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Deftones › White Pony

cd • 11 titres • 48:53 min

  • 1Feiticeira
  • 2Digital Bath
  • 3Elite
  • 4RX Queen
  • 5Street Carp
  • 6Teenager
  • 7Knife Prty
  • 8Korea
  • 9Passenger
  • 10Change (In The House of Flies)
  • 11Pink Maggit

enregistrement

août - décembre 1999, The plant recording studio, Sausalito, CA en 2000 - Produit par Terry Date et Deftones

line up

Stephen Carpenter (cordes), Chi Cheng (basse), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (turntables), Chino Moreno (chant, guitare)

Musiciens additionnels : Dj Crook (programmation), Maynard James Keenan (chant 9), Rodleen Getsic (cris 7)

remarques

L'édition limitée contient un bonus track et une vidéo : 12 The boy's republic - 13 Vidéo

chronique

Troisième album des Deftones depuis leurs débuts en 1995 sur le label de Madonna (!), ce "White pony" prouve que le groupe est enfin arrivé à maturité, après un premier disque assez moyen et un second ("Around the fur") déjà fort bon. Il est clair que "White pony" possède une noirceur et une dimension qui font de l'album une des plus belles réussites de l'année 2000. Chaque titre possède une véritable profondeur (à part peut-être "Bite" qui paraît légèrement déplacé sur cet album), pas forcément visible dès la première écoute, mais qui se dégage au fur et à mesure que l'on apprend à connaître le disque. "Feiticeira", "Change" et "Pink Maggit" figurent en tête des joyaux de ce magnifique album sur lequel les Deftones ont créé un univers très sombre où la voix lascive de Chino Moreno accentue encore un peu plus le malaise. La musique mêle avec dextérité passages calmes et envoûtants avec des percées sonores dignes des meilleurs albums de Neurosis, c'est dire ! Très bon disque.

note       Publiée le mercredi 1 novembre 2000

chronique

Styles
metal alternatif
neo metal
rock alternatif
Styles personnels
mélancolique, cathartique et érotique

Moite... autant que rugueux. Tout dépend du doigté. Et Deftones l'ont, plus que jamais, dans cet album de désintégration, de fantasmes et de buées lourdes. Chargé/compact... autant qu'aérien/flou. Masculin... et féminin en même temps. Pas comme un trans, non : plutôt à l'arrière d'une Trans Am, par une humide nuit d'été (aux alentours de 3 A.M.) Comme une fille garçonne mais très sensuelle qui rend amoureux, dont l'attitude parfois grossière est pardonnée par un galbe irrésistible. Et un parfum de lys entêtant, lacté à mort. Parler de Deftones sans parler de relations amoureuses et/ou sexuelles ? Impossible. Et je rédige avec l'aval de Chino, soyez-en certains... Un titre aussi intime que "Digital Bath", sur lequel il semble avoir les lèvres encore collées de la salive et des liqueurs intimes de sa copine (et la voix ensuquée d'un mec réveillé dans son sommeil), en dit bien assez. Et je ne pourrais parler que de celui-ci. Il fait nuit... dans une chambre d'hôtel peut-être... et Chino nous convie à partager l'intimité extrême d'un fantasme fini à la baignoire, une passion aquatique et désespérée (j'écoute ça comme "Pull Marine", c'est raccord). On est avec lui, dans la salle de bain (placard à médicaments ouvert, désir de suicide en épectase commune, noyade calculée), avec sa nana nue dans l'eau... la baignoire est sans fond... on plonge dans le bain digital, impossible de résister... le chant est extrêmement subtil et ambigu, j'entends toujours le "you move" du début comme si Chino disait "in the blue", couleur qu'il évoque plus loin dans l'album... coïncidence ?... frisson d'un mirage vocal... une émotion intense nous saisit lorsqu'ille(el) part dans ses aigus déchirants, et devient femelle... il est en elle, il devient elle ; elle est lui et... c'est... owww... envie de pleurer et de faire l'amour se confondent... Parler de Deftones sans parler de sexe ? Pudeur en réalité, sinon mensonge. Échec certain. Même le patron est confondu dans sa chronique ci-dessus : il a lu "Bite" ou lieu de "Elite", le con ! Le con... mmmh... Les muqueuses de ce metal sont humides... et desséchées en même temps. Combien sommes-nous de cette génération à lier le souvenir de cet album à une fille, voire plusieurs ? Chut... White Pony est sexuel - et sensuel, à en crever. White Pony, en fait, c'est mon Loveless. Je connais cet album depuis sa sortie (débuts difficiles entre nous - ma période Korn sans doute, à 14 ans c'était normal), et pourtant je suis toujours perdu pour parler de cette intimité, de son émotion qui affleure de partout, aussi fleur bleue que métallique. Recouper mes émotions parfois contradictoires à son écoute ? Il y a tant d'albums dont on peut parler sur la base de leur souvenir seul, quand on les connaît depuis longtemps. On ne parle pas de White Pony sur la base de son souvenir : on l'écoute comme un souvenir. Et on ne peut en parler qu'en l'écoutant... Le son des guitares, abrasif. Les mélodies, engourdies. Les zones incertaines... tout cela... Mais plus encore Moreno, sans qui Deftones perdraient à peu près tout leur jus. Chino L'Amoroso, dont les passions new wave et le don pour les évocations cinématographiques ont façonné une personnalité ambivalente dans sa voix, et jusque dans ses paroles : à la fois ce lover impudique-midinette d'une sensualité à faire mouiller toutes les filles du lycée, et tout autant ce petit gros empoté partant dans des colères de puceau, seul dans sa chambre. Car je pourrais tenter de dénigrer "Elite" comme certains, puisque ce morceau est à ce qu'il paraît si irritant, dans toute sa ridicule colère immature mais sincère, son hardcore adolescent... J'entends d'autres passages dans cet album qui sonnent aussi juvéniles ("Street Carp" par exemple), mais les passages intenses irradient tellement White Pony que ses éruptions cutanées fondent sous son sirop, exuvies excusées d'un groupe des plus singuliers. Le beau irradie le laid. "Feitcetera" ou "Street Carp" justifient la place de Deftones dans la vague nu-metal. Le sublime "Change" les situe entre deux mondes, et "Pink Maggit" les place au-delà de tout cet amas acnéique, autant que "RX Queen" et son morne riff Pink Sabbath, embué par les émotions troubles de ce Greg Dulli en surpoids pour sa chérie infectée. Le rose pâle c'est Chino, encore... le rose sur le gris, voire le noir... Des fluides entrelacés et mélangés comme jamais dans le metal alternatif. Sperme... et cyprine en même temps. Cette fusion qui n'appartient qu'à eux, et qui ennivre bien plus ici que sur Around the Fur. Essayer de mettre le doigt sur ce que provoque la percée vocale femelle du break de "Knife Party", et ces mots de Chino où l'amour, le sexe et la violence se confondent ?... Je serais impudique... Non... Cruellement BEAU. Évoquer "Passenger" avec ces vers partagés où ce Moreno crémeux et ce Keenan gluant se mêlent comme les vagues molles d'un viennois malsain, évoquant un érotisme à la Crash de Ballard et laissant un arrière-goût de syndrome de Stockholm ? Chut... White Pony est cet album plus qu'hybride... un album androgyne... oui, voilà... et un des rares albums adolescents qui restent aussi imparables. Une musique pleine de sensations d'après-stupre, d'émotions brûlantes sous un blindage glacé, s'achevant dans le battement d'un cœur prêt à s'endormir dans un profond coma (troublant, n'est-ce pas ?) C'est aussi une pochette énigmatique, qui m'interpelle encore quinze ans après et qui est à voir comme un logo sur un emballage de benzodiazépines. Car White Pony reste leur climax chimique. Le tumulte, les orgasmes et le spleen. Un album qui laisse le goût tenace des amours naissants de fin d'été, quand nos premières relations sexuelles rimaient avec cette mélancolie qui nous prenait à la gorge, et engourdissait la perception du réel. Un goût dégueulasse... et délicieux en même temps.

