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Swans › Body to Body, Job to Job

lp • 17 titres • 73:23 min

  • 1I’ll Cry For You5:41
  • 2Red Sheet3:11
  • 3Loop 330:59
  • 4Your Game3:57
  • 5Seal It Over3:48
  • 6(Whore*)3:56
  • 7We’ll Hang For That3:55
  • 8Half Life3:57
  • 9(Loop 21*)1:26
  • 10(Get Out*)3:31
  • 11Job (Body To Body)5:40
  • 12Loop 11:01
  • 13(Mother ; My Body Disgusts Me*)4:43
  • 14Cop5:56
  • 15Only I Can Hear/Only I Can Touch2:41
  • 16Thug9:44
  • 17(Raping A Slave (Live Berlin 1984)*)9:02

extraits audio

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enregistrement

Morceaux enregistrés dans divers studios et au cours de concerts entre 1982 et 1985, (principalement) par Catherine et Nicholas Ceresole. Produit par Gira.

line up

Dan Braun, Harry Crosby, Michael Gira, Sue Hanel, Jonathan Kane, Thurston Moore, Roli Mosimann, Norman Westberg, Mojo, Craig Cafton, Bob Pezzola, Jonathan Prosser

remarques

La liste des musiciens jouant sur ces titres est reportée telle que donnée collectivement dans les crédits de toutes les éditions : « en vrac », sans plus de précision quant à qui joue quels instruments et sur quelles plages.
Les titres reportés entre parenthèses et marqués d’un "*" apparaissent UNIQUEMENT sur l’édition double-CD Young God Records de 2000, qui regroupe sur deux disque l’album Filth de 1983, augmenté d’un live enregistré à la même époque (disque 1) ; et la présente compilation Body To Body, Job To Job, d’abord sortie par Young God Records et 1991, augmentée ici des quatre morceaux en question (disque 2).

chronique

Swans, cette machine de rage, de haine contre la nouvelle Rome – Amérique triomphante, Économie Universelle, trafics et frelatages cosmiques –, qui s’emparait de son Horreur pour la jeter crue, mortifère, exécrée, expulsée, à la face publique, ne se sont pas faits en un jour. Et pourtant, en un sens, tout est allé si vite… Body To Body, Job To Job, disque qui regroupe prises live et morceaux de studio exclus des albums, est plus qu’une compilation d’archives. C’est un agrégat, un assemblage au montage exact. Toute leur première période condensée en dix-sept plages, pistes inconnues jusqu’alors, versions autres, de concerts convulsés, encore plus nues, plus croc de boucher dans la viande. L’articulation, la mécanique, d’un titre sur l’autre, et qui les lie autant qu’il les distingue, nous donne à voir, à sentir, à subir l’évolution, les mutations que d’un album au suivant on aurait cru instantanées, spontanées. Du groove des tout débuts – qui s’entend encore là sur certains moments devant auditoires – à la raideur toujours plus écrasante qui culminera sur Filth (avant de se relâcher à peine pour s'épaissir, à la place) : présence affreusement matérielle, terrifiante, décharge à même le corps en même temps que sa négation, que son rejet comme marchandise, vaisseau de l’Ordure. Des échos, au début, des musiques industrielles européennes – Einstürzende Neubauten plutôt que Throbbing Gristle ; le bruitisme de taules, la vie dans les usines mortes plutôt que la mise à mort de l’art (celui-ci étant alors considéré comme déjà fini depuis longtemps) – dans les interludes, les courtes pièces sur bandes – les Loops et leurs numéros – à une forme inédite, tout à fait de leurs terres, de leurs bitumes, de leurs cités nouveau-monde au pourrissement plus vif, flashé par les néons. Trois ans en moins d’une heure et quart : à vomir la Saloperie, à l’assener sur les carcasses de pauvres punks et autres artistes qui étaient venus se divertir ou entendre un autre prêche. Autant vous dire que si ça s’avale d’une traite c’est seulement parce que ça force le passage. Métaphore obscène, oui. Mais ce à quoi s’attaque ce bruit, cette musique, cette dissonance, l’est plus bassement, l’est complètement. Ce Swans ci fracture, expurge. Sans l’espoir – cette charge qui retient et fait prendre en amour l’obstacle à démolir. Qui dénué de ça redevient l’ennemi. Gira et ceux qui passent dans les rangs du groupe ne sont pas alors faiseurs de paraboles, dispensateurs de morales. Ils ne proposent rien. Ils sont le Négatif. Pas les Barbares du dehors, non-plus. Les Fous de l’Empire, plutôt, qui veulent en fracasser les geôles et les cryptes et les maisons d’orgies. En paniquer les phalanges, pour que s’écroule l’Emprise. Ça ne pouvait pas durer. Contre toute apparence, ça ne pouvait pas se faire monolithe, cette phase première ; avant qu’ayant épuisé la table rase – faite d’eux-mêmes à défaut d’avoir pu abattre villes et continent ? – ceux-là chercheraient ensuite l’air, l’élévation hors des débris qu’ils avaient essaimés. Là, tout s’entend, tout s'intensifie de ces mouvements, cette nuit qui se serre toujours plus, s'opacifie. De plus en plus lourde, impénétrable. Des écarts, d’un pic ou d’un fond de fosse à l’autre : temps cloués puis glissés puis cloués… Toujours enfoncés dans la chair et les crânes. Dix sept figures de la suffocation. Les images qui défilent devant les yeux exorbités, la bouche qui se distend sans pouvoir plus rien émettre. Les marques bleues et noires qui restent sur le cou quand les poumons ont cessé leur pompe. Et tout fini – en Allemagne, tiens, et en public – par le crime parfait, par essence impuni ; "Violer un esclave". L’être est nié, l’humain ravalé. Le contrat fut signé longtemps avant que naissent l’assaillant ou l’agressé. Swans veulent dissoudre contrats et rôles et raisons supérieures données en alibis. Exaltent cette chair à se dresser vive, en NON clamé. Ça résonne encore sale, en nos années, passées les heures du soir où l’on espère encore l’aube d’après. Eux verraient ensuite la trop forte lumière – celle qui aveugle et fond en elle tout ce qu'elle touche. Le présent livre d’heures est celui des chambres froides où ils se levaient nus.

