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Blut Aus Nord › Thematic emanation of archetypal multiplicity

5 titres - 28:16 min

  • 1/ Enter (the transformed god basement)
  • 2/ Level-1 (nothing is)
  • 3/ Level-2 (nothing is not)
  • 4/ Level-3 (nothing becomes)
  • 5/ Exit (towards the asylum)

enregistrement

Enregistré et mixé au studio Earthsound.

line up

Level-2 featuring Thomas Hooten from "Ghost of sound", Level-3 featuring Kuan Shih Yin from the "Temple of Chôd"

chronique

Styles
metal extrême
ambient
Styles personnels
metal chaotique/dark ambient

À force de limiter sa communication à l'expression lapidaire et questionnante de sa pensée, Blut aus Nord ne se voit plus aujourd'hui appréhendé comme une entité musicale, mais comme un groupuscule méditant, dont les livraisons surprenantes ne seraient plus à écouter, mais à analyser, comme de petits essais de philosophie. Pour beaucoup, la question semble être de savoir si, oui ou non, "Thematic..." est une apologie du néant, un manifeste nihiliste ou encore une mise en son de la théorie de la vacuité ; on s'affronte même sur l'opposition fondamentale qui existe entre ces deux dernières hypothèses. Pour ma part, je continue de considérer les travaux de BAN comme ceux d'un groupe de musique, ce qui n'a rien de réducteur. En illustrant "Level-2" d'un "tout est et demeurera intact, inaccessible au moindre embryon de concept", Blut aus Nord nous prévient de fait de toute tentation intellectuelle qui consisterait à n'écouter sa musique qu'une fois celle-ci mise en perpective d'une pensée globalisante sur le tout, le rien, le monde et la vie et la mort et j'en passe. Qu'on le veuille ou non : "Thematic Emanation of Archetypal Multiplicity" est un disque, rien de plus, et surtout, rien de moins. Les trois pensées qui accompagnent les trois "Level" sont d'ailleurs particulièrement claires, et closes. Elles n'appellent ni interprétation, ni approfondissement ni récupération : elles ne sont que simples expressions... tout comme le sont les cinq pièces de ce disque. Car si Blut aus Nord avait choisi de se laisser entièrement dominer par les constats dont il nous fait part : il se tairait, il se tuerait, purement et simplement. Pourtant, BAN vit... BAN crée... BAN s'exprime, et le justifie pleinement par un "Art has no limits" qui résonne (mais oui!) comme une déclaration d'idéalisme optimiste résolu : rien ne sert à rien, mais il nous reste l'art. Voici donc cinq sentiments, cinq visions, cinq illustrations de différents malaises dont le but inavoué (quoique...) n'est autre que la conjuration de l'abîme vers lequel penchent, c'est un fait, les membres de Blut aus Nord. Qu'en est-il, alors, de cette musique présentée par BAN ? Première constatation : elle fait désormais fi de toute violence explicite, y compris sur "Enter" et "Level-1" qui font pourtant la part belle aux guitares chaotiques et dissonantes dont "The work..." marquait l'apogée. Deuxième constatation : elle abandonne la vitesse à l'impact désormais jugé illusoire au profit de la pesanteur et de la linéarité, dans un but décérébrant. "Enter" est sans doute la pièce la plus musicale du lot, rythmique industrieuse et tribale, accords de guitares difformes, et ce "soliste" au loin dont les plaintes aiguës et sombres jouent avec les harmonies en place, révélant la présence de mélodies possibles, dans une quête incontestable de beauté. Particulièrement saisissant, ce premier titre finit avalé tout entier par "Level-1" qui en reprend les composants sonores : rythmiques tribales aux toms, 300 tonnes à la minute (300 tpm pour les pros), guitares de plomb et dissonances désespérantes, et un travail particulièrement réussi et dérangeant d'une lead dont les vagissements plus aigus transcendent littéralement le magma apparemment informe aux allures d'Abruptum qui constitue la matière solide de la pièce. Encore porteuse du legs de "The work...", "Level-1" en approfondit le vocabulaire en le débarrassant de ses tics black metal : la vitesse, la violence, l'occultisme singé par des accords arbitraires ; Blut aus Nord n'est ni dans la rage, ni dans la haine, ni dans leur courant d'expression le plus accessible de là où il se trouve : le satanisme, l'apologie du mal, dont il se gausse depuis déjà depuis plusieurs années. "Nothing is" est ainsi une réussite notable, en affirmant haut et fort que BAN n'a pas décidé de venir de nulle part, ni de tout remettre à zéro comme pourrait le laisser penser la suite des évènements, mais qu'il poursuit sa route, fort de ses acquis et expérimentations, afin de mieux se soustraire à toute forme d'étiquette. "Level-2" et "Level-3", dark ambient minimaliste et répétitive en écrin à une basse motrice (Level-2) puis organique (Level-3), semblent révéler les nouveaux terrains d'explorations et d'expressions de nos normands préférés ; la vacuité, oui, est ici signifiée, symbolisée par une sobriété, malheureusement trop peu génératrice d'échos pour hisser les deux titres du rang d'expérience sonore à celui d'œuvre aboutie et suffisante. "Level-2" est certes libellé d'un "(...) tout demeurera intact" qui éclaire largement sur la linéarité choisie, mais le traitement trip-hop assez convenu du son de la batterie (batteur ou B.à.R quelle importance...), la ligne de basse à l'efficacité indéniable n'en demeure pas moins une récupération un peu littérale des ambiances hypnotisantes et abrutissantes d'un Massive Attack période "Karma coma". Et ce ne sont pas les spectres des claviers qui passent dans le lointain comme pour ouvrir l'espace claustrophobe du tout à plus de profondeur et d'horizons qui fera la différence, bien au contraire. "Level-3", certes, va plus loin. Plus riche de sons, notamment ceux qui ouvrent la pièce et se trouvent à mi-chemin entre cloches et vortex; plus dérangeante et intense grâce à une basse fretless qui s'ouvre et se ferme comme un halo tangible de matière inconnue ; plus méditative malgré tout, grâce à la présence de chants rituels et de percussions plus ethniques, acoustiques et charnelles, loin de la marche mécanique de "Nothing is not". Mais malgré leur travail de détails : petites ruptures, micro évènements sonores et inflexions structurelles, ces deux travaux d'atmosphères, ces deux plages de méditations n'atteignent que partiellement leur but : Blut aus Nord, on s'en doutait, a encore un peu de mal sur des pièces aussi sobres, à dévoiler son âme... sans doute de peur qu'on ne la voie, révélée et trônant au cœur d'un tel silence. Cinquante secondes seulement pour "Exit", mais la boucle est bouclée ; la sortie n'est possible qu'au travers de l'asile, et donc de la folie... une folie exprimée par des reflets bouddhistes, car il n'y a en effet rien d'étonnant à ce qu'une pensée comme celle de BAN associe à la croyance, quelle qu'elle soit, et y compris la sienne, le sentiment d'aliénation. Il me semble léger, voire insultant pour eux, d'imaginer que les membres de Blut aus Nord nous ont amené quelque chose qui fasse l'éloge du vide ou signifie le rien. Ils sont trop malins pour tomber dans ce type de paradoxe : fabriquer un objet, produire de la matière, du son et de l'émotion est en soi l'opposé de la résignation. BAN vit... BAN crée... BAN, soyez en sûr, continue à rêver : car "Art has no limits"... and Art is what they choose.

