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Tom Waits › Blood money

  • 2002 - Anti, 6629-2 (1 cd)

13 titres - 42:16 min

  • 1/ Misery is the river of the world
  • 2/ Everything goes to hell
  • 3/ Coney island baby
  • 4/ All the world is green
  • 5/ God’s away on business
  • 6/ Another man’s vine
  • 7/ knife chase
  • 8/ lullaby
  • 9/ Starving in the belly of a whale
  • 10/ The part that you throw away
  • 11/ Woe
  • 12/ Calliope
  • 13/ A good man is hard to find

enregistrement

Produit par Tom Waits et Kathleen Brennan. Enregistré et mixé au studio In the Pocket, Forestville, Californie.

line up

Ara Anderson (trompette), Myles Boisen (guitare), Andrew Borger (marimba), Matt Brubeck (viloncelle, contrebasse), Bent Clausen (marimba, pod, grosse caisse), Stewart Copeland (batterie et log drum), Dawn Harms (stroh violon, violon), Joe Gore (guitare électrique), Charlie Musselwhite (harmonica), Mule Patterson (pod), Nick Phelps (trompette, baby tuba), Bebe Risenfors (basse clarinette, accordéon, saxophones, clarinette), Gino Robair (marimba, bells, gongs, bongos, timpani, floor toms), Matthew Sperry (basse), Colin Stetson (saxophone baryton, saxophone ténor, clarinette, basse clarinette, cor baryton), Larry Taylor (basse guitare électrique, basse acoustique), Casey Waits (batterie), Tom Waits (Voix, piano, calliope, guitare acoustique, chamberlain, guitare électrique, pump organ)

chronique

«The higher the monkey can climb, the more he shows his tail ; Call no man happy ‘til he dies, there’s no milk at the bottom of the pail ». J’ai d’abord vu arriver le petit orchestre sur l’estrade. Il y avait un contrebassiste avec la gueule en long, une basse clarinette, un type avec des marimbas, des gongs. Ils ont commencé à jouer une musique bizarre, chaloupée et dérangée, avec la basse clarinette qui vagissait comme un gros saxophone… et c’est là que le cirque s’est dressé tout autour de la scène : il y a eût une descente de notes, piano et marimbas, les gongs se sont déployés, comme une chute dans le vide, et tout à coup c’était le petit théâtre des étrangetés… « If there’s one thing you can say about mankind : there’s nothing kind about man »… il est arrivé : une espèce de très vieux singe avec une voix de rocher, qui secouait la tête en même temps qu’il dégueulait sur la race humaine et son piano. Il mange les consonnes comme on se bourre de chamallows… il avait l’air de pleurer, il le cachait derrière son poitrail de gorille et cette transe de Mississippi Circus, mais il y a quelque chose, quelque chose de déchiré dans sa voix… «Misery is the river of the world… ». Ensuite ils ont été rejoints par des sax, un accordéon… ils étaient toujours aussi fantasques, leurs mélodies ont continué de s’échapper du déhanché jazzo-salsa prédominant de la deuxième scène pour s’en aller chercher la lune… les saxos criaient dans le fond, mais il y avait toujours une descente de notes d’étoiles pour accueillir le bonhomme qui chantait. «I don’t believe you go to heaven when you’re good… ». Honnêtement je pense que c’était un rêve. Les décors changeaient rapidement, il y avait toujours cette scène avec ses gros rideaux rouges rangés sur les cotés, son parquet en bois… mais les décors changeaient souvent… un vieux bar, un instant de nuit dans la campagne de la nouvelle-orléans, un boudoir bizarre avec des meubles aux formes inquiétantes. Et puis ce petit orchestre toujours chaloupant, comme si ils étaient tous hypnotisés, cherchant la lune étrange au milieu des atmosphères feutrées… et puis ce type là… ce singe qui me fait peur. Il a pas l’air méchant non, mais il est fou, c’est évident. Je me rappelle à un moment où il se lamentait que Dieu soit occupé ailleurs… il ouvrait les yeux et la gorge comme des marmites… et derrière lui un type complètement ivre passait en jouant de la trompette bouchée, mais rien à faire, c’était pathétique… «I’d sell your heart to the junkman baby, for a buck… for a buck ». Cette voix gigantesque s’abattant sur les temps, les r, les t et les p, sifflant les s… juste après un clochard est venu s’asseoir au piano, il faisait peine à voir mais je me souviens surtout de la parade de cinglé qui a suivit. L’orchestre est parti complètement en sucette, il a commencé par une espèce de marche, mais totalement difforme, avec un thème affreux et bancal qui revenait tout le temps, et la guitare qui terminait son whisky dans un coin sans faire attention à la musique horrible… Ca a duré un long moment… les personnages et les décors se sont mélangés, enchaînés, succédés, circonscrits par cette scène et son petit orchestre… pas un pour relever l’autre, tous plus bas que terre : «If you live in hope you’re dancing to a terrible tune » m’a dit à un moment un vieux qui jouait de l’harmonica. Oh… aucun d’eux n’a été agressif, non : avec l’orchestre de pauvres âmes perdues qui s’évertuait derrière à offrir du délicat, du soigné, du velours, c’était plutôt une sorte de tour de chant de paumés, de malades… et puis ce singe antédiluvien qui ramenait son hystérie dépitée. Il était un peu hargneux celui-là oui… c’est vrai. En tout cas ils étaient tous désespérés, et ils ont eu beau faire de jouer des musiques qui les tenaient à cœur… vieille rumba, jazz à la tombée du soir, fantômes vaudous, fin de siècle et univers de cirque, guitare perdue… tout cela était déformé par la folie douce dans laquelle ils ont manifestement tous sombré… faute d’arriver à sourire. Ils font tous la gueule… on dirait des vieux musiciens de bals, qui ne croient plus en rien. Pourtant ce rêve me semble d’une beauté ahurissante. La douceur des décors, les personnages… la beauté des sons, des mélodies égarées, cette espèce de no man’s land stylistique où se tient le petit orchestre… pas facile à lire tout ça hein ?… fait chier ouais même cette histoire de trois kilomètres… fais chier, ouais : voilà ce dont je me souviens finalement… c’est que ce type là, et ben il semblait vraiment en avoir marre de tout… de vraiment tout. Et quand il l’a dit avec sa voix de singe, un peu fou, je vous l’ai dit, je m’en souviens, je pense qu’il pleurait… sa voix cherchait dans les profondeurs le rauque pour cacher les sanglots mais… j’ai l’ouïe fine, surtout quand je rêve… oui : il pleurait. «Misery is the river of the world, disait-il… everybody row, every body row !

note       Publiée le dimanche 27 avril 2003

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saïmone › dimanche 22 février 2009 - 00:38  message privé !
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Bon, je sais que j'suis sans doute à la bourre, mais je découvre Man Man là, dont les disques se rapprochent vachement de ce Blood Money, ambiance fanfare mortuaire, voix délirantes, whisky chapeau

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Ofboir › mercredi 21 janvier 2009 - 21:20  message privé !

Moi c'est All the world is green qui me prend aux tripes

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Raven › mardi 20 janvier 2009 - 18:52  message privé !
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Hop, tant qu'on y est...

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michel rocard › jeudi 30 octobre 2008 - 00:35  message privé !

Que dire, sinon s'enduire. Ce disque, c'est du rhum, avec du cabaret, avec du rhum, c'est l'Amérique qui perd, celle qui ne peut plus pendre les noirs. Disque fabuleux qui fait apprécier l'alcool, la solitude et toutes les conneries que j'viens de dire, et que j'assume.

punksportif › dimanche 22 juin 2008 - 15:12  message privé !
"another man's vine", titre d'une beauté absolu. le reste du disque passe super bien...
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