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Swans › Children of God

cd | 14 titres | 72:42 min

  • 1 New Mind [5:13]
  • 2 In My Garden [5:34]
  • 3 Our Love Lies [5:50]
  • 4 Sex, God, Sex [6:34]
  • 5 Blood And Honey [4:46]
  • 6 Like A Drug (Sha La La La) [5:35]
  • 7 You’re Not Real, Girl [4:21]
  • 8 Beautiful Child [5:16]
  • 9 Blackmail [3:33]
  • 10 Trust Me [4:58]
  • 11 Real Love [6:20]
  • 12 Blind Love [7:44]
  • 13 Children Of God [4:22]
  • Bonus Track
  • 14 I’ll Swallow You [4:38]

extraits vidéo

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line up

Michael Gira (voix, sons, samples, guitare acoustique, harmonica), Jarboe (voix, sons, piano, clavier), Algis Kizys (basse), Ted Parsons (batterie), Norman Westberg (guitares électrique et acoustique)

Musiciens additionnels : Lindsay Cooper (hautbois sur 9 et 10), William Barnhardt (piano sur 9), Simon Fraser (flute sur 2), Audrey Riley (violoncelle sur 6)

remarques

L’édition double-CD Young God Records de 1997 inclut l’album Children Of God de Swans (CD1), augmenté d’une piste (I’ll Swallow You - face B du single New Mind) ; et la compilation World Of Skin (CD2), regroupant les E.P. Blood, Women, Roses et Shame, Humility, Revenge (tous deux sortis à l'origine en 1988) du projet parallèle éponyme, mené par Jarboe et Michael Gira.

chronique

Etonnant virage pour les Swans qui jusqu'à lors étaient connus pour leurs performances hautes en couleurs et complètement déjantées à l'image de leur indus 'bruitiste' et tribal. 'Children of God' inaugure une période de calme (enfin tout est relatif) pour les américains. En plein milieu des 80s, l'industriel s'acoquine avec les machines et l'électronique pour donner lieu à de l'agression pure ou inversement à une musique plus mélodique voire dansante. Les Swans n'ont que faire de tout cela : les voilà qui sortent leur apparâts new age, leurs guitares folk et leur piano pour montrer qu'ils savent faire autre chose que du bruit et que composer de véritables chansons est naturel pour eux. Les 'heavenly' 'In my garden' et 'Blood and honey' ou le 'croonesque' 'Blackmail' (quelle voix Jarboe, mon dieu quelle voix !) sont d'autant plus surprenants que l'album démarre sur un 'New mind' très rock martial typique des américains. 'Children of God' regorge de perles blues-folk dépressifs et torturés aux voix graves, profondes et éthérées ('Our love lies', 'You're not real, girl', 'Trust me') tout en perpétuant la folie des Swans tels qu'on les connaissaient mais en plus rock : ''New mind', le taré 'Like a drug', l'épique et très Laibach 'Beautiful child'. Une oeuvre magistrale, très éclectique et prenante d'un bout à l'autre. Et quand arrive le final avec 'Children of God', il ne reste plus qu'une seule chose à faire au cas où ça ne serait déjà fait : mettre le disque en boucle, le disque en boucle, disque en boucle, en boucle, boucle, bou...

