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Tom Waits › Orphans 1 : brawlers

  • 2006 - Anti, 6844-2-A (1 cd digipack)

16 titres - 64:20 min

  • 1/ Lie to me - 2/ Lowdown - 3/ 2:19 - 4/ Fish in the jailhouse - 5/ Bottom of the world - 6/ Lucinda - 7/ Ain't goin' down to the well - 8/ Lord I've been changed - 9/ Puttin' on the dog - 10/ Road to peace - 11/ All the time - 12/ The return of jackie and judy - 13/ Walk away - 14/ Sea of love - 15/ Buzz fledderjohn - 16/ Rains on me

enregistrement

Produit par Waits/Brennan - Enregistré, traité et mixé par Karl Derfler aux studios Bay View

line up

Andrew Borger (percussion), Ralph Carney (saxophone), Les Claypool (basse), Seth Ford-young (basse), Brett Gurewitz (guitare), John Hammond (harmonica), Stephen Hodges (percussions), Joe Gore (guitare), Larry Lalonde (guitare), Brian "brain" Mantia (percussions), Charlie Musselwhite (harmonica), Mule Patterson (percussion), Marc Ribot (guitare), Gino Robair (percussions), Larry Taylor (basse), Casey Waits (batterie), Tom Waits (voix, guitare, clavier, percussion, etc...), Anges Amar (sifflets), Bobby Baloo (Boulders, Cowbell), Dave Alvin (guitare), Steve Foreman (percussions), Ron Hacker (guitare), Jeff Sloan (percussions)

