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Cabaret Voltaire › Red Mecca

cd • 9 titres

  • 1A touch of evil
  • 2Sly doubt
  • 3Landslide
  • 4A thousand ways
  • 5Red mask
  • 6Split second feeling
  • 7Black mask
  • 8Spread virus
  • 9A touch of evil (reprise)

enregistrement

Western Works, Sheffield, Angleterre.

line up

Stephen Malinder (chant, basse, bongos), Richard H. Kirk (synthé, guitare, clarinette, cor, cordes), Christopher R Watson (orgue, bandes), Nik Allday (batterie)

remarques

chronique

‘Red Mecca’, c’est le trip d’un humanoïde sous mauvaise ganja qui assemble des circuits électroniques à des morceaux de ferraille dans sa cuisine. Troisième album des Anglais de Cabaret Voltaire, il marque le point culminant de leur observation/étude de l’avénement de la droite chrétienne américaine et notamment des télévangélistes en parallèle avec la montée de l’islam (crise des otages en Iran, situation afghane…) avec des clins d’oeil obliques aux émeutes sociales anglaises. Disque sombre et grinçant, il débute comme une forme de cabaret torve, la mise en musique des mouvements saccadés d’un automate intoxiqué ayant perdu le sens de l’orientation: clarinette inconfortable, glissantes, percussions faussement ethniques, un halo de malaise… Halo qui se mue en brouillard d’herbes au relents de circuits grillés sur ‘Sly doubt’, une chanson de funk froide sodomisée au dub de contrebande jouée par des savants industriels. Le chant planqué derrière tout ça parait celui d’un observateur/bourreau qui observe les réactions de douleur quand on appuie sur telle ou telle connexion. Si ‘Landslide’ ne dissipe pas réellement ce sentiment interlope, il quitte l’aspect funk frelaté pour s’orienter vers un post-punk qui aurait pu sonner pop s’il avait été produit hors des mains de Cabaret Voltaire. La démarche sonne comme une inspiration de choix pour les Muslimgauze, Sonar, Esplendor Geometrico, avec rythmique tournante enrichie de grincements, de petites sonorités. Dommage qu’il ne dure pas davantage. Avec ‘Thousand ways’, c’est comme si on franchissait une marche supplémentaire de l’escalier; l’aspect hypnotique des rythmiques en boucle se confirme mais le son s’est durci, obscurci. Le chant toujours planqué en arrière-froid sonne glauque, le fond de l’air est sec, très sec, notamment au niveau des percussions, des loops d’orgue, le seul élément vaguement organique demeurant une basse paraissant paumée là au milieu. Si les structures sont répétitives, il y a des montées de sons sur les boîtes, les grincements de guitare qui retombent comme des vagues donnant une fausse impression de confort cauchemardesque à l’ensemble. De l’industriel vicieux aux remugles pop. Avec ‘Red mask’, le groupe franchit un cap, entre de plein pied dans cette forme de post punk indus plus ‘groovy’ mais nettement plus sombre. On joue moins sur le malaise que sur une fausse torture des sens. ‘A split second feeling’ grinçant comme une craie métallique sur un tableau d’acier sonne pourtant presque comme un répit alors qu’il ne fait que confirmer cette transe jouissive déshumanisée presque jusqu’à l’os mais pas la moelle. Alors qu’on s’y était habité, le combo effectue un virage presque complet pour revenir au post punk parfumé à la contrefaçon de dub et finir sur ce qui aurait pu constituer un morceau pop si le groupe ne l’avait ligoté sur sa table de dissection: clarinette malade, vocaux inquiétants, à peine humains derrière leurs effets, percussions limite cheap, sonorités bizarres. ‘Red Mecca’ est un mauvais trip jouissif jusqu’au bout des orteils, le truc qui te fait croire que s’envoyer de la colle, c’est vachement plus classe que de sniffer de la coke. Un grand disque.

note       Publiée le mercredi 8 juin 2022

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Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

pas encore chroniqué celui-ci? Nous voilà bien

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens je me le suis réécouté récemment, celui-là, c'est de l'excellent mauvais trip, en effet, sale et inquiétant... L'ambiance film noir joué par des robots défectueux - cyber, cyborg en effet, déréglés sans conteste - est bien posée dès A Touch of Evil (qui referme aussi le disque, reprises niquées et pas créditées si je ne me trompe pas du thème d'Henry Mancini pour le film d'Orson Welles - La Soif du Mal, en VF... Grand film, en passant, avec sa fameuse séquence d'ouverture en plan séquence, hallucinante, virtuose... - bref, je m'égare). J'ai mis quelques temps à y entrer, au début, dans ce disque - le côté pollué, je crois, m'a tenu dehors aux premières écoutes - mais maintenant j'adhère complètement (comme à un fond d'une poêle cramé, laissé trop longtemps sur le gaz) !

Message édité le 08-06-2022 à 23:34 par dioneo

Note donnée au disque :