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Rage Against The Machine › Renegades

cd • 14 titres • 60:36

  • 1Microphone Fiend [Eric B. & Rakim]
  • 2Pistol Grip Pump [Volume 10]
  • 3Kick Out The Jams [MC5]
  • 4Renegades Of Funk [Afrika Bambaataa]
  • 5Beautiful World [Devo]
  • 6I'm Housin' [EPMD]
  • 7In My Eyes [Minor Threat]
  • 8How I Could Just Kill A Man [Cypress Hill]
  • 9The Ghost Of Tom Joad [Bruce Springsteen]
  • 10Down On The Street [The Stooges]
  • 11Street Fighting Man [The Rolling Stones]
  • 12Maggie's Farm [Bob Dylan]
  • bonus
  • 13Kick Out the Jams (live)
  • 14How I Could Just Kill a Man (Live/feat. B-Real and Sen Dog)

line up

Tim Commerford (basse), Tom Morello (guitare), Brad Wilk (batterie), Zack De La Rocha (voix)

remarques

Certains pressages limités contenaient en deuxième disque bonus des live de "People of the Sun" et "No Shelter".

chronique

Styles
hardcore
hip-hop
rock
Styles personnels
this song kill fascists

J’y ai mis du temps, mais avec les années ce Renegades a fini par s’imposer comme la quintessence absolue de Rage Against The Machine. L’album à garder pour l’île déserte, la suprême déclaration d’amour au rock’n’roll et au hip-hop dans un même mouvement, deux musiques de testostérone (hormone présente chez les deux sexes, petit rappel de cours de 4ème), deux musiques de rébellion bravache, de romantisme buté et de grands coups dans le bide affectueux. Tu croyais que le rap, ça se pogotait pas, écoute un peu l’ouverture, Microphone Fiend, ça s’appelle, c’est d’Eric B & Rakim et ça poutre le monde entier avec deux pauvres riffs simples comme une ruade de taureau dans la gueule d’un matador. Depuis Bulls On Parade on sait que Ratm est cette machine à la fois musculeuse et anti-pose machiste, à la fois animale voire bovine et totalement inhumaine dans sa colossale ferraillerie, comme le T1 devenu gentil, celui qui dégomme tout le monde avec une dégaine de méchant plus méchant que le vrai méchant. Renegades aurait pu s’appeler "hasta la vista baby" que ça m’aurait pas dérangé. Tout le monde aurait crié à la blague pourrie venant d’un groupe ayant lamentablement raté à acquérir sa crédibilité de groupe rebelle et politisé auprès des gauchistes et des mélomanes, mais moi j’aurai compris. Renegades n’est pas un album de reprises. C’est avant tout l’album d’adieu d’un des plus grands groupes de rock du monde. Ensuite, et seulement ensuite, c’est un disque au concept limpide et digne de l’ultime kata exécuté par l’élève face aux maîtres, qui peuvent désormais se retirer derrière la montagne en laissant s'échapper "je ne peux plus rien t’apprendre, va, mon fils, et KICK SOME FUCKING ASS !". Quel concept limpide, me direz-vous, vous qui suivez cette chro en vous inquiétant de sa longueur et du fait que je n’ai pas encore parlé musique ? Eh bien le concept des reprises méconnaissables ET qui enterrent les originaux. C’est pas compliqué, les deux seuls titres à ne pas être battus à plate couture par leurs reprises sont Street Fighting Man (dont il est compréhensible de préférer une bonne version live des Stones, bien suppurante de basse sous-jacente, ici c’est plus Rollins Band que Rolling Stones) et Down On The Street, l’originale étant insurpassable, même si Rage livre avec cette version atomique l’un des titres les plus défoulants qui soient. S’attaquer aux Stooges de Fun House, si c’est pas un acte de bravoure du genre dernière épreuve du feu du petit scarabée, ça… Ce qui veut dire que même Kick Out The Jams du MC5, pourtant en version ralentie et sûre de sa puissance, est