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Suprême NTM › Suprême NTM

  • 1998 - Epic, EPC 489766 1 (2 vinyle)
  • 1998 - Epic, EPC 489766 2 (1 cd)

cd | 16 titres | 54:29 min

  • 1 Intro
  • 2 Back Dans Les Bacs
  • 3 Laisse Pas Trainer Ton Fils
  • 4 That's My People
  • 5 Seine-Saint-Denis Style
  • 6 Interlude
  • 7 Ma Benz
  • 8 C'est Arrive Pres D'chez Toi
  • 9 On Est Encore La (I)
  • 10 Odeurs De Soufre
  • 11 Je Vise Juste
  • 12 Pose Ton Gun
  • 13 Respire
  • 14 On Est Encore La (II)
  • 15 Hardcore Sur Le Beat
  • 16 Outro

extraits vidéo

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line up

Kool Shen & JoeyStarr (MC's, productions)

Musiciens additionnels : Busta Flex (MC), Lord Kossity (chant sur "Ma Benz"), Jayhze (MC), DJ Spank, Sulee B Wax, Sully Sefil, Daddy Jockno, Zoxeakopat, Willie Gunz (productions), DJ James, Naughty. J, Madzim (scratches), Mass (MC), Cédric Dumond et Michel Raimbault (policiers de l'intro)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
rap conscient (de sa supériorité)

Nettoie Ta Maison sur guts of darkness ! Enfer et damnation, trahison, prise en otage de la ligne éditoriale dans une cage d’escalier insalubre, tout ça… Sauf qu’en fait non. En fait, à partir du moment où un certain Progmonster a décidé, seul contre à peu près tout le lectorat, d’introduire le hip-hop sur guts, c’était une simple question de temps avant que l’un des plus grands albums de rap de tous les temps déboule avec la seule note qui lui soit due. Non, je ne parle pas de Public Enemy, mais mieux que ça, je parle du plus rock’n’roll des albums de rap, de l’équivalent minéral et hip-hop du Fun House de qui-vous-savez (en dose d’adrénaline), du seul et unique disque où les beats ne sont pas des beats mais des coups de bastos dans les tempes, les basses ne sont pas des basses mais du terrorisme, et où tout converge pour pulser à tout rompre, faire sortir de leur gonds les membranes de vos enceintes, faire trembler les murs jusqu’au voisin de 3 étages en dessous (demandez-lui). Même si au final la tenue de ce LP4 doit énormément aux quelques singles de la première moitié et au missile qu’est "Back dans les Bacs", toute réticence est balayée par l’infernal assaut perpétré ici, qui mets clairement la concurrence – oui, même I Am – à l’amende niveau production. Niveau flow aussi, les progrès sont énormes, rien dans la carrière jusqu’ici très influencée jazz-rap de NTM ne laissait augurer d’un tel carnage en règle. LP4 impose de laisser au vestiaire tout le bagage émotionnel attaché à NTM, car en vérité je – nous – vous le dis(ons), aucun ragot, aucune actrice, aucune marque de fringue, aucun retournage de veste, aucune reprise puante de George Moustachu, aucune couv de Rock & Folk, aucun rôle de flic, videur, contrôleur de RATP ou agent du fisc ne pourra jamais effacer l’ineffaçable : ce disque mérite qu’on l’écoute à toco et qu’on prenne sa tatane avec déférence. Le reste n’est que show-business. De l’extra-musical, cette denrée qu’on donne aux durs de la feuille pour avoir un peu de feuille de chou. Ça inclut même… le côté social des textes, "conscious" diront certains, la bonne blague à mon avis… ça ne me paraissait pas hyper "conscient" NTM à l’époque moi… ça serait pas le rap mainstream qui serait devenu plus bas du front, par hasard ? NTM ça s’apprécie pour le son des mots (et onomatopées, scratches et autres hectolitres de postillons) et rien d’autre, même si "Odeurs de Soufre" ("le soufre de l’individualisme") par exemple, est un constat instinctif et juste, purement sensoriel à l’image du disque, bien plus qu’un rap moralisateur et revendicatif. Trop fiers pour rester sur l’anxiété comme I Am, NTM laisse planer le doute sur quelques punchlines du genre "qu’est ce qu’on attend pour foutre le feu / juste d’être un peu plus nombreux…" (les trois petits points s’entendent) ou "pas de solutions données / mon plafond reste ton plancher". Même dans l’exercice si désuet et ingrat de la punchline, NTM reste indétrônable. Il est logique, finalement, qu’un tel disque ne laisse derrière lui que des années de silence discographique et d’amertume des fans comme des détracteurs : NTM avait placé la barre trop haut, exterminé la concurrence, et choisit ensuite de se barrer avec la thune. J’ai beau avoir poussé au milieu des romarins et des grandes gueules en survet OM, ne jurant que par I Am et le flow école marseillaise, il y a des évidences qui sont trop grosses pour les nier.

