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Deftones › Gore

  • 2016 • Reprise 550092-2 • 1 CD digipack

cd 1 • 11 titres • 48:09 min

  • 1Prayers / Triangles
  • 2Acid Hologram
  • 3Doomed User
  • 4Geometric Headdress
  • 5Hearts / Wires
  • 6Pittura infamante
  • 7Xenon
  • 8(L)MIRL
  • 9Gore
  • 10Phantom Bride
  • 11Rubicon

line up

Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (claviers, samples), Chino Moreno (chant, guitare), Sergio Vega (basse)

Musiciens additionnels : Jerry Cantrell (guitare sur "Phantom Bride")

remarques

chronique

Styles
metal alternatif
rock
post rock
Styles personnels
deftones 16/9

Au début, je n'imaginais pas du tout la place que prendrait Gore, dans mon rayon Deftones déjà bien garni et dans mon petit cœur d'artichaut épluché. Loin s'en fallait, quand j'en découvris l'existence et l'emballage. La pochette Yann-Arthus Deftones et le titre, peut-être, qui n'ont rien de rédhibitoire en eux-mêmes certes, mais rien non plus qui les démarque du tout-venant twitté-facebooké avant de passer à autre chose. En somme : le sentiment d'être face à un nouvel album bien fait et tout, mais GENTIL, et qui à l'image des trois précédents n'ajouterait rien de vraiment indispensable dans la lignée...

Mais, parce que Deftones ne sont pas Mastodon ou autre pot-pourri rock-metal vomi à l'ère du net par des esprits sans vision, mais bien un groupe émouvant ayant sa singularité rien qu'à lui, et surtout parce que je les ai vécus à ras le polochon et que mes peines s'en souviennent : j'ai laissé l'oiseau Gore déployer ses ailes dans ma chambrée. Je m'en suis imprégné comme jadis de White Pony, comme ensuite de l'épony- pardon : du Sans Titre. Et, bien vite, mes résistances d'adulte rouillé et chichiteux sont tombées, et l'adolescent en moi a repris son spleen en main. Je me suis laissé emporter au large par ces mélodies primordiales, gifler par ces vivifiantes bourrasques de guitares, cajoler par cette peluche de Chouino et ces minauderies mielleuses de grade supérieur. Bercer par ces vagues abruptes et leur majesté mélodique, savourant les embruns rosacés, illuminé par cette sensualité du Chino qui semble n'avoir jamais été aussi raffiné. Moins moite d'érotisme que dans les bains digitaux ou les natures graphiques, mais... Beau... Juste beau. La profondeur de Gore s'est révélée à moi. Comme la raison probable du titre, intimement lié à sa pochette, avec laquelle il semble pourtant n'avoir aucun rapport : pour nourrir ses petits, la femelle du flamand rose sécrète un lait sanglant. Ce lait de jabot, gorgé de protéines et de globules rouges, fera croître les bébés flamants pour qu'un beau matin ils prennent leur envol... C'est-y pas beau la nature ? Deftones ont naturellement grandi, eux aussi, et ils prennent leur envol. Gavés de sang et de morve ravalés face à l'adversité, de leurs années lycée, baggy, flirts empotés, aux tragédies de l'ère adulte. Ils ont vacillé, ils ont souffert, ils ont mis une chouette sur leur pochette. Ils ont ressenti la douleur du membre fantôme, de ce manque béant. Ils se sont remis d'aplomb pour faire la seule chose qu'ils pouvaient. Humbles, et purs. Mûrs, sereins : Deftones déploient leur ailes, laissant au sol l'amertume - les accès de colère semblant désormais n'être plus qu'un spasme, réflexe mécanique de leur vie passée, leur masse adipeuse étant moins que jamais une entrave pour s'affranchir de la gravité... Gore est cet envol majestueux, cette sensation primordiale d'élévation, dans la matière Deftones. Il est un peu pour eux ce que Joshua Tree fut à U2. Il est ultra-fluide et vaste, ouvert en panoramas. Il est l'émotion Deftones, dans le bain purificateur de l'écho. Un groupe qui plane dans sa douce extase d'être lui-même, dans son océan de sensations, et se confond avec le crépuscule le plus tequila sunrise et le plus envoûtant. Lourd ? Libre. "En apesanteur", comme couinait l'autre niaiseux à la radio au début des années 2000. Ce début des années 2000 dans lequel j'ai la sensation d'être revenu en écoutant Gore, me sentant comme chez moi dès les échos amples et thérapeutiques de "Prayers / Triangles", troublé par la voix brûlée au troisième degré et les grincements de la surpuissante "Acid Hologram", envoûté par le tic-tac imparable de la sublime "Hearts / Wires", son refrain au goût d'absolu, son intro digne d'un Floyd gilmourien à son plus touchant, séduit par le tube "Phantom Bride" et son feeling Chameleons, que j'ai la sensation d'avoir toujours connu... Lavé par ces flux de guitares, et ces vagues rythmiques contrôlées comme par un seul et même corps, ces pulsions d'un même cœur... Réceptif même aux garnitures comme l'attaque skate-neuneu d'une "Pittura infamante", qui de prime abord me faisait grimacer, ou la pop-metal presque insipide - tout est dans le "presque" - de "Xenon" et "Rubicon", qui pourraient figurer au générique final d'un banal teen-movie entre Linkin Park et Nickelback, mais qui se feront leur place au fil des réécoutes. Emporté, enfin, par l'évidence et l'élégance d'un album non pas accessoire comme je le croyais, mais essentiel. Constat que les années ne feront que renforcer, j'en suis certain.

