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George Duke › Feel

  • 1974 • Mps MC 25355 • 1 LP 33 tours

10 titres - 42 :05 min

  • A1/ Funny Funk (5:18)
  • A2/ Love (6:06)
  • A3/ The Once Over (4:39)
  • A4/ Feel (5:40)
  • B1/ Cora Joberge (3:50)
  • B2/ Old Slipper (5:41)
  • B3/ Tzina (2:01)
  • B4/ Yana Aminah (4:33)
  • B5/ Rashid (3:36)
  • B6/ Statement (1:15)

enregistrement

Produit par Baldhard Falk

line up

Leon "ngudu" Chancler (batterie, percussions, composition sur 3)), George Duke (claviers, chant), Airto Moreira (percussions), John Heard (basse acoustique et électrique), Flora Purim (chant sur la 8), Obdeywl’1 X (guitare sur la 2 et 6)

remarques

chronique

Styles
black music
funk
soul
jazz
Styles personnels
jazz fusion

Matez moi cette pochette… Z’avaient pas froid aux yeux à cette époque-là. Feel, l’un des albums clés du claviériste George Duke (lui-même étant un personnage clé des expérimentations sur claviers des 70’s qui aboutiront au P-Funk, puis à la techno), correspond on ne peut mieux à cet écrin suintant la bonne (ou mauvaise, si l’on craint les boursouflures) époque du jazz fusion. On dirait la pochette d’un album de Coil (Hipgnosis serait-il passé par là ?) : diamants, flamants roses, ciel martien, montagnes de nacre… Luxe, calme et volupté. George Duke livre ici une alternative poudrée et chromée à Barry White, un disque parfois dansant, plus souvent, en tout cas, que bien des disques de jazz fusion, du quel il s’éloigne assez vite pour accoster les rivages du funk le plus cosmique. Pensez-donc, un album de jazz garanti 100% sans cuivres, ultra-moderne pour l’époque, surtout dans l’utilisation des timbres aquatiques produits par les claviers… On oscille entre les nappes vaseuses de l’Homme à Tête de Chou et les "piou-piou" hypertrophiés du G-Funk, chers à Dr Dre. Exemple : vous vous souvenez du son de clavier profond et mystique de Magma sur Köhntarkösz ? On le retrouve intact sur Once Over, tout de pourpre vêtu. Outre Ndugu, le batteur qui compose ce dernier titre, on retrouve le caoutchouteux John Heard à la basse, les Brésiliens Flora Purim et Airto Moreira (déjà entendu chez Weather Report), et - cerise flambée sur le gâteau de porcelaine – El Zappa en personne venu griffer deux solos (à toute vitesse on imagine, entre deux séances de travail intensif en studio) sur Love et Old Slippers. Sous le nom de Obdewl’1 X, quand même, non pas pour faire le malin à la Prince, mais sans doute pour des raisons contractuelles (on connaît sa malchance avec les maisons de disques). Du beau monde, donc. Pourtant ce que Duke chante sur ce disque est plutôt mielleux et pétri de bons sentiments (voire l’impérial Love, qui incite au stupre et à la débauche lascive), aux antipodes du sexe crade prêché par Zappa deux ans plus tôt sur Overnight Sensation… "It won’t happen overnight" chante Duke sur Love, dans un élan d’altruisme que les roaring 70’s allaient bien vite enterrer. Car Feel est un album résolument voué aux bien-être : voix de lover, déluges de claviers scintillants, coulées de sons P-Funk avant l’heure…tout est cosy et délicieusement mâtiné de funk bien ouaté. La plage titre est un modèle de jazz-vaseline : comment faire passer des structures jazz fusion, donc relativement complexes et riches, dans les oreilles les moins habituées, grâce à un enrobage voluptueux. Duke couvre son clavier d’effets d’ordinaires réservés aux guitares électriques, dont l’indispensable wah-wah, ce qui le fait d’ailleurs sonner comme cet instrument. Le doute est permanent, jusqu’à ce que Zappa se ramène avec son fidèle son saturé comme peu l’osaient à l’époque… À noter que le chant (qui ne plaira pas à tout le monde), est partagé entre George Duke et Flora Purim sur Yana Aminah… Qui sonne exactement comme la chanteuse de Sergio Mendes & Brazil 66. Il s’en est fallu de peu pour que ce disque ultra-léché et en rupture avec l’esthétique de son époque (avec le recul, le fossé entre la virtuosité de Duke et celle proposée par ELP ou McLaughlin, est immense) hérite de la note de 5. Peut-être ce côté malgré tout inoffensif, surtout quand on connaît le génie féroce du claviériste au sein des divers orchestres montés par Frank Zappa ("Eat That Question" ! classique des dancefloors pour freaks).

note       Publiée le vendredi 28 août 2009

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mangetout › dimanche 17 mars 2019 - 20:07  message privé !

j'adore le titre "Funny funk", electro-funk décontracté des genoux avec sa ligne de basse qui bouge dans tous les sens et ondule tel un serpent sous acide. A noter que Flora Purim qui chante sur ce disque participait aussi à la première mouture du Return To Forever de Chick Corea.

NevrOp4th › jeudi 20 septembre 2012 - 13:49  message privé !

Rahhhh !! Faut que je choppe absolument ce truc. Puis cette pochette est vraiment très belle.

aur › lundi 29 novembre 2010 - 12:43  message privé !

je plussoie pour le coffret COMPLETE MPS FUSION RECORDINGS !!!

Enexus › mercredi 6 janvier 2010 - 18:28  message privé !

C’est une belle surprise de découvrir cette chronique. Ici on découvre la musique de Duke des 70’s façon jazz-fusion marqué par les premières utilisations des synthés analogiques. Plus accessible et immédiat que son précédent album ‘Faces In Reflection’, Duke musicien-claviétiste doué et précoce a pu démontrer une certaine intelligente pour les mélodies et ses prouesses au clavier qui le distinguait de ses contemporains (Hancock, Zawinul, Wonder), notamment dans ses solos de synthé prototype du Clavitar, son futur joujou (et celui de Hancock) Sa démarche est à la fois sophistiquée, éthérée et groovy, un peu comme si son passé pianistique et jazzy avec Cannonball avait rencontré son expérience guitaristique avec Zappa. Duke n’a pas pu s'empêcher de donner le meilleur de lui même en proposant une musique multi-forme en exploitant les possibilités du Arp. Temps forts : ‘Old Slippers’ avec les percus infernales de ‘Ndugu’ et le superbe solo de l'invité Zappa aka Obdeywl’1 X. ‘Funny Funk’ comme son nom l'indique, un funk bubble-gum inspiré de ‘Chameleon’ visité un an plus tôt par Hancock et ‘Feel’ où Duke dévoile sa voix de falsetto en proposant un habile titre Soul-planant façon Isaac Hayes après avoir aspiré de l'hélium. A découvrir aussi : My Soul : The Complete MPS Fusion Recordings, coffret indispensable regroupant les meilleurs albums du Duke des 70s : Faces In Reflection-The Aura Will Prevail-I Love the Blues, She Heard My Cry’.