note       Publiée le vendredi 22 avril 2005

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Demonaz Vikernes › lundi 4 décembre 2017 - 15:33  message privé !

Un mini en dents de scie. Enter & Level-3 sont de belles réussites. Le reste est dispensable.

Note donnée au disque :       
Nokturnus › mercredi 16 juin 2010 - 12:47  message privé !
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du coup, je me réponds à moi même et pour ceux que ça intéresse : Furthermore, the Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity laboratory will open its gates once more to give birth to an experimental virus called 777. Starting where "Procession Of The Dead Clowns" left off, the band will explore new sonorities and will develop a heavier, more powerful, emotional and industrial music.

Note donnée au disque :       
Nokturnus › lundi 2 février 2009 - 23:01  message privé !
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Du nouveau sur le projet Lighteater ?

Note donnée au disque :       
Aetius › dimanche 7 septembre 2008 - 08:16  message privé !
à voir sur youtube: le clip de jan svankmajer illustrant "nothing is"
dorkas › jeudi 3 avril 2008 - 09:43  message privé !
Très bon album. Trop court moi. Mais ne vous inquiétez pas les petits. LA horde vient de monter un nouveau projet LIGHTEATER qui est la continuite de ce projet : mélange de métal, indus, dark ambient, triph hop et abstract hip hop. Moi j'attend avec hate. L'album sort en 2008 chez appease me