note       Publiée le samedi 11 septembre 2004

chronique

Ne le prenez pas comme une blague. Pas plus comme une répétition, une simple variation. "Je serai là… Je serai prêt… Pour recevoir… L’Esprit Nouveau". J’insiste : c’est une conversion. Véritable. Ambiguëe, oui, à peine moins effrayante – bien davantage encore ? – que ce Grand Vide dont ils sortent, qu’ils fuient. Une sorte d’Inconnu qui s’ouvre. Pas d’ironie, toutefois, dans cette profession de foi. Gira, comme toujours alors et comme on dit chez eux, est sérieux comme un mort. Et comme on fait aussi sur cette terre des pionniers, des puritains, des quakers et autres baptistes, lui et les autres embrassent sans limite, de tout leur être, cette croyance touchée, cette vie régénérée. Drôles de Mystiques, oui, Curieux Apôtres. Américains, donc ; toujours au cœur de cet Empire, de ce Mal que tous les disques d’avant clamaient en toute haine, en épousant les slogans, les amplifiant, en répercutant l’horreur absurde, en déclinant les figures et dimensions ; autant que sur Greed et Holy Money – les deux albums studio précédant le ci-présent – le groupe commençait à nier, à répudier – dégoût devenu insupportable, soif atroce d’une lumière vraie. Children Of God, disais-je, est l’étape suivante. Swans veut s’élever. Born Again, oui, comme on ne peut être qu’ici, encore une fois, jusqu’au-boutistes en cette résurrection jetée à la gueule du monde comme on ne l’est guère ailleurs : convulsivement, fanatiquement, chaque pierre de fronde se voulant atome de la Grande Cathédrale… Mais Swans restent Swans : dans la forme et en essence. Extrêmes, un cran plus loin, encore. Et au fond, la parole ici jaculée, encore plus qu’adventiste, que mormone – qu’affiliée à l’église qu’on voudra, qui serait de ces lieux et temps – pourrait tout aussi bien continuer d’autres hérésies, cultes hétérodoxes ; des pensées autrefois réprimées, ailleurs, noyées dans le sang des adeptes. Comme certains gnostiques, Cathares, Albigeois… Gira, Jarboe, semblent considérer ce monde comme l’Enfer en soi : la Création est diabolique, ne peut appartenir, dans sa corruption, ses êtres incarnés, putrescibles, au règne divin ; de là, seuls quelques élus, dévots choisis et sans faille, pourront être sauvés ; et l’existence entière est une incertitude stridente, à blanc, poids qui broie : d’en être ou pas, le stade d’après fournaise éternelle ou accession aux cieux ; jours et nuits terrestres seront vertu ou chaos. Children of God – sa musique travaillée, tiraillée de doutes et de souffrances, galvanisée, tétanisée d’adoration, d’aspirations archangéliques – est pour de bon une œuvre religieuse. Paraboles et prières. Négation de l’imparfait. Swans n’y abîment plus la chair seulement, ne se contentent plus d’étaler en holocauste la viande et les machines. Cet album se veut laudes, Verbe lancé, périodes articulées, déjà, en pleine Apocalypse. Le corps, là, est une chute. Le Tueur n’est plus simple mécanique de l’Ordre Faux, Mort – Beautiful Child : il est le croyant qui se fourvoie, assassine l’enfant par erreur, par tentation démoniaque, perdition. Et la forme des textes – poétique, métaphore prise comme on fait dans ces Écrits : au pied de la lettre jusque dans ses ruses – a cette duplicité qu’ont certains versets orientaux, poèmes érotiques s’adressant sous couvert d’ode à l’époux, à la maîtresse, au Divin en personne. Comme les chantres soufis ou les bardes bauls (… ou bien d’autres des confins de l’ancienne chrétienté, à ceux de l’Asie) veulent convoler, chantant l’aimé, l'aimée, avec l’Absolu, Jarboe, Gira – et le groupe donne substance et véhicule à leurs cris et sanglots d’abnégation, de renoncement, de flétrissure – étalent l’amour charnel comme mensonge, amorce, insuffisance, étincelle irréversible, prétexte, jeu vain ou total. Blackmail, par exemple, pourrait tout à fait décrire un rite privé, scène SM d’appartenance, aux limites repoussées de la confiance ; ou bien la prémisse, la condition, la folie d’un amour fusionné, qui dépasse et brûle, insatiables, les amants ; de même le Trust Me qui suit, tout autant, est parole d’allégeance déraisonnable, totale soumission… Don sans clause, sans retour ; et You’re Not Real, Girl, plus tôt, pourrait bien être la réponse, le parfait symétrique, la négation de ces deux ci : nous ne serions qu’écrans, apparence que l’abime attends, bientôt anéantis et sommés au pied du Juge, de l’Eternité même. Ce qui fait l’effroyable puissance de ce disque, cette fois, n’est pas la laideur, la noirceur infinie. Ce sont ses perçantes et capiteuses, vénéneuses séductions ; les mélismes de Jarboe – après tout ce Christ est né en des contrées de mer rouge, de désert, de Jourdain ; l’incroyable, surnaturelle gravité dans la voix de Gira – trouvée sur les disques au dollar ; ici toute éployée comme arme de prêche et de conviction ; ses hurlements même, lorsqu’ils explosent, deviennent plus terrifiants car ils vibrent comme acte de grâce imminente, terminal et renouveau ; destruction, toujours, mais dont l’agent cette fois sombre avec nous, s’écroule dans le brasier qu’il allume, part de son agonie et non plus simple projectile en tonnes insensibles… Swans veulent toujours anéantir. Mais ils croient maintenant à l’autre Feu, celui qui est naissance : douloureuse et entière. En espérant celui-là, ils se consumeront – sans fin et pleins de gratitude lancée de leurs gorges et de leurs muscles, ébranlant leurs squelettes. "Et nos corps souffrant ne souffrirons plus… Nous sommes enfants, enfants de Dieu". On peut aussi rejeter l’appel, revenir au Monde, refuser le baptême à quoi ils nous exhortent dans ce gospel abyssal ; on niera difficilement le suprême attirant de ses enluminures de flammes, de cet espace résonnant où eux veulent s’élever en météores célestes, Parfaits sans fin absous ; en zélotes irradiant dans la Cité d’En Bas et le chœur des pécheurs.

note       Publiée le jeudi 29 mai 2014

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Alfred le Pingouin › vendredi 31 juillet 2015 - 00:25  message privé !

Beautiful Child est VRAIMENT flippante...

Alvus Dei › mercredi 30 juillet 2014 - 15:14  message privé !

Super, avec celui-ci je n'ai plus l'impression d'être la cible de leurs tourments ;) Joli travail sur les voix, et les ambiances, et , et... Merci Jarboe!!!

Dioneo › vendredi 30 mai 2014 - 01:49  message privé !
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(Arf, merci, corrigé du coup... Mon côté birkinien, sans doute).

dariev stands › vendredi 30 mai 2014 - 01:47  message privé !
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En causer, en causer... C't'un bien grand mot en vérité, hem... Pour le coup je dirai bien "Prenez-le comme un blague." (arf les coquilles plus c'est gros plus elles se faufilent,j'en sais qqch). Mais bon, allez, tiens, c'est le bon moment pour la poster, au final, les disques se suivent. Et puis ça sera raccord avec mon dernier méfait en date.

Dioneo › jeudi 29 mai 2014 - 23:34  message privé !
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Eh eh...

And now you're ready (now you're ready)/To receiiive (to receiiiive) !/The Neeew ! (Neeew !) Miiind ! (Miiind !)/NEEEEEW !!! MIIIIIIND !!!

(E j'ai beau bien le connaître, je me dis chaque fois "putain, ils étaient cramés, les zévangélistes, quand-même... Burn, Wall Street/Hollywood/Broadway, Burn. Et bien au delà. Brrr).