note       Publiée le samedi 2 mai 2015

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

  • Method Man › Tical
    Method Man - Tical
    Sample de « What The Blood Clot » sur That’s My People, sur fond de piano piqué au prelude op.28 N.4 de Chopin.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
boom bap noir goudron > fonk bestial

"J'suis le graffiti sur les murs"... Y a comme une vieille odeur de 9-3 dans le coin, vous sentez ? Oooh, vous sentez ce son ? CH'BOM - Coup d'boule dans l'plastron ! Chant du cygne aux teintes corbeau, pur pugilat stéréophonique, le crépuscule du rap hexagonal avant son hiver nucléaire précédé par cette explosion sans suite : LP4 (pour les intimes), ou l'album final et souverain du boom bap français, la dernière attaque en commando compact sur un secteur déjà en décomposition. Je pourrais citer quasiment chaque titre de cet album, je les connais par cœur, la plupart me sont presque aussi communs que mes valseuses. Ou les valoches sous mes yeux, semblables à celles de Joey bien que les vapeurs d'herbe me soient moins qu'occasionnelles. Je vais devoir faire kilogramme et kilométrique, ctrl+roulette si tu kiffes pas (sombrexoumouk viendra à toi), mais obligé sur ce coup-là. C't'aussi pour ça que l'collègue Dariev est juste au-dessus en soutien, il vous évite une lecture indigeste, et il sait de quoi il cause. Le hip-hop, pour l'objectiviste castré de la passion - ou l'esthète éthylique - est un art mineur, mais c'est surtout une musique si puissante quand elle peut et veut, qu'elle me donne toujours envie de citer la célèbre sentence de Lemmy Kilmister, qui n'a aucune estime pour le rap mais qui gardera toujours ce bon sens propre aux vrais papys : "il n'y a que deux sortes de musiques : la musique que j'aime pas, et la musique que j'aime". Et le quatrième NTM, c'est de la musique que j'aime. C'est de la musique laide (notion très subjective), vulgaire, et basique. Mais c'est de la musique qui m'imprime deux coups de poings dans la gueule et un bon coup de genou dans les burnes - simultanément, et avec l'écume aux lèvres. Le cerveau dans la bouche- cerveau modeste mais grosse bouche - opérant sous la carapace du Juggernaut : toute leur disco passée est pliée direct par cette jouissive augmentation de cylindrée. LP4, c'est du hip-hop à plein débit, donc de la puissance en barre de titane, en blocs serrés dans les enceintes. Brutal funky shit de béton, à la 9-3 transformé-compacté en gros vibromasseur-pilon de baffles le temps d'un disque compact comme un pain de shit plus coton à dissimuler que la gaule du Maniac sur l'affiche. Un bon son brut pour les truands, avec un enrobage mélancolique-mélodique juste assez entêtant pour faire passer ça de façon fluide, exactement comme les couleurs bleutées-noires de la pochette. Comme dans Heat. Ou King of New York. Vous pigez mieux ? En 1998, LP4 nous offre, dans un écrin rigoureusement impeccable, des beats comme on en fera bientôt plus du tout. Du vrai gros boom bap, pur rap d'homme sur charley, la dernière et intense secouée de leaders sur le point de vieillir. Et qui sont nostalgiques, mais plus que jamais gonflés à bloc d'énergie