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Cabaret Voltaire › Micro-Phonies

cd | 9 titres | 42:36 min

  • 1 Do Right
  • 2 The Operative
  • 3 Digital Rasta
  • 4 Spies In The Wires
  • 5 Theme From Earthshaker
  • 6 James Brown
  • 7 Slammer
  • 8 Blue Heat
  • 9 Sensoria

line up

Richard H. Kirk (guitare, synthétiseur, sampler), Stephen Mallinder (chant, basse)

Musiciens additionnels : Flood (co-production), Roger Quail (batterie, percussions), Eric Random (tabla), Mark Tattersall (percussion)

remarques

La réédition CD contient deux pistes bonus : 10/ Sensoria (12" Mix) et 11/ Blue Heat (12" Mix) 7:25

chronique

Cabaret Voltaire a bel et bien viré sa cuti synthétique, sous impulsion Soft Cell... "This could be the end of it all"... ou le début de tout. La musique est beaucoup plus simple, mais il n'est pour autant pas totalement sevré de l'expé malgré ses envies de normalité et de club : Micro-Phonies est truffé de sons qui font "tic-tic" (mon CD a sauté ???), "clap-clap" (viens prendre ta fessée blade runner), "bip-bip" (signal radioactif déclenché) ou "pouet-pouet" (pute-acier über alles !). Le chant clair de Steph Mallinder n'est pas le plus charismatique de tous les groupes new wave, comme celui d'Andy Gill, mais ce timbre anglais, livide et compassé, est on ne peut plus adéquat. Cet album me parle beaucoup. Par cette limpidité outrageusement 80's qu'il partage avec son prédécesseur, par son accroche funky de droïde qui a la trique et veut serrer de la Sue-Helen péroxydée, par ses beats circonflexes réflexe/spandex, ses mélodies polaroïd 3D ciselées au bistouri, son zouk de quatrième dimension en combinaison ninja laser bionique, ou juste par cette façon qu'il a de retranscrire en musique des formes très strictes comme des cubes, des polygones et des pyramides... C'est du post-punk synthétique à l'ancienne, rigide et monomaniaque. Le son du futur du passé, pris de spasmes, et obsédant, comme le paranoïaque "Spies in the Wires", qui ondule tel un naja sur une rythmique au pouvoir hypnotique de grade hélicoïdal, ou la bien cold et fatale "Blue Heat". Même si je n'ai jamais aimé ni ce nom (j'ai horreur des cabarets, et je préfère Rousseau) ni ces pochettes (on dirait mes années aux Beaux-Arts, en moins bien), ce groupe atypique m'a toujours causé dans l'talkie walkie, depuis que je l'ai découvert pré-ado avec le vicieux "Product Patrol" via la compilation If you can't please yourself You can't please your soul (celle-là même qui m'a aussi initié à Yello, Foetus, The The, Neubauten, Almond et Test Dept, excusez du peu !) Micro-Phonies, sorti juste avant, est pareil : c'est du Some Bizarre en barre. Pas plus difficile que du Depeche Mode de la même époque. Accrocheur à mort même, la faute/grâce à ce côté "funkytronique" qui infuse déjà depuis plusieurs disques, s'est désinhibé sur The Crackdown, et est mûr ici, peut-être assumé à travers l'intitulé "James Brown". Cabaret Voltaire aiment le funk, et Kraftwerk, comme Afrika Bambataa ou Cybotron, mais à leur façon, et Micro-Phonies rappelle que "electro" n'est rien d'autre que le diminutif d'"electro-funk". Ce disque semble, plus encore que le déjà très chaloupé The Crackdown, être l'ouverture de Cabaret Voltaire aux masses. Et il est certain que leur côté défiguré-malsain est à présent relégué au second plan... Mais derrière cette façade a priori plus triviale se cache un album réellement singulier, dont les éléments rythmiques mitraillent sans cesse les baffles, quadrillant le secteur comme une armada de gadgets vicieux. Un genre d'usine à tubes lobe-atomiseurs, qui pourrait être le chaînon manquant entre Soft Cell et la vague EBM... Ou pêle-mêle, l'origine de Front Line Assembly (le reggae synthétique du bien nommé "Digital Rasta", c'est du FLA en 1984), de Nitzer Ebb (le chant sur "Blue Heat" très Doug McCarthy), de Ministry - du moins celui de la transition entre new romantic body music et botrock - et de toute une génération de groupes plus costauds qu'eux, jouant ici encore sur les plates-bandes proches des Simple Minds de Sons/Sister, comme le suggèrent les claviers de "Theme From Earthshaker". On y entend aussi un Yello sans moustache, et paré pour des sessions d'aérobic épuisantes sur "Do Right", et son gimmick débile que reprend "Sensoria". Ouaip, je kiffe cet album ; de façon sans doute déraisonnable, mais peu me cold. Cabaret Voltaire sont toujours d'étranges laborantins, ne nous y trompons surtout pas - seulement là, on les écoutera comme du Michael Jackson... et inutile de préciser que Micro-Phonies est bien plus cool que Thriller.

