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Therapy? › Troublegum

  • 1994 • A&M 540 196-2 • 1 CD

cd • 14 titres

  • 1Knives
  • 2Screamager
  • 3Hellbelly
  • 4Stop it, you're killing me
  • 5Nowhere
  • 6Die laughing
  • 7Unbeliever
  • 8Trigger inside
  • 9Lunacy booth
  • 10Isolation [reprise de Joy Division]
  • 11Turn
  • 12Femtex
  • 13Unrequited
  • 14Brainsaw [+ You are My Sunshine]

informations

line up

Andy Cairns (Andrew J. Cairns) (chant guitare), Fyfe Ewing (batterie), Michael McKeegan (basse)

Musiciens additionnels : Page Hamilton (guitare sur Unbeliever), Martin McCarrick (violoncelle sur Unrequited), Lesley Rankine (voix sur Lunacy Booth), Eileen Rose (voix sur Femtex)

chronique

Suis-je le plus qualifié sur Guts pour vous parler de cet album ? A priori, oui, pas mal de critiques de l'époque décrivaient 'Troublegum' comme un brûlot de punk-rock et le punk, je connais pas trop mal...Pourtant, limiter ça à du punk rock serait un brin réducteur...Ok, dans les lignes, c'est bien ça, une approche directe et violente, des attaques qui frappent juste, une basse simple qui laboure, des riffs de guitare tranchants et une bonne batterie à la frappe roulante; il y a un mais cependant, Therapy ?, c'est aussi et surtout un feeling d'une noirceur et d'une intensité à vous vriller les nerfs. Leur musique, à ces Irlandais, c'est une violence nerveuse qui rampe sous la peau et vous torture l'intérieur. Tonnerre, ce disque regorge d'une rage désespérée, d'une douleur qui gronde au fond des tripes, bouffée qu'elle est par la tristesse et l'incapacité d'exploser à la face d'un monde qui ne la comprendrait pas. Alors plutôt que de jaillir stupidement, elle se loge dans les mélodies et fait des chansons de 'Troublegum' de vraies perles plus que de simples morceaux punk rock. Ecoutez donc la noirceur de 'Lunacy booth' (mon favori de Therapy?) et ses vocaux féminins rageurs, les riffs de 'Screamager', la rythmique old school de 'Hellbelly' et je ne vous parle même pas des textes et des vocaux tantôt déments et rauques, tantôt clairs et poignants (le génial 'Unbeliever') de Andrew J. Cairns...Vous comprendrez alors que si le groupe reprend 'Isolation' de Joy Division, ça n'a rien d'un hasard. Alors je ne suis peut-être pas le plus qualifié sur Guts pour chroniquer 'Troublegum' mais j'adore cet album, témoin du punk dans ce qu'il a de plus noir et de plus intense, et j'ai laissé parler mes émotions. Merci de m'avoir lu.

note       Publiée le jeudi 28 décembre 2006

chronique

"Turn, and face yourself"... Fais-toi face, fais face au toi adolescent, brûlant de découvrir tous ces groupes qui s'offraient à tes méninges plus malléables que l'étain. Fais face au coup de poing mental, dès cette pochette acéphale, si laide et pourtant étrangement magnétique, cette teinte glauque du mur et celle cireuse-pisseuse de la peau posant à elles seules une singulière ambiance. Dès ce titre "mot-valise à roulettes sur l'asphalte", qui dit que ce second Therapy? sera Troublant et Collant. Et féroce, décidé à manger l'auditeur par la tête, grâce à ce son qui muscle la formule Babyteeth/Pleasuredeath/Nurse, sans la dénaturer, dès cette brutale "Knives" au titre tout trouvé. Frontal, direct, déton(n)ant, à l'image de ces points d'interrogation découpant le visage des musiciens (à remettre façon puzzle sur la pochette du single "Nowhere"), ces points d'interrogation tendus à l'auditeur comme un défi lancé à Bruce Wayne par Edward Nigma, ce type en vert plus dangereux que le Joker, car pouvant faire perdre la raison... Qu'y a-t-il de plus fascinant, que ce signe en forme d'oreille : " ? ". Les questions, quel étrange poison...

Étaient-ce donc cette poubelle et son couvercle, qui garnissaient le kit batterie du légendaire Fyfe Ewing, pour sonner aussi crûment urbain ? Comment se fait-il qu'encore et toujours, ce disque du caniveau et du chrome soit aussi SOLIDE, plus de vingt ans après ? Que ce son plus-catchy-tu-meurs soit aussi surpuissant avec juste trois musiciens ? Aussi net et aussi crade à la fois, comme si chrome devenait rouille ou l'inverse ? Que ces rythmiques soient toujours aussi épaisses, contondantes ? Ces mélodies, aussi obsédantes ? Comme ces paroles simples et maniaques de Cairns, gavées de frustration, masochisme, pulsions destructrices, de mystique au sol, avec du "Jesus" par-ci, du "Judas" par-là, et des "The shrapnel of your insults burried deeper" ou "Masturbation saved my life" ? Troublegum est un disque de rock fusion, à sa façon, et industriel, de métaux fondus. Singularité et efficacité n'y font qu'un. Sa puissance sonore et émotionnelle n'a pas bougé d'un pouce, n'a jamais cessé de m'impressionner. La tension y est omniprésente, même dans les moments les plus skate-punk ou chewing-gum. Trois musiciens tous à bloc. Troublegum m'a beaucoup accompagné à quinze-seize ans, tournant en boucle, au casque surtout, et il m'a perforé le cerveau, contribuant sans doute à amplifier mon appétit musical de charognard. Je connais par cœur chaque morceau, même si à l'époque la rêche-sèche "Femtex" et la sobre-dure "Unrequited" (première apparition du violoncelle) me laissaient froid... Je préférais l'énergie supra-galvanisante de "Trigger Inside", la dodue "Hellbelly", ou la reprise façon rhinocéros de "Isolation". Aujourd'hui, 100% des morceaux sur Troublegum me mettent une beigne, un coup de boule ou un coup de pied au cul. Ou les trois en même temps. Chacun à sa manière, dans cette masse rock d'une homogénéité inhumaine. La menaçante et grinçante "Turn", emblématique de l'anormalité qu'incarne Therapy?, l'ambiance gothique-grunge et la douleur sans fond de la sublime "Unbeliever" (et ses "I'm on my own..." comme un miroir aux "You are on your own" de la méchante "Opal Mantra"). Le single-leader "Screamager" et l'étincelante "Stop it you're killing me", magiques, meilleurs morceaux pop-punk-metal que jamais aucun Smash ne contiendra. "Lunacy Booth", aussi freaky-tarée que le Suicide Pact futur, et qui évoque un Pixies capable de tuer à mains nues. Et bien sûr "Nowhere", qui est un peu leur "Paranoid"... Therapy?, pour tenter de les décrire de façon trop compliquée par un énième namedropping de connard, alliaient à la puissance du metal la texture métallique de Gang of Four, Killing Joke et Big Black (les pochettes du maxi de 1993 sur lequel figure "Screamager" reprennent d'ailleurs les couleurs de Songs about Fucking), les refrains solaires exacerbés et rafraîchissants de Hüsker Dü, l'émotion brute, profonde et bizarre d'un Fugazi, le côté "prenez-moi comme je suis" d'un Jesus Lizard, et le riffing hard rock parfaitement tranchant de Scorpions ou Van Halen, dans le corps trapu et massif d'un Helmet - Hello, Hamilton.

Mais Therapy? ne ressemblait qu'à Therapy?, et Troublegum qu'à Troublegum. De ses couteaux d'intro, à ses "I'M IN HELL AND I'M ALONE" hurlés par l'impitoyable Andy sur ce final vengeur, qu'une sarcastique "You are my sunshine" chantonnée ne viendra que renforcer par contraste, bouclant juste ce baril de mazout existentiel qui pèse à mort... Le climax de Therapy?, sa créature vorace. Son disque indestructible, même si on fait un autodafé de tous les exemplaires existants et efface toutes les copies dématérialisées, il a parasité toutes ces têtes cachées... Par son mélange à la fois indescriptible et évident, issu de sous-genres épars et pourtant d'une simplicité monolithique, cet hybride ultra-intuitif et ultra-cohérent forme une ogive compacte... Un peu celle de cet humain qui fait l'autruche (ou dégueule) dans les ordures, avec son corps ovoïde évoquant un poulet à rôtir ou une victime dans Seven. Tu es saisi par la poignée du cerveau : Therapy? a fait main basse sur ton gros neurone angoissé. En boucle et à jamais. Soulève le couvercle de la poubelle, pose-le sur la platine, plonge ta tête dans ce trou noir, un disque de rock unique... "Turn, and face the strange".

note       Publiée le jeudi 11 mai 2023

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Note moyenne        39 votes

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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Je l'ai toujours trouvé fort sympathique, ce Sting... https://www.youtube.com/watch?v=5xg-a8MbOYo

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pokemonslaughter Envoyez un message privé àpokemonslaughter
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ah ben je faisais une reprise de unbeliever justement ce matin, ce disque, il sait tout faire, le sourire, l'angoisse, la frénésie, la béatitude, avec cette spontanéité qu'une major n'a pas su lui voler.

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

GRAND, GRAND disque. Et grand hommage. Merci pour nous. Les deux font mal, comme il est juste. "A jamais" ? Ouais. C'est bon, de savoir être grandiloquent, quand c'est approprié, c'est à dire quand ça n'est pas de la grandiloquence, mais le juste proportionnement.

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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"On my Own... I'm on my Own..."

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

"Unbeliever", bon sang. Bon, presque toutes les autres aussi (et "Scremager" évidemment en tête de la tête), mais sacré nom ! celle-ci... Ils savent faire du Paradise Lost en quatrième viteuf sur un skate les doigts dans le nez, sur d'autres disques, mais lorsqu'ils font du Depeche Mode, là non plus, c'est pas à moitié, fada !

"Don't belong in this world or the next one//Wasting every day to my own end" : la messe est dite, amen. Tout le monde à genoux.

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