Gore, qui passe pour un coup de mou après Koi No Yokan, est surtout le Deftones le plus propice à la rêverie depuis White Pony. Tuez le temps, les yeux dans le vague de ses plages de riffs. Abandonnez-vous à ses reflets balnéaires et célestes : vous y verrez plus qu'un joli poster. Admirez ce Deftones de l'andropause, qui se laisse dériver dans son feeling et ses souvenirs délavés. Faites-leur confiance : ces adulescents savent ce qu'ils font. Acceptez-les simplement, comme avant, quand vous aviez encore le duvet et l'attente des esprits frais. Ressentez-les avec intensité, dans ce battement d'ailes imparti... Redevenez un peu ce puceau, qui rêvait une vie plus rose en fixant ses pompes ou la lueur d'astres éteints.

note       Publiée le jeudi 11 février 2021

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Note moyenne        7 votes

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cantusbestiae › mardi 16 février 2021 - 14:13  message privé !

J'ai mis des années à apprécier l'éponyme, il m'avait tellement paru fade après "White Pony", malgré "Hexagram" et "Minerva" qui font partie de mes morceaux préférés de Deftones, que je l'avais volontairement laissé de côté. Je suis retombé dedans il y a quelques années, un album très solide et homogène, sans trop de temps mort. "Adrenaline" trop boutonneux, en effet, c'est joliment dit, même si "Fireal" annonce déjà "Around the fur" et plus globalement la suite des évènements. Je me garde bien de donner mon avis sur "Ohms" ne l'ayant pas encore assez écouté.

Nerval › mardi 16 février 2021 - 12:49  message privé !

Moi celui que je retiens le moins c'est l'éponyme. Et Adrenaline qui est trop boutonneux. Saturday Night Wrist, au moins quand je regarde la track list, il y a des titres qui me parlent.

Et sinon je préfère Gore à Ohms. Ohms je comprends pas trop l'engouement pour l'instant, il fait trop metal alternatif basique pour moi.

cantusbestiae › lundi 15 février 2021 - 16:01  message privé !

@damodafoca : non, c'était une interview de Chino Moreno, je retrouverai ça dans la semaine.

Raven › lundi 15 février 2021 - 12:55  message privé !  Raven est en ligne !
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Il sarcle aussi Gore ? Mince... J'aurais parié que Gore tenait surtout de sa patte de new-waveux rêveur (c'est pas incompatible ceci dit). Je ne comprendrais donc jamais ces bougres de musiciens. Pour Around the Fouf, je m'étais déjà fait cette réflexion "contexte > contenu", années collège ou lycée soirées tout ça, vu que bon, ben... White Pony, quoi, il y a pas photo entre les deux.

Note donnée au disque :       
Damodafoca › lundi 15 février 2021 - 11:08  message privé !

https://www.kerrang.com/features/deftones-albums-ranked-worst-to-best-around-the-fur/ ceci ?