note       Publiée le lundi 14 janvier 2019

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Dioneo › lundi 11 novembre 2019 - 14:01  message privé !
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"Cabaret Voltaire aiment le funk, et Kraftwerk, comme Afrika Bambataa ou Cybotron, mais à leur façon, et Micro-Phonies rappelle que "electro" n'est rien d'autre que le diminutif "d'electro-funk"". Tout à fait ça ! Leur façon qui est cousine (voire incestueusement sœur, parce qu'on aime les rapports pas reconnus par la soci-psycho-hygiène chez ces gens... ou les mettre en scène/œuvres/actions en tout cas) de celles d'autres dans l'indus, de ceux qui avaient senti le besoin de passer à autre chose. Le Throbbing Gristle de 20 Jazz Funk Greats évidemment, Chris & cosey très logiquement, à la suite, Clock DVA (eux aussi de Sheffield, et puis Sensoria ici, Sensorium chez les autres... est-ce complètement un hasard ?)... Même chez SPK quand ça délaisse le bruit blanc sur blast de containers pour partir dans le proto Front Line Assembly/Skinny Puppy, en effet (ou... KMDFM ?). Cf aussi A Certain Ratio, 23 Skidoo... ou les débuts de gens comme Human League et cie. (Sans compter Gang of four oui, cité malignement comme en passant dans la chro).

En effet ça fait qu'on se retrouve proche à la fois de Cybotron ou d'autres "pionniers" techno/house (donc/et... dans un prolongement du jazzfonk à la Hancock et cie. plutôt que du Miles électrique directement - les gens de cette scène là étant à mon avis souvent en train de se paumer, eux, dans la technologie d'époque, finissant par sonner kitsch mais ridiculement, très sérieusement, à force de vouloir se raccrocher, là où pour le Cab et les autres plus haut cité, le kitsche est intégré, c'est un bout du propos, ça fait du fun et du bon et du fond du discours, de la pertinence de la démarche avec ça)... oui donc : à la fois proche de ces débuts de la tech/house et en effet de Soft Cell, comme dit Raven au début, de Yello comme il rappelle plus loin, j'ajouterai de Yellow Magic Orchestra, de tout un tas de trucs "synth" à la fois pop, évident et en réalité bien expé dans leur manière de prendre lesdites technologies encore pas sèches pour s'amuser et dire vraiment ce qui leur trottait.

Pas "choquant" du tout que ce même groupe qui avait sorti Red Mecca par exemple (absent d'ici tiens... tiens tiens) ait ensuite démoulé ce réjouissant bout de plastic. Et tant mieux si ça ne sonne pas pareil pourtant, que ça part dans du moins agréé pas l'Institut Russolo/Marinetti. (Pas dit d'ailleurs que ces deux là et d'autres se seraient moins retrouvés ici que dans pléthore d'études pompeuses et d'ouvrages appliqués d'après leurs théories comme si ce qui valait pour l'Italie circa la première mondiale pouvait s'appliquer tel quel n'importe où et quand ensuite... Pas sûr non-plus en passant que les premiers Dada, qui donnent évidemment le nom au ci-présent groupe, s'y seraient moins reconnus que chez maint épigones chiants pour qui zurich en 1916 = LE modèle à suivre sans recontextualisation/ajustements, comme si ce qui allait en sortir n'allait pas comme ça sonner/rendre aussi terne et périmé qu'une imitation de carte postale de Zurich en 1916, faite avec les moyens "vintage" d'époque, en dépit du sens premier du "mouvement", de la blague... Enfin on n'en sait rien évidemment. Mais pas sûr du tout quoi).

mangetout › vendredi 1 mars 2019 - 14:57  message privé !

Je me souviens d'une chronique du "Low life" de NEW ORDER dans Best lors de sa sortie en 1984, où le gusse démolissait l'album en arguant du fait que rien ne vaut les originaux blacks américains en matière de funk. La remarque vaut aussi pour la période funky des Cabs, surtout quand on écoute certaines productions du début des 70's comme celles des Commodores, James Brown, Kool & The Gang, Temptations, Earth Wind & Fire, Herbie Hancock & Headhunters... tout y est immédiatement direct, dansant et tendu vers l'efficacité groovy (qui ne veut pas dire facilité), alors que chez les anglais new-waveux/indus cela passe par une réincorporation du groove en milieu conceptuel/"au service de" qui amoindri quelque peu l'impact et à tendance à surgeler le tout !

E. Jumbo › dimanche 3 février 2019 - 21:22  message privé !

Je n'arrive vraiment à accrocher à cette période de Cabaret Voltaire qu'avec la compile de mixes 12'' et une bière dans la main...

Note donnée au disque :       
mangetout › mercredi 16 janvier 2019 - 10:16  message privé !

A noter les grandes similitudes entre "Sensoria" sur celui-là et "Just fascination" sur le précédent "The crackdown", les singles de leur album respectif.
Et question album préféré des Cabs, perso, c'est celui d'après, "The covenant, the sword and the arm of lord", encore plus electro-funk (on est de plus en plus proche de ce que faisait Heaven 17 à l'époque), avec des samples et des basses "slapées" de partout et qui contient le tube hystérique "I want you", surement leur morceau que j'ai le plus écouté. Tout ça allait à ravir avec les albums du moment de Chris & Cosey, New Order, Yello et autre Art of Noise...

Twilight › mercredi 16 janvier 2019 - 09:23  message privé !
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Pas mal mais forcéement un peu trop funky pour moi, mais dans la bonne vibe quand même...je le redécouvre grâce à la chronique.

Note donnée au disque :