note       Publiée le dimanche 21 juin 2015

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notes

Note moyenne        59 votes

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moustache › samedi 29 août 2020 - 11:15  message privé !

En boucle dans la voiture en ce moment grâce vous. Un des albums de mon adolescence qui vieillit bien. Bon je zappe Elite qui dénote et que je trouve chiant, mais le reste passe tout seul. Faudrait que je me plonge dans leurs albums suivants tiens. J'ai toujours trouvé ce groupe attachant mais j'ai pas suivi. 5/6 de coeur.

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Rastignac › lundi 27 juillet 2020 - 16:43  message privé !
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pour le peu que je me souvienne, y avait des groupes espagnols (PS / B Violet et Sober, je viens de retrouver) en première partie, faut que je retrouve des infos, j'avais fait une liste exhaustive des concerts que j'ai brûlée. C'était dans les arènes de Mostoles, en banlieue de Madrid donc. J'avais chopé un médiator du gros Chino. Et une cicatrice sur la main qui ne m'a pas quittée depuis, j'étais jeune et fringant, accroché aux barrières juste devant la scène, je pourrais plus faire ça maintenant bordel. Je me souviens plus du son, le chanteur crachait beaucoup, ils étaient très peu locaces, mais je me souviens qu'ils buvaient sur scène de l'evian en bouteille de verre. Je trouvais ça classe, bizarrement. Un concert intense d'un groupe que j'écoutais en boucle à cette époque, et qui encore aujourd'hui me fait bien plaisir de temps en temps (surtout celui-ci et le atf)

PPS : la setlist, avec reprise de ST à la fin, bien cool :

Be Quiet and Drive (Far Away), Around the Fur, My Own Summer (Shove It), Feiticeira, Change (In the House of Flies), Root, Nosebleed, Bored, Lotion, Mascara, Digital Bath, Korea, 7 Words, Headup. Rappel :, Engine No. 9, Subliminal

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Dun23 › lundi 27 juillet 2020 - 15:52  message privé !

@Rasti: Vu à Montpellier, pour ma part, sur cette tournée, pour la première et dernière fois, avec Linkin Park en première partie. J'ai vachement bien entendu Chester Bennington, nettement moins le Chino, le Zenith (et son étiquette son moche de base) n'explique pas tout non plus. Mais bon, c'est assez cool, un concert instrumental des Deftones, avec un gars qui passe son temps à se rouler par terre avec ce qu'il semble être un micro.

(N°6) › vendredi 24 juillet 2020 - 00:03  message privé !
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J'ai hésité (je suis pas fou de Street Carp ni de Korea), mais si je veux être cohérent, anéfé. Mes p'tit Deftones doudou !

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born to gulo › jeudi 23 juillet 2020 - 23:51  message privé !

Dans l'émotion, tu as laissé échapper une boulette.

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