noire, comme Dark Vador ("Respire", Darkou, ça va passer) en érection sous son armure devant l'Empire ayant atteint son apogée avant sa chute, qui sait que ce petit hippie de jedi tout excité par ses tous nouveaux pouvoirs devra d'abord lui passer sur le corps avant d'espérer gagner. Et ça va se jouer serré, car Dark Sidious est aux manettes tapi dans l'obscurité pour générer un son puissant avec un arsenal ultra-restreint : le jazzy-spliff est devenu un brutal funk nocturne à s'en damner, avec des samples et des beats inattaquables... en tout cas guère plus que ceux de Mobb Deep du temps de leur suprémacie sur le secteur du rap hardcore. Avec des craquements de wax, de la funky shit en barres de traction, et tout ce qu'il faut pour se sentir con boulon. Deux flows soudés en combo fatal opèrent en osmose dans ce container charbonneux. Rigoureusement inattaquables eux aussi. Essayez de débiter les mots comme Kool Shen si vous pensez que c'est juste du blabla de prolo sans musicalité... Essayez de coller d'aussi près à ces rythmes en béton armé comme il le fait, en question-réponse d'humain à kick organique pur. Vous allez devoir bosser dur, pendant dix ans minimum comme lui, pour arriver à ce niveau de pureté de gosier. Certes, ce disque n'est que la version française du rap sombre conscient tel qu'il était pratiqué à New-York entre 1994 et 1997. Une rame RER de retard sur les ricains, toujours... Mais cet album soutient la comparaison sans problème. Ce son TABASSE, bordel de merde. C'est du bitume brut enrobé de sirop de myrtille. C'est GRAS et ça COLLE AU CASQUE. Certes, leur volonté d'éveil social est un peu éventée depuis qu'il sont devenus rentiers de leurs royalties, mais ce fond stratégique ne parasite en rien la puissance du son. Et on peut se marrer autant qu'on veut de ce qu'est devenu Joeystarr, hein, je suis pas le dernier à gerber devant les tabloïds qui le présentent comme un artiste sensible et honnête. Mais tout ça n'est que de l'avis extra-musical balayé par le rythme-parpaing fourré dans sa doudoune de brutasse de la cité. Charisme, brutalité. Il n'est ici question que du FLOW concernant l'antipathique Jaguar. La détestation pour cet affreux jojo en a trop poussé à éluder. Le flow de Joeystarr était tout bonnement l'un des plus bestiaux qui soient ; impulsif et âpre, très Onyx ou Ol'Dirty Bastard dans l'esprit. "Laisse pas traîner ton fils" ou "Pose ton Gun" vous restent en travers de la gorge comme l'hypocrisie d'un voyou repenti ? N'écoutez pas les paroles : fixez juste ce son... La petite vocalise r'n'b de la première est peut-être en trop, comme cet interlude merdique avant leur gros tube sexuel à berline, mais ça restera le seul truc un temps soi peu féminin du LP4 : le reste n'est que pur groove bitumeux et épais. Car le but principal dans ce skeud n'est pas de faire passer un message : il est juste de concasser les baffles, de débouler gorge nue pour enfoncer des portes blindées, a.k.a. les tympans des pisse-froids. "Ma Benz" vous gonfle à cause du ragga odieusement grailleux de Lord Kossity ? Ses basses terrasseraient un mammouth aussi certainement que du Techno Animal. Oui... Titre gonflé à bