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Swans › Swans Are Dead

black cd | 8 titres | 72:19 min | final tour 1997

  • 1 Feel Happiness
  • 2 Low Life Form
  • 3 Not Alone
  • 4 Blood On Yr Hands
  • 5 Hypogirl
  • 6 I Crawled
  • 7 I Am The Sun
  • 8 Blood Promise

white cd | 8 titres | 70:44 min | tour 1995

  • 1 Final Sac
  • 2 The Sound
  • 3 I See Them All Lined Up
  • 4 Lavender
  • 5 Yr Prp
  • 6 Yum Yab
  • 7 Helpless Child
  • 8 M/F

line up

Michael Gira (chant, guitare), Jarboe (chant, claviers), Clinton Steele (guitare)

Musiciens additionnels : Bill Bronson (basse), Phil Puelo (percussions, dulcimer [hammer]), Joe Goldring (basse, guitare), Vudi (guitare, claviers), Larry Mullins (percussions, vibraphone)

remarques

"The Golden liquid that washed your face, contains my liquids and bitter taste."

chronique

Hé, les enfants, si on parlait un peu du plus gros disque de Swans ? D'une des musiques les plus sérieuses, obstinées, obsédantes et solennelles qui soient ? Une musique de soumission autant que d'élévation, qui vise avec précision votre plexus solaire, et vous donne le sentiment d'assister à la dernière charge d'un Moby Dick avant sa mort... Ses derniers songes... Ses ultimes fureurs. Swans Are Dead est bien à la hauteur de ce groupe qui ne s'est jamais encombré d'un gramme d'humour, n'a jamais eu peur d'aller trop loin, aimant faire peur à grands renforts de cycles, de cercles, de crop circles souterrains, de trous noirs... Le titre est explicite : ce que vous voyez est la cérémonie après laquelle, quoi qu'il advienne, il sera forcément pathétique de vouloir continuer. Qu'on s'appelle Michael Gira, ou auditeur. Swans Are Dead est ce dernier voyage monstrueux et fascinant. L'épopée terminale de ce groupe, "Cygnes", au gabarit de créature mythologique tel qu'on en avait pas connu depuis "Zeppelin de Plomb", ou "Les Portes". La conquête, arrivée à son terme après dix-huit années de fracas, d'un coffre à bijoux rempli de rêves à l'agonie, tendu à tous les mystiques de ce monde par un molosse aux yeux de feu venu d'un cercle encore inconnu de l'Enfer de Dante... Et je reste pudique ! L'œil du Néant scrute bien souvent l'auditeur au cours de ses hénaurmes cent-quarante minutes. Nietzsche en aurait eu des pollutions nocturnes. Ou chié dans son froc, comme à la fin. On peut qualifier ceci de compilation d'extraits de différents concerts captés en 1995 (pour le disque blanc) et 1997 (pour le disque noir), ou le tenir pour un album véritable... On appellera ceci comme on le voudra. Pour moi ce sera Thrène Suprême, ou Collier de Cosmos. Swans Are Dead est rempli ras-la-gueule de titres-galaxies. Jamais parasités par la présence des victi... pardon, des spectateurs, ces êtres faibles et malodorants qu'on entend heureusement rarement applaudir ou gueuler, corrigés par le Maestro et châtiés le capharnaüm de ses esclaves zélés. Des deux disques, celui dont je suis amoureux reste tout de même le Blanc, que pendant ma phase de découverte je mettais toujours en premier et plus souvent, parce qu'il avait été mis par erreur à la place du CD noir dans mon exemplaire en boîtier cristal, donc dans la partie haute la plus accessible du volet en plastique de ce boîtier de m... Enfin ça les remettait dans l'ordre chronologique après tout... et le Blanc reste le meilleur des deux pour moi. J'ai compris que quelque chose de nouveau se passait dans ma vie le jour où je me suis pris "The Sound" en plein chakra. C'est beau comme un astre qui naît ou qui meurt. On dirait une berceuse pour un dieu, ou une montagne. S'il ne s'est pas endormi avant la fin, l'auditeur se fera copieusement gueuler dessus par Gira, qui vomit le hurlement le plus primaire qui soit comme d'autres disent "merci" (comme il le fait sur "Blood Promise", climax final du Black CD). L'était pas commode, l'Oncle Michel, surtout à une époque. Avec lui un "merci" pouvait empaler. Autre moment d'intensité rare : "Helpless Child". Essayez donc de l'écouter entière dans le noir ou les yeux fermés, celle-là, sans avoir la sensation de plus en plus inquiétante que votre esprit va se faire la malle... Une puissance sans égal où tout se conjugue - orgue, percussions, entrelacs de guitares - pour atteindre une forme d'Eden sonore, comme si toutes les couleurs fusionnaient pour former un soleil blanc, aveuglant, soumettant toute forme de résistance. Le disque noir millésimé 1997 est (si on met de côté son final magique) moins "cœur" et plus "poing". Il est plus dans l'effet tellurique, entrecoupé de blues façon marée noire ; je l'écoute moins comme je le mentionnais plus haut, mais il n'en est pas moins magistral, si on excepte le pénible interlude "Blood on yr hands" où Jarboe se révèle sous la lumière crue comme ce qu'elle est si souvent : une sosie alcoolique de Patricia Kaas beuglant à trois heures du mat' sur la scène déserte du Macumba de Montluc-Lès-Jenlières (Enfants de Dieu est un album pas mal surévalué il faut bien le dire, et elle n'y est pas étrangère)... C'est sur le magnétique et brumeux "Lavender" qu'elle trouvera sa plus heureuse expression. Et sur l'interprétation, très passionnée et théâtrale, de la punition masculine "I Crawled", en s'arrachant la glotte à gros râles sludge, juste après avoir évoqué Minnie Petite Souris - "Petite Souris sort de ton trou ! - Oh dit, lâche d'abord le marteau qui est caché derrière ton dos hé ! J'te vois venir !" Arrivé au trois-quarts de ce calvaire, Le Marteau tenu par le batteur de Cop Shoot Cop il s'abattra sur ta gueule de p'tite crâneuse, salope de souris ! D'ailleurs il écrabouillera tout ce qu'il y a autour dans la foulée... Charge de Colosse. Métronomique. Redoutable. Swans. Si je n'aurais pas la déraison de parler d'obsolescence des morceaux originaux concernant les albums sources principales de ce live (Le Grand Annihilateur et Les Bandes-Son pour Aveugles - dont je ne me séparerai jamais même si l'humeur pour les accueillir est très rare), c'est à coup sûr encore meilleur. Même si je ne connais pas Drainland (l'album solo de Gira), je pense point qu'il y aie perte d'envergure... "I See Them All Lined Up" a des airs des plus sévères punitions de Holy Money - voire Public Castration. Swans était le groupe le plus puissant du monde, et chacun de ses morceaux un monde a lui-seul, naissant, brillant et mourant l'espace d'une piste... La pénétration mentale du gourou M.G. et de sa secte en transe est totale. Anévrisme quantique. Ce qui tenait jadis de l'incarcération mentale et du passage à tabac d'un homme tout nu entre quatre murs humides et froids est devenu une cathédrale aux ombres sans fond et aux lumières magiques. Swans symbolisent, plus que tous autres, la puissance sans égal du crescendo, tenu sans défaillir jusqu'à l'orgasme, la lévitation, ou la chute... Ils resteront cette entité intimidante qui a su donner tout son sens aux termes "Montée en Puissance" et "Point d'Orgue".

note       Publiée le mardi 3 avril 2018

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torquemada › samedi 7 avril 2018 - 14:20  message privé !

Je le préfère à "Soundtracks For The Blind" car moins bordelique.

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Demonaz Vikernes › mercredi 4 avril 2018 - 10:00  message privé !

Mon Swans favori, et probablement la meilleure porte d'entrée possible. Ma préférence va au concert de 95 également. Tracklist parfaite en tout point. Même I See Them All Lined Up que je n'aime pas sur ses 2 versions studio est excellente ici. Le concert de 97 est très bien aussi, j'en retiens surtout cette version inouïe de I Crawled. Killing for Company est le seul titre qui me manque ici et que j'aurai aimé entendre sublimé.

Note donnée au disque :       
Twilight › mardi 3 avril 2018 - 22:00  message privé !
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Première fois que je voyais les Swans sur scène...Semi-acoustique...A se demander alors ce que signifiait électrique tant c'était puissant et fort...

Rastignac › mardi 3 avril 2018 - 21:14  message privé !
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Mon tout premier Swans... celui que j'ai le plus souvent en tête. Ce qui fait que ces versions, celles citées dans la chronique par exemple restent mes versions préférées, même après avoir écouté les autres disques. The Sound boudiou ! D'ailleurs, j'étais persuadé qu'il était déjà chroniqué ce live...

Nerval › mardi 3 avril 2018 - 21:12  message privé !

Oui c'est mon préféré aussi. Ce Blood Promise putain, j'aurai pu être le gars qui crie "don't stop!" quand la tension retombe

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