note       Publiée le samedi 26 avril 2014

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Demonaz Vikernes › vendredi 24 juin 2016 - 16:31  message privé !

Je garde un bon souvenir de la version de Cop présente ici. Quelques loop éventuellement, mais globalement pas friand de cette compil ou des pistes bonus accompagnant la récente réédition de Filth/Body to Body. Your Game poutre.

Note donnée au disque :       
Dioneo › mercredi 30 avril 2014 - 16:33  message privé !
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Bah, y'a pas à (merci en passant mais bon)... De toute façon c'est pas exclu que j'y ajoute au moins Cop tout seul, en mode sans ses compagnons de compile. J'y pensais, à cette ruse là de contournement de double-chro (suis tellement pas fan de l'exercice...). On verra bien si. C'est bien que tout ça y soit, de toute, et pour le coup plusieurs voix ont la place. (Dans le grand vide sale et froid qu'ils avaient installé).

saïmone › mercredi 30 avril 2014 - 10:52  message privé !
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Putain je regrette d'avoir chroniqué Cop quand je vois comment tu t'en sors. Je trouve que la Bouche de Francis Bacon a encore plus à voir avec celui là, dans le côté foutraque, incohérent, et déjà ces transitions aléatoires sur des mécaniques corporelles manquantes. L'amputation n'a jamais rassuré personne.

Raven › dimanche 27 avril 2014 - 04:18  message privé !
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Bah disons que la violence / la puissance implacable genre inflige-toi-la-voix-de-ton-Dieu des studios primitifs - car c'est quand même un peu la raison pour laquelle on se laisse prendre par Swans - devient totalement obscène sur Public Eunuques ; mais bon je me base aussi sur des souvenirs qui ont besoin d'être rafraîchis, c'est le Consultant qui m'a remis cette évidence à l'esprit.

Dioneo › dimanche 27 avril 2014 - 04:14  message privé !
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J'ai pas mal écouté Swans Are Dead, en fait, un temps, et puis... Y'avait eu crash de disque dur. (Et du coup je m'en souviens un peu comme d'un truc d'une autre vie, je dois dire... Mais faudrait que je re-chope ça, oui). Et bon, évidemment pas trop d'accord sur l'obsolescence de Filth ou Cop via Public Castration... mais c'est un point de vue qui se défend ! (Me souviens d'une nana qui portait un T-Shirt avec le titre/la pochette de ce live pro-châtreur dessus, un soir de concert dans un squatt, tiens... Personne était venue la brancher, bizarrement, malgré son apparente potitude avec les gens d'un des groupes et une certaine girondité, nonobstant slogan, m'semble me rappeler).