chronique

"Naaan!! me dit Tom. On reste sur la terrasse! C'est de là qu'on voit le pays" "Ecoute, lui répondis-je, je la connais la terrasse... tu m'y as planté à regarder le mulet remuer des oreilles tout seul au milieu de cette désolation, et j'ai adoré ça... seulement... voilà quoi, je la connais la terrasse, et j'en ai marre de t'entendre râler sur ce désert, sur le pays... pourquoi t'y restes? pourquoi tu veux qu'on s'y replante, là, au spectacle de l'infinie poussière puisque t'y es si mal?...". "Parce que c'est mon pays, morveux! me répondit-il en me crachant à la gueule. Et puis si tu l'as vu, je ne te l'ai pas montré, et je t'ai pas tout dit... parce que y a pas que râler, on peut aussi faire les cons, s'aimer et rigoler dans la poussière!" il a sorti une vieille guitare chromée et s'est mis à délirer rock'n roll en imitant Elvis Presley : il a commencé son tour de chant. C'était vrai, pas de rancoeur, pas de crachat, Tom était de bonne humeur, rigolard, faisant le con et se faisait plaisir aux rythmes de vieux rock, sur sa vieille terrasse abandonnée, là où il vient d'habitude gueuler son inconfort à la face du silence. Et dès le début j'ai aimé ça. Parce que c'était bon... sacrément bon. Le voir aimer le rock comme ça, tous les rocks, le vieux rockabilly, le gros bluesrock pesant et saturé, le groove rockarolla des 2 heures 19 du matin... le rock'n roll, et tout cela version terrasse, à base de copains bourrés qui passent et de percussions en feraille véritable. "Evidemment que j'aime le rock, me dit-il alors en s'arrêtant. Evidemment! Tu l'entends bien, là, tu l'as vu : au fond, écoute... c'est du blues". C'est vrai, j'aurai du deviner... J'ai mieux regardé ses quelques potes qui s'étaient pointés au premier son de guitare pour jouer avec lui. Ils avaient le regard blessé, les fringues centenaires et rapiècées, certains souriaient comme si ça les maintenait en vie, édentés, paumés, vraiment paumés. "Tu as raison, me dit finalement Tom avec douceur et mélodie, on était déjà resté sur la terrasse, mais je t'avais pas montré, et je t'avais pas tout dit... tu vois la poussière, cette sécheresse, cette amérique... pourquoi tu crois qu'on chante encore le blues ici? On y est encore : c'est toujours le pays des esclaves." et tous ses copains ont opiné du chef, avec l'insouciance de celui qui commande son 18ème double bourbon. "Depuis l'abolition, reprit-il, les esclaves sont les sans destin, les sans amour, les sans personne... esclaves de l'invisibilité. On nous voit pas tu comprends? On habite au milieu de l'abandon, pas de chemin qui arrive, pas de route qui parte... campagne exsangue, l'amérique du sable... voilà le pays, voilà ce qu'on est, ce qu'ils sont, ce que je suis; orphelin, seul, oublié... et je suis perdu, perdu... perdu là, dans le trou du cul du monde..." Il n'y avait plus d'agressivité chez Tom. Juste de la nostalgie, une mélodie douce et country comme il en a le secret, avec cette amérique au bord de la terrasse et sa guitare du cru, tandis que le soleil semblait s'adoucir vers la fin d'après midi. "Alors tu le vois maintenant? a-t'il repris avec plus de véhémence, grimaçant. Tu comprends pourquoi parfois je viens gueuler devant cette mort sur la terrasse, frapper des gros coups kaboom kaboom comme un poivrot, même quand je dois chanter la douceur, même si je chante Lucinda? Tu comprends, maintenant, pourquoi il m'arrive de devoir réellement partir?"... Alors, comme il avait eu l'énergie et la beauté de s'amuser rock'n roll pour me divertir, comme il avait pris la peine de se munir de sa plus belle plume de délicatesse pour me parler du cul du monde, et m'en apprendre encore, finalement, sur le pays, et comme ces vieux copains étaient là pour partager avec lui le plaisir d'être ensemble autour de leur musique et de leurs cicatrices, je suis resté, bien volontiers, avec eux sur la terrasse, tout le temps que Tom a voulu. Quand ils faisaient du rock on sentait le bonheur de cette énergie, transmise entre moribonds, quand ils faisaient du blues, on sentait l'amitié, la foi qui anime Tom, le groove qui l'accompagne... et quand il arrivait à trouver la route vers la paix, ou se laissait aller aux larmes du souvenir, il y avait la gentillesse, la délicatesse, il y avait le coeur du sujet : ces kilomètres de rien hostile, ces paumés qu'on y croisent, les orphelins : même les plus primitifs qui ne savent plus parler autrement qu'en te crachant dessus, Tom les connait et les pardonne, Tom en est un et les comprend... il les aime. Lentement, le soir s'est affirmé... Tom chantait tranquille et twistait avec ses acolytes... puis, entre la nuit bleutée et la lumière de la lampe à pétrole, il a fini par s'asseoir tout seul sur la bord de la terrasse, face au silence, pour entamer un petit appel au copain Buzz, au cas où le gaillard, au loin, sur sa terrasse à lui, tende l'oreille vers le soir. La lune, le vent, l'écho de son banjo sur le bois sec des murs de la maison... on entendait les chiens de Buzz, aboyer au loin pour accompagner la complainte du vieux Waits... "Tout est là, dit-il dans un sourire. Heureusement qu'il y a les copains". Il s'est levé comme pour rentrer, un dernier regard derrière lui sur la lande infanticide "Tu comprends, c'est chez moi, chez nous... j'ai besoin de jouer du blues, sur la terrasse avec eux... pour parler avec eux, parler de moi... alors, parfois, je geins, je gueule, je râle, je m'énerve !"... puis il conclut : " Le pays tu as vu c'est la sécheresse, l'aridité. Mais pourtant moi, tu vois, où que j'aille, quoi que je fasse, chaque instant, il me pleut dessus"... et comme il disait cela, ses frères ivrognes le répétaient avec lui, dans un choeur fin de banquet, car ces mots du vieux Tom, c'étaient leur vie à eux.

note       Publiée le dimanche 8 février 2009

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Alfred le Pingouin › dimanche 9 décembre 2012 - 11:05  message privé !

Euuuh I don't wanna grow up c'est l'inverse, c'est les ramones qui reprennent Waits^^ le texte le plus long de leur répertoire...

Richter › dimanche 25 octobre 2009 - 22:11  message privé !

Ce premier cd (Brawlers = bagarreurs) fait dans le blues-rock déglingué. Ça doit être celui des trois que j'écoute le plus. C'est foufou, ça met la patate et c'est ça qui est bon (Lie to me met direct dans l'ambiance). A noter une reprise des Ramones, The Return of Jackie and Judy. Ce n'est pas la première puisqu'il avait déjà repris I don't want to grow up sur Bone machine, ni la dernière puisque sur Bawlers, il reprend aussi Danny Says des mêmes Ramones.

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Raven › lundi 9 février 2009 - 02:53  message privé !
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Excellente idée d'avoir fait les chros séparées des 3 disques, y'a tellement de choses à dire...

Note donnée au disque :