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Nine Inch Nails › Hesitation Marks

cd | 14 titres | 61:51 min

  • 1 The Eater Of Dreams
  • 2 Copy Of A
  • 3 Came Back Haunted
  • 4 Find My Way
  • 5 All Time Low
  • 6 Disappointed
  • 7 Everything
  • 8 Satellite
  • 9 Various Methods Of Escape
  • 10 Running
  • 11 I Would For You
  • 12 In Two
  • 13 While I'm Still Here
  • 14 Black Noise

line up

Trent Reznor

Musiciens additionnels : Adrian Belew (guitare, chœurs), Todd Rundgren (remix), Alessandro Cortini (programmation), Pino Palladino (basse), Ilan Rubin (percussions), Daniel Rowland (guitare, programmation), Lindsey Buckingham (guitare), Eugene Goreshter (basse, programmation)

remarques

L'édition deluxe contient trois remixes en pistes bonus sur un second CD, dont un excellent signé Todd Rundgren.

chronique

Hesitation Marks, meilleur NIИ depuis... boarf, l'artwork le suggère plus qu'explicitement : The Downward Spiral. Qui restera pour toujours - sauf miracle - sa plus efficace et totale usine à tubes. Laissons The Fragile aux encyclopédies, avec son statut de grande œuvre ciselée et appliquée, le disque-loft très cosy et relaxant de l'entrepreneur Reznor qui a réussi à capitaliser sur son spleen le plus pornographique quelques années plus tôt, et entrons je vous prie dans l'arrière-salle tamisée, pénombre dans laquelle les lames dangereusement effilées se confondent avec les mélangeurs à cocktail. Même si je suis revenu sur With Teeth et que les skeuds qui ont suivi ne sont pas dégueux, ni honteux (toi aussi clique si tu as quelquefois hésité à en rester aux mp3 de The Slip), Hesitation Marks nous rend un Trent en forme impérieuse, qui a remisé le tube d'AD pour redevenir le kingpin de sa pop, de sa funky shit de blanc-bec carnassier. Même si certains me rétorqueront que ça n'est pas rigoureux avec l'étiquette, peu me chaux vive : ce disque enterre en toute désinvolture bien des albums de pop encyclopédiquement intouchables. En fait j'avoue même qu'une question provocante me taraude depuis que j'ai découvert Hesitation Marks : qu'est-ce qu'il a d'inférieur à The Downward Spiral ? OK, nous ne sommes plus dans l'album d'un jeune américain qui est joué dans Se7en. Plutôt dans l'album d'un américain qui doit être joué dans True Detective, et qui a l'épaisseur émotionnelle de Mattew McConaughey dans cette série, même si physiquement il est plus proche de Clive Owen. Un américain qui se la touche sévèrement, et emballe encore plus sévèrement sur le dancefloor, sans perdre une once de son vice unique... Au contraire même, à en constater ses vocalises androgynes qui arrivent à rester viriles sur "All Time Low". Albarn, Kiedis : restez près du bar à siroter vos margaritas en maugréant, et admirez comment un goth vous pique toutes vos touches féminines avec sa gueule de commercial jadis dans le vent ayant survécu à trois dépressions sévères, sans jamais fâcher les jeunes surfers de la piste. En les rendant même un peu plus titillés que jaloux - après tout Trent a quelque chose de féminin, hein, assez troublant le vieux, personne ne le saura après tout, et puis je sens poindre des marques d'hésitation sur vos visages mes Apollons, vous vous dites qu'une bouche reste une bouche, et une rondelle reste une rondelle... Et que celle-ci embaume la victoire acidulée, parfois dangereusement borderline avec l'effet Men's Health et FHM, toujours sur cette fine limite entre gel douche et venin. McCarthy : reste et prend des notes. Finesse, finesse : Les clous de neufs pouces de Trent sont devenus des aiguilles de six index avec lesquelles il perce les baffles dans un pur esprit d'acupuncture érotique. Le jeune adulte se payant un manoir sulfureux pour un rituel d'inspiration d'une bêtise typiquement américaine (pensez Johnny Depp collectionnant les objets de serial killers) est devenu cet adulte puisant son inspiration dans sa spirale descendante intime... Et il vieillit artistiquement un peu comme Polanski, si je puis noter cette ironie. Le vice est ici moins directement palpable pour les non-initiés, bien plus fluide (enchaînement inattaquable "Copy of A"-"Came Back Haunted"-"Find My Way"-"All Time Low"-"Disappointed") : il s'insinue dans de l'IDM, de l'EBM, presque IBM, parfois FM, plus NIN que jamais. "J'ai survééééécuuuuu... à tout." La première fois qu'on l'entend minauder ça sur sa petite chanson sautillante, on sourit, on se dit qu'il fait son Gahan, son Dulli. Mais après, les "shake shake shake" nous rappellent ceux de Robert Smith sur son album psychédélique... Et on kiffe son tube de tapette, au Trent. Et sa façon de flirter avec le quasi-vide sur "While I'm Still Here" avec ses jeux de crescendos typiques, ses montées de sève, son final à la Yello minimaliste de trader griffé Cerruti... On pourra donc se demander pourquoi cette note n'est pas maximale, ne serait-ce que pour "Find My Way" et "In Two"... Qu'est-ce qu'une note de chronique, après tout, sinon la synthèse mathématique la plus juste possible d'un ressenti ? Je suis fâché avec les mathématiques, n'y voyez donc aucune escroquerie objective (un respect pour le plus organique The Downward Spiral teinté de lucidité peut-être), mais plutôt une manière de signifier que mon vécu avec Hesitation Marks est encore un peu trop jeune pour saisir pleinement toute sa sève, qui peut ressembler à Year Zero seulement si on l'écoute un peu trop à distance mais qui est en réalité bien plus profond. Et surtout une façon d'en retranscrire la sensation de climax attendu tout du long, d'explosion qui ne surviendra pas, de turgescence qui ne durera jamais plus que quelques battements de cils : car Trent Reznor n'est plus à l'âge des excès, de la pornography, de la pénétration brutalement juvénile, mais à celui de la séduction flemmarde et sûre d'elle, lovée, rampante... Et il prend son temps pour pénétrer, mais une fois dedans, il temporise dangereusement, rivé à la lisière de l'orgasme et savourant chaque gémissement, chaque murmure, et chaque réplique au creux de l'oreille aussi cliché que fatale... "I am just a finger on a trigger on a finger, doing everything I'm told to do"... Hesitation Marks, ou l'objet d'études idéal pour les séminaires médicaux consacrés aux effets inattendus de l'andropause.

note       Publiée le mercredi 6 mai 2015

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Twilight › dimanche 22 octobre 2017 - 22:17  message privé !
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pas extraordinaire mais il dégage quelque chose. Je crois qu'il tiendra pas mal la durée

Damodafoca › jeudi 19 octobre 2017 - 11:08  message privé !

Ledit add violence attend toujours une sortie physique sur le site du groupe, mais le CD est dispo en crémerie. Comprend plus rien à la logique.

magnu › mercredi 18 octobre 2017 - 19:36  message privé !

Ils ont un goût de reviens sur le long terme, ces deux EP

Note donnée au disque :       
torquemada › samedi 14 octobre 2017 - 20:35  message privé !

Moi ! Et j'aime les deux, surtout "Add Violence".

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Wotzenknecht › samedi 14 octobre 2017 - 18:32  message privé !

Quelqu’un y goûte, aux derniers eupés ?

Note donnée au disque :