:43  message privé !
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40 millions de souvenirs avec celui ci, qui fut le premier, y a un certain temps... le "wasted and wounded" en entrée reste pour moi un must d'entame d'album. J'ai découvert Beefheart bien après, mais y a bien que sur les albums "simples" du captain qu'on peut faire un peu de comparaison avec cette première partie de carrière ultra romantique de caniveau comptoir par Tom Waits. Déjà suranné avant d'être vieux, mais tellement touchant.