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Swans › Filth

lp • 9 titres • 37:39 min

  • 1Stay Here5:36
  • 2Big Strong Boss3:02
  • 3Blackout3:47
  • 4Power For Power5:52
  • 5Freak1:13
  • 6Right Wrong4:43
  • 7Thank You3:52
  • 8Weakling5:20
  • 9Gang3:24

extraits audio

informations

Enregistré en 1983 au Vanguard Studio, NYC, par Mark Berry. Produit par Gira/Mosimann.

L’édition LP Young God Records de 1990 regroupe l’album Filth et l’E.P. éponyme de quatre titres (Laugh/Speak/Take Advantage/Sensitive Skin) sorti d’abord sous forme d’un vinyle 12" par le label Labor en 1982. L’édition Young God Records double-CD de 2000 rassemble l’album Filth, un live de 1982/83 (date incertaine) sur le premier disque ; et une version augmentée de la compilation Body To Body/Job To Job, sortie une première fois par Young God Records en 1991, sur le deuxième disque.

line up

Harry Crosby (basse), Michael Gira (basse, voix, bandes), Jonathan Kane (batterie, percussion), Roli Mosimann (batterie, percussion), Norman Westberg (guitare)

chronique

Vingt-cinq, trente ans plus tard, Michael Gira pourra bien nous la jouer révision de sa propre histoire, nous jurer que c’étaient déjà des laudes et de la communion… Le son dit le contraire. Et ses mots d’alors, et son souffle jeté, gueulé, assené. Le Gospel Ténèbres – ambigu, envoûteur, vicieux, poison – viendrait plus tard, dans les drapés de Children Of God. Le brasier des anges fous et démons alanguis. Avant ça – et spécialement sur Filth – Swans étaient autre chose. Seulement Violence.

Comme les écrits de Gira – il faut lire son recueil La Bouche De Francis Bacon, textes qu’il avait commencé d’écrire si ma mémoire est bonne à peu près à l’époque de ce disque – les plages de l’album ressassent les tares et cruautés, les mots d’ordres de Terreur du pays et de ses métropoles, ses guildes et compagnies. Sois Fort, Sois Dur ; Asservi, Possède, Domine… La laideur du Marché fait société, du Modèle fait chair, injecté, forcé dans les corps, évidant le vivant, le faisant chose. S’il est déjà quelque trait mystique, dans cette musique, c’est une rage hérétique, seulement, fanatique – de celles qu’on contracte mordu par la vermine qui grouille dans l’Ordre Mort. Sous le chaos figé, pris. Un délire de peste. Swans, ici, exaltent les slogans de leur décennie – et en même temps la haine et le dégoût qui face à eux, immergés en leurs litanies, les saisit. Des cris de Ranters, de Quakers galvanisés par un quelconque ergot de seigle ou simplement par la détestation : du lucre, du luxe, des êtres qui mutuellement se consomment en mensonges, cérémonies dorées, douches de sang, jeunes existences en holocaustes. Rejet du monde, de la création corrompue. Incarnation pourtant – et qui en riposte se veut Vérité – de sa sale noirceur. Pour le dissoudre et le briser. En même temps SE briser, s’abîmer dans l’acte. Celui qui seul serait pur.

La voix est possédée. Certes rauque et scandée comme dans le hardcore – punk ou metal, déjà – qui naissait alors dans cette même Amérique. Mais Gira est au-delà de leur peur à tous, de leurs doutes. Lui – et le groupe – ne proposent pas de contre-morale, d’alternative. La mise à bas, seulement, même pas la mise à sac. En mouvement contraire, aussi – à toutes scènes et toute échappée – eux appesantissent le rythme, l’alourdissent, et le dénudent en même temps qu’ils le cassent, le fractionnent, le laminent et le durcissent. En fait d’Évangiles et de Spirituals, Jonathan Kane – batteur et membre fondateur, et d’après lui-même principal artisan de ce ralentissement du tempo, Gira l’ayant alors embrassé comme une évidence pour ses compositions, à la naissance du projet – avance que le Swans des origines jouait une espèce de blues. Et cela fait sens dans cette battue fascinante de pesanteur, inébranlables blocs aux articulations d’airain, d’acier couvert de crasse mais intouché, dessous, atteint d’aucune lèpre d’oxyde. Comme un certain blues, oui – le plus cru, celui qu’on bannissait, celui des Ballades Meurtrières, celui qui disait l’Ordure sans lui chercher dénouement – les neuf morceaux de Filth énoncent le Vil et le Rampant, le Faux et l'Incendie qui est leur seule issue. Mais la forme a changé, muté – n’est même pas du rock, cet enfant bâtard. La Maladie – ce bruit, cette dissonance, cette sape interne qui déborde et transperce – s’adapte aux agents pathogènes des modernes artères et des autres sous-sols. Cette brûlure là sera chimique, exhalaison d’acides depuis les containers ; et ce Swans ci broie, écrase ; aucun obstacle opposable. Inexorable, roule sur la fange qui englue, emprisonne, retient ; s’abat d’une distance certes surnaturelle, métaphysique – mais parce qu’elle est celle, plutôt, où l’on s'excepte de ce choix : victime ou bourreau. On y est que Brute, défaite des liens, véhicule innocent des fureurs sans maîtres.

Filth n’est même pas blasphème – parce que la Loi de cette cité n’est que prétexte et mécanique qu’il faut disloquer. Ce n'est pas un Amen qui tombe de leurs lèvres et gosiers et poumons. C’est le plomb qui s’en élève, à la lenteur interminable ; le faîte de sa courbe frôlant le bas des cieux avant de fondre en contondant, en défonçant. L’encan de chacun de leur pas est un des noms de l’enfer. Et l’émail implacable pousse de gencives aux noirs infects.

Chef-d'oeuvre
      
Publiée le jeudi 24 avril 2014

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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Oui j'ai aussi pu avoir ce premier EP sans titre avec le gros digipack cartonné totalitaire, chaudement conseillé !

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Ça existait déjà, mais YGR vient de re-communiquer dessus. C'est vachement bien, car y a le tout premier EP avec, qui est de la famille des premiers (EPs) de Sonic Youth et Killing Joke.

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SEN Envoyez un message privé àSEN

En parlant de ce disque y'a un Remastered Deluxe 3CD qui est sortie récemment (ou alors ça existait déjà et je viens de le découvrir ^^)

Message édité le 21-10-2025 à 17:17 par SEN

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui oui, Gira était sans trop de doute "born again avant même d'être mort" même métaphoriquement (pardon : "spirituellement")... Ça n'empêche pas l'extrême négativité de cette musique, de cette période du groupe - mais limite pas au-delà de ce disque, après ça devient vite légèrement donc complètement autre chose. Et vraiment, je me dis que ça aurait pu mal finir pour tout le monde, il aurait pu nous faire une Jime Jones/Guyana, je pense, le Mimich.

Message édité le 21-10-2025 à 14:09 par dioneo

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

C'était moraliste depuis le début.

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