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KoЯn › S/t

cd • 13 titres • 65:46 min

  • 1Blind
  • 2Ball tongue
  • 3Need to
  • 4Clown
  • 5Divine
  • 6Faget
  • 7Shoots and ladders
  • 8Predictable
  • 9Fake
  • 10Lies
  • 11Helmet in the bush
  • 12Daddy
  • 13Can't remember

enregistrement

Indigo Ranch studios, Malibu, Californie, USA, 1994

line up

Jonathan Davis (chant, cornemuse), Fieldy (basse), J.Munky Shaffer (guitare), Brian (guitare, chant), David (batterie)

remarques

chronique

Styles
metal alternatif
neo metal
Styles personnels
neo metal

Sous la forte demande populaire, voici enfin une chronique au sujet de Korn, et en l'occurence, leur premier album éponyme. Manque de bol, c'est moi qui m'y colle ! J'avoue avoir détesté dans un premier temps car ma première rencontre avec le groupe fût en concert où j'attendais de pied ferme un Primus qui tardait à vouloir se produire sur scène. Histoire de patienter, j'eus droit, comme des tas d'autres gens, à Korn. Ma stupide réaction de rejet, uniquemment motivée par la frustration que suscitait mon impatience, ne m'avait pourtant pas rendu sourd aux arguments déployés par le groupe ; un batteur agile et percutant ("Divine"), un bassiste lourd et omniprésent ("Need to"), deux guitares vicieuses à souhait qui préferent broder un mur de sons parasites et autres riffs bien basiques et efficaces ("Fake", "Lies"), à mille lieux des plans techniques et démonstratifs qui me font habituellement prendre mes jambes à mon cou. Et enfin, un chanteur qui se la donne un max dans le trip je suis mal dans ma peau et j'exploite le filon jusqu'à plus soif. Il n'empêche que ce premier album, excellement produit, près de huit ans après sa sortie, fait office de véritable borne dans le paysage de la scène alternative américaine. N'en déplaise aux fans les plus mordus, Korn aurait dû purement et simplement s'arrêter là, tant le reste de sa discographie n'arrive pas à la cheville de ce brillant manifeste.

note       Publiée le lundi 1 avril 2002

chronique

KuRt cObaiN se refait le portrait le 5 avril 1994. koRn rentre en studio le mois suivant et sort son premier album en octobre : la relève du ouin-ouin sur guitares rouillées n'attendra pas, dans les chambres d'ados fragiles. Mais au lieu de R.E.M. au graillon, y aura du funk d'épouvante et de l'onomatopée. Son chanteur est encore plus mal dans sa peau - "a self-depreciated individual" comme on dit - mais Dylan Carlson n'est pas son ami, et il n'a pas la moindre autodérision sardonique sur laquelle les journalistes rock pourront se palucher à loisir. John Davis lui il gueule "aRRRRRRe yoUUU RRRReeaaaddyyyy???!!!" comme un gros blaireau de teufeur, avant d'exprimer son mal-être. "Blind", à la fois très grunge (aaah ce refrain) et très hip-hop, est vraiment un single charnière entre deux époques. Et le pas-bien-dans-sa-peau, chez Korn, est déjà un gros spectacle impudique et sale, comme du Striptease, épisode spécial dans le trou de balle des USA, un bled en décrépitude, et on le cultive ce truc impudique, jusqu'à la nausée, the show must go on. On en fout partout. On baragouine, on murmure, on fait des mimiques à finir dans un Harmony Korine. On chiale on beugle, on fait des comptines. On serre les dents comme si on chiait toute sa frustration dans le mic, et pis des fois on pousse un growl de forcené qui traverse les briques. Poussif ouais, comme une pathétique baston avec soi-même. Vain. Marilyn Manson et Eminem seront plus respirables, pour sûr, dans la catégorie "symbole du jeune ricain maltraité qui prend sa revanche sur CD et clip MTV" : ici, ça schlingue le renfermé. Le mec est resté séquestré, mentalement, pire que dans une pièce exigüe - on se moquera de lui un autre jour, pas maintenant. Là c'est pas une question de neo-metal ou pas, c'est vécu du niveau du cagibi. L'amour-propre au placard, les traumas ressassés, l'autodestruction forcenée. Les bullies de l'école sont plus qu'un souvenir, on se traite de fiotte soi-même. Pas sûr qu'on parle de catharsis. Davis est condamné à régurgiter sa merde intime, à alterner ses mimes entre victime et bourreau, monstre aux grognements protéiformes digne d'un film d'épouvante. Y a déjà ce côté gothique, dans les susurrements à fleur de baffles. Y a déjà un côté racaille, dans certaines intonations, mais pour l'instant elle joue à la marelle avec ses poupées sans tête. Et tout autour, y a la maison qui grince des dents. Ce skeud c'est un son unique plus qu'autre chose, le son de cette maison. Une batterie de sons, comme une batterie de cuisine. Grosse fusion abstract et boueuse qui fait des bruits de gamelles cabossées et des tintements d'insectes en bois. On dirait par moments que Korn ils jouent avec des outils ou des ustensiles en guise d'instruments, ouais. Sans parler des sons de guitare électrique encore moins safe-sex que du Sonic Youth, plus compacts que des boules de pneu. De cette basse qui rôde comme un criquet de cent kilos dans toutes les pièces. Ressorts rythmiques... Consistance, humus. Asphyxie. Tronche coincée dans un mikado géant. Y a tous ces petits sons bizarres qui picotent, une des signatures de leur son au singulier ; en s'embourgeoisant ils garniront cette partie de leur son avec des synthétiseurs, au détriment de l'insalubrité. Ici tout est encore organique, on fait même difficilement plus organique. On est dans un cartoon étouffant en noir et gris, avec des t-shirts Fido Dido en lambeaux, des dreadlocks qui se confondent avec des cordes de pendu, des skateboards brisés qui finissent au milieu d'ossements... On est dans la maison d'enfance de Korn. Pourra-t-on en ressortir ? Pas sûr. Groupe encore juvénile, mais aussi singulier que n'importe quelle entité grunge ou alt-metal de cette époque qui nous aura marqués. Je n'ai aucun amour pour ce disque et n'en ai jamais eu, d'abord parce qu'il n'est pas fait pour être aimé, mais une chose est certaine : il fait dans le bizarre et dans le craspec plus qu'un bon paquet d'albums chroniqués dans ces pages. Il est sordide, comme un fait divers rural à base de sous-sol.

note       Publiée le mardi 14 janvier 2020

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notes

Note moyenne        99 votes

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brianm › mercredi 26 février 2020 - 15:16  message privé !

J'ai un rapport tellement paradoxal avec cet album : il m'a happé dans la musique comme très, très peu d'autres albums avant ou après lui, et pourtant je suis maintenant incapable d'en écouter plus d'une chanson à la suite sous peine de faire de l'urticaire. Je réessaierai à l'occasion avec une bouteille de Jack dans le sang, et m'abstiens de noter pour le moment.

Dale › jeudi 16 janvier 2020 - 01:43  message privé !

Korn m'use.

space_ritual › mercredi 15 janvier 2020 - 20:36  message privé !

Quasi 18 ans entre deux chroniques successives, on a déjà fait mieux ?

(N°6) › mercredi 15 janvier 2020 - 16:17  message privé !
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Je viens de la comprendre.

dimegoat › mercredi 15 janvier 2020 - 13:09  message privé !

Râpeux, sans jeu de mots.