supérieure à l’originale. Surtout dans sa version live, bonus indispensable de certaines éditions CD, et qui rétablit l'indispensable "Kick Out The Jams, Motherfucker!". Ghost of Tom Joad est peut-être la plus impressionnante, même si elle date de 97 contrairement au reste du disque. C’est aussi celle qui ressemble le plus à une chanson typique de Rage période Evil Empire. Un gros blâme tout de même au groupe pour ne pas avoir été foutu de citer le moindre crédit sur la pochette ou dans le livret, c’est bien simple, il n’est écrit nulle part que ce sont des reprises ! Pourtant avoir précisé cela aurait permis tout un chacun de se rendre compte que Rage (qui reprenait NWA et Public Enemy sur scène à ses heures) a ni plus ni moins que coupé la poire en deux et balancé près de la moitié du disque en reprises hip-hop ! Et là, force est de reconnaître que ce sont loin d’être tous des classiques, EPMD n’étant pas forcément très connu, quand à Pistol Grip Pump de Volume 10, c’est le genre de titre culte dont seule une reprise pouvait assurer une postérité, et les refrains en forme de double mouvement "recharger-tirer" du fusil à pompe ne gâchent rien. Le génie de Rage est bien sûr précisément de garder le même style inimitable sur un titre hip-hop early 90’s obscur que sur des énormes classiques de la fin des années 60. Ces mecs pourraient chanter "Milles Colombes" que ça en deviendrait un morceau de Rage, tout pareil. Morello n’a jamais été aussi concis et efficace qu’ici, la batterie n’a jamais autant claqué sévère, et la basse, awww, la basse. Érectile façon Geezer Butler sur le langoureux Kick Out The Jams (je veux une version chantée par John Garcia, pour voir), elle se fait annonciatrice d’orage sur Renegades Of Funk, tout simplement la meilleure chanson de Rage. Plus une compo originale qu’une reprise, d’ailleurs, ou alors aussi créative qu’Hendrix reprenant Dylan, c’est un chant de ralliement, une fresque embrassant du regard 40 ans de luttes pour les droits civiques et de musique associée, de la soul au hip-hop et maintenant ce rock fusion hybride, ayant recraché tout superflu pour ne garder que le groove. Beautiful World, qui succède, est d’autant plus cruelle avec son vide existentiel la gorge nouée. Relecture guitare sèche/voix d’un titre de Devo à l’origine drapé de synthés ronflants cyniques, ici c’est de loin le morceau le plus sincère et désabusé du groupe, quasiment une note de suicide pour un De la Rocha qui allait disparaître de la vie publique à de rares exceptions. Voilà un titre qui à lui seul devrait répondre à toutes les contradictions – certes vertigineuses – pointées par les détracteurs du groupe depuis le début. L’album se termine avec une version transfigurée de Maggie’s Farm de Bob Dylan, qui semblait attendre patiemment dans les sillons de Bringing It All Back Home depuis 1965 que quelqu’un vienne la dynamiter, comme un cocktail Molotov sans allumette. Un petit côté Woodstock, vite balayé par la prod énorme de Rick Rubin. Le groupe est sans doute conscient que depuis l’époque, les années Thatcher - et la reprise des Specials ! - sont passées par là, donnant un nouveau sens au morceau. Je conclurai en indiquant que Renegades, bien qu’étant le disque le plus carré de ses auteurs avec Battle of L.A., est aussi le plus direct, le plus immédiat, comme se doit de l’être ce genre de musique. Qu’on s’intéresse au rock lourd ou bien au hip-hop à vrais instruments, Renegades est indispensable à toute discothèque qui se respecte, et les possibilités d’explorations qu’il ouvre par chaque titre sont fantastiques.

note       Publiée le lundi 25 mai 2015

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chronique

G majuscule, pour le Groove ! Yeah/Yo, tu sais plus trop... L'album le plus puissant de Rage Against The Machine, sans aucune contestation possible. D'ailleurs j'ai pas pu retenir Dariev d'en faire éloge, et il a chiément bien fait porter son nom à sa ville de résidence le temps de rugissements limpides : "I AIN'T GONNA WORK FOR MAGGIE'S BROTHER NO MORE". OK, OK... Mais tu as été esclave de Grooves of Darkness sur ce coup-là, jeune lyonnais. Parce qu'il faut dire que Renegades claque tellement son groove sur la table que c'en est obscène. Ce skeud, c'est un peu comme si un rasta tout rouge de motherfuckin'colère et portant un tee-shirt Che Guevara te déboîtait le caisson au pied de biche. Sans prévenir. Mais tu adores ça, évidemment. Neo-metal, viens là petit con en baggy -> YOU FUCKIN' FLUSH YOURSELF IN THE TOILETTES !!! And toi don't remonter à la surface ! Pas le meilleur RATM : le plus puissant, le plus bourrin, le plus... armé. Un truc à ranger idéalement entre un skeud de boom bap qui bute et un Unsane qui bute, pour tout vous dire. Probablement l'album de reprises le plus incontestablement trouant dans l'exercice, soniquement parlant. Et les versions originales sont souvent pas dégueu, voire mortelles ! Mais celles qui n'étaient pas devenues désuètes le deviennent instantanément, rendues mortelles... hormis peut-être le flow sur la Rakim (Zackou est évidemment une quiche à côté mais le son derrière débourre velu) et la ballade de Bruce Springsteen, pure subjectivité mais c'est le vécu aussi, et puis la version n'a absolument rien à voir pour le coup, on passe d'une ambiance sociale-cotonneuse déprimante au groove hard rock incompressible qui donne envie de fracasser des poubelles en feu en hurlant "Yo Chi Mihn !" - euh... "You'll see me !" Y m'fera pas croire qu'il a pas hurlé un message subliminal, le Zack - et hurler un message subliminal c'est assez balèze ouais ; et puis faut dire qu'il vocalise souvent comme s'il avait une poignée de ferrero rochers dans chaque joue. Son qui crrrroustille, qui crrrrrunch ! CRUNCH CRUNCH CHKRONK MIOM... Album de reprises enflé, musculeux et ultra-limpide. Peu de choses à rajouter à la chro passionnée de Dariev : ces reprises butent, voire surbutent, même si je garde toujours un certain sentiment aigrelet à l'égard du MC La Rocha, qui ici s'essaie à l'émotion sur une reprise brute et sans beat des grinçants scientifiques de la De-volution, il faut dire que ses trois potes envoient du gros copeau... À la sortie j'avais été soufflé par cette puissance, et je le suis encore. Le plus puissant étant les reprises de rap : ça chie dru ! D'ailleurs je peux pas écouter la version originale de "How I Could Just Kill A Man", elle fait trop pitié à côté. Je crois qu'à la sortie je kiffais surtout la meuchante reprise de "Maggie's Farm" et surtout les reprises de hip-hop, mais tous les morceaux à part "Beautiful World" ont un peu la même gueule, et nous laissent la nôtre avec la banane. Le son RATM est massif, comprimé, son groove totalitaire est imparable. Je préfère l'atypique Evil Empire, qui m'a soufflé avec le recul et le vécu comme un petit rice krispie insouçiant, mais Renegades est incontestablement une punition au moins au niveau de celle infligée par leur premier album ! Pensez au cliché le plus répandu sur les noirs - oui, celui-là - et prévenez votre cérumen qu'il va se faire comprimer la gueule jusqu'au fond des cages à miel par cette force "G".

note       Publiée le lundi 25 mai 2015

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Note moyenne        9 votes

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dimegoat › lundi 20 juillet 2020 - 09:19  message privé !

Étonnant album dont j'ignorais à peu près l'existence et qui m'a bien plus accroché que les deux précédents. Certains morceaux rap sont méconnaissables et je regrette presque qu'ils n'aient pas passé In My Eyes à la moulinette funk.