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Swans › Greed

lp • 7 titres • 37:44 min

  • A
  • 1Fool5:23
  • 2Anything For You4:32
  • 3Nobody4:49
  • 4Stupid Child5:19
  • B
  • 5Greed6:17
  • 6Heaven4:54
  • 7Money Is Flesh6:20

extraits audio

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enregistrement

Enregistré et mixé par Jorgé Estabon aux Intergalactic Studios, NYC, en juin-août 1985. Produit par Michael Gira.

line up

Harry Crosby (basse), Michael Gira (voix, bandes, sampler, basse, textes), Jarboe (chœurs), Ivan Nahem (batterie), Norman Westberg (guitare)

Musiciens additionnels : Ronaldo Gonzales (piano et batterie sur 1)

remarques

Les éditions CD K.422 et Sky Records de 1992 regroupent les albums Greed et Holy Money, tous deux sortis en 1986. L’ordre des tires pour ces éditions – les morceaux des deux albums y sont mêlés et non regroupés en deux ensembles distincts – diffère grandement de celui des disques d’origine. Young God Records et Some Bizarre – respectivement en 1999 et 2005 – ont réédité ces deux disques sous cette forme – la compilation Greed/Holy Money, les plages pareillement ordonnées – en y ajoutant l'album Cop et l'EP désormais connu sous le titre Young God.

chronique

Un piano chez Swans. C’est inédit. C’est l’entrée d’une beauté, d’autres timbres que ceux de la guerre. Et les mots portés semblent soudain… Non pas apaisés, certes. Mais ambigus. L’aveu ressenti, gène qui se mue en tourment : "je crois en moi, je crois en un mensonge… Je gis dans Ton ombre". Et plus loin "laisse moi partir". C’est ensuite le retour d’un fracas. Mais Swans n’en finissent pas de s’humaniser, de prendre corps parmi les corps qui se touchent, se jouxtent, s’évitent. La douleur de ce Rien annihilant qu’ils exposaient, obscène, depuis trois, quatre années, devenaient une soif, disque après disque ; s’y glissait l’aspiration à la lumière ; et les prières ici, ne peuvent plus passer comme de pures et simples inversions, mots absolus mais contraires, bruit qui rejette le chaos. Des invocations, ces sept plages en sont toujours ; des imprécations peut-être bien, encore ; des mantras plus que jamais, dans la forme : qui semblent chercher dans des timbres nouveaux à provoquer une transe de libération, maintenant, la méditation agitée plutôt que le trou noir d’avant. J’entends à vrai dire sur Greed les échos premiers, annonciateurs, de la ferveur malade, de la mystique périlleuse qui irriguera plus tard Children Of God. Swans, ici, jettent au jour une religion du faux ; après avoir énoncé les agents humains du Mal, ses incarnations, victimes indicatrices, collabos, serviles serviteurs renoncés à eux-mêmes – sur Cop et Young God – Gira prononce le nom du principe qui tous les lie, au nom de quoi il se renie ; le culte de l’Empire Ennemi – les États, le Marché, le jeu des cours variable dans l’abattoir mondial avec ses pièces louées à l’heure ou en viager. Cette religion – disais-je, dit-il, enfoncent-ils avec horreur – s’appelle Avidité. Obtenir, acquérir, rejeter tout ce qui n’est pas ce mouvement d’appropriation, d’accaparement, de mise sous sceau et sous contrat. La musique, j’insiste, change de qualité. Dans ces claviers, dans la voix de Jarboe – avec déjà cette manière d’orientalisme, ces inflexions de gospel dément, ces jetées de souffle qui cherchent la possession divine, même fatale – c’est une autre dissonance qui point, qui continue de grandir. Non plus seulement les grincements de la cuirasse et des rouages, les hurlements et les grondements des moteurs dans la machine de guerre. Mais les muscles qui bruissent et se déchirent, les cartilages qui craquent aux articulations des membres mêmes par quoi ils portent leurs coups. Quelque chose aussi comme le cri de douleur, de frayeur, de supplique pour que s’élève autre chose, enfin, que cette dévastation. Une faiblesse s’admet, un être vulnérable ; ce qu’un croyant appellerait âme ; et celle-ci, désormais, n’est plus seulement brûlée de fureur ; sa seule passion n’est plus la destruction ; de la haine pure elle a glissé à la colère humaine, ciblée… Et maintenant jusqu’au dégoût. Swans, en apparence, continuent de clamer le Mensonge honni, les slogans du Mal. Mais quelque chose menace, dans ces ressassements scrupuleux, détaillés, déclinés, d’allégeances malheureuses, insuffisantes, mutilées ; qui serait l’ardente tentation de son contraire, du remède. Si Swans hurlent le faux, c’est qu’ils aspirent alors à quelque Vérité qui ne serait pas que table rase. Le nom du Dieu Factice sera dit bientôt – sur l’album suivant, titre et pochette qui le lieront à celui-là, en un diptyque. Il fait peu de doute qu’en ce dessillement, Gira – et ses apôtres – s'avanceraient au seuil de l'étrange imminente conversion.

note       Publiée le mardi 13 mai 2014

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Demonaz Vikernes › jeudi 5 octobre 2017 - 15:07  message privé !

Un excellent album, bien glauque, et qui gagne à être entendu dans sa globalité et pas mélangé à l'opus suivant, plus direct.

Note donnée au disque :