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Swans › Young God

lp • 4 titres • 24:30 min

  • A
  • 1I Crawled5:40
  • 2Raping A Slave6:20
  • B
  • 3Young God7:04
  • 4This Is Mine5:26

extraits audio

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enregistrement

Enregistré et mixé au studio Platinum, Zürich, par Harry Lombardi et Voco. Produit par Gira et Mosimann.

line up

Harry Crosby (basse), Michael Gira (voix, bandes, textes), Roli Mosimann (batterie, percussion), Norman Westberg (guitare)

remarques

Il semble qu’à sa sortie, cet E.P. n’ait pas porté d’indication de titre autre – ou plus précise – que celle des quatre plages qui le composent. L’usage – et les rééditions successives le valident – désigne toutefois généralement le disque sous le titre Young God.
Les éditions CD K.422 et Young God Records de 1992 regroupent l’album Cop de 1984 et le présent E.P., sorti la même année, généralement désigné depuis sous le titre Young God. Young God Records et Some Bizarre – respectivement en 1999 et 2005 – ont également réédité ces deux disques en y ajoutant la compilation Greed/Holy Money.

chronique

Swans continuent le mouvement ; lent, toujours, infernalement pesant, reptation terrassante ; mais hors du néant premier – nihiliste, pur négatif ; vers l’incarnation, disais-je à propos de Cop. Et le corps souffre des coups qu’il donne ; le mal comme sa réaction s’humanisent, à même la machine ; se personnifient, prennent identité, même fausse, faussée, modelée, contrefaite. C’était vrai de Cop, donc. Gira s’y revêtait de la peau du bas exécuteur. Le flic… Mais le délire passait aussi par l’enveloppe du sportif civil vendu au dieu Protéines, asservi par sa force même, image de la Puissance, du Pouvoir à quoi il se rendait ; par les chefferies de gang, autre hiérarchie, identique en miroir des appareils en uniformes. Cet EP pousse d’un cran. Inverse le sens, aussi, de la transmigration. La foule investit les figures. Acclame ce qui l’enserre. Le divinise. Jeune Dieu, ô beauté sans réplique à quoi il faut se livrer, égorgement de bétail. Et la souffrance – dans ce disque enregistré en même temps que le précédent – est encore plus papable, physique. Il ne s’agit plus seulement d’une furie de destruction, de la joie noire de s’annihiler, de s’écraser sans fin sur la surface du monstre. La ferveur qui crame ici la voix de Gira, et toute cette masse de sons, autour, dissonante, comprimée, déformée, cherche autre chose, ne se contient plus, serait-ce dans sa dépense démente, maniaque. Ce qui fait mal dans cette gorge, dans cette poitrine, dans ce pilonnage, ce n’est plus seulement l’imprécation meurtrière, l’imprécaution à son extrême. C’est une condition qu’ils n’en peuvent plus de vivre, une absence au sein même du cratère par eux creusé, excavé en l’interminable instant de l’impact. Raping A Slave – quelle parfaite horreur de titre – n’use plus seulement de la maladie comme véhicule. Tout y est atteint, symptôme et affres. Dans ce gosier torturé, exalté. Dans le dégoût des mots qu’il vomit, ode à la possession des vivants, à la vengeance immonde des maîtres de hasard sur leurs foules. La construction même du morceau, la matière de ses strates – cette guitare au fond du mix, qu’on ne devine qu’au casque, et qui vrille une sorte de solo fou, phrasé sans fin qui coupe… – n’en peut plus de se tenir à la forme brute, absolument ; cherche la lumière, à fuir vers elle en perçant l’obstacle, l’armure ennemie où elle s’est prise. Toutes les plages du disque, en fait, portent cette marque, ce bleuissement des chairs, cette tuméfaction de bout de tétanie. Et deux d’entre elles au moins articulent le dépit, l’impuissance du kapo, de l’esclave balancé cadre, de l’humain renoncé. L'appartenance de l’homme riche à ses choses, qui lui font clamer légitimes ses massacres, et son emprisonnement derrière les enceintes, son existence gelée, confinée dans les coffres – This Is Mine. Et Young God… Aveux d’égarement, de défaite. Le Jeune Dieu n’est qu’un bovin mâle qui s’agite et s’enivre, toute visée lui échappe et sa parade n’est que mécanique, conformation mimée dans une latente panique ; les couperets l'attendent pour la mise à mort ou la castration ; l’hédonisme aux ors païens, d’une côte à l’autre – Los Angeles et ses Brillants, New York et son Carnaval de Déviances et de Mérules – et bien au delà – on se souviendra dans les écrits de Gira, de ses pages sur les sables européens – n’est qu’une ruse du Contrôle, unique, central, absolutiste. Les aspects divers et déclinés des plaisirs et perversions, les cultes minuscules : des masques autorisés derrière quoi Il se glisse et s’infuse dans les êtres, qui les portent et les jouent. Les Dieux jeunes sont cruels, déboussolés, assassins et traîtres par leur apparence de santé, leur éclat désirable. Mais le Contrôle est né vieux, blasé, d’emblée mort et mortifère, par principe fini, clos. Les divinités ne sont que prétextes, étapes, avatars sans destin, réceptacles seulement de carrières. Swans n’avouent pas encore qu’ils recherchent des cieux, un monde plus vaste et véritable, un dépassement des couches de la gangue qui paralyse, amoindri, annule tous courants vitaux, véritablement vifs. Mais l’esprit n’y est plus seulement une nuit atone. Des rougeoiements et des éclaires le travaillent en torture. Il leur faudrait ensuite articuler franchement – encore du cœur du temple – la forme du veau d’or et le nom de la religion par quoi l’on s’abandonne à son entier mensonge.

note       Publiée le mardi 13 mai 2014

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Demonaz Vikernes › vendredi 24 juin 2016 - 16:19  message privé !

Cet EP reste le seul Swans qui me laisse de marbre (bon avec leur premier EP aussi). Nettement moins marquant que Cop (qui, déjà, n'a pas ma préférence), j'ai l'impression que le groupe se cherche. Reste Young God, bon titre, qui se démarque. Le reste m'ennuie. Quand je pense à ce que deviendra I Crawled sur Swans Are Dead...

Note donnée au disque :       
22goingon23 › mardi 20 mai 2014 - 18:30  message privé !

Suite en sévices : chaque instrument accable, égorge, assomme, éviscère. Un abattoir à psyché et chair.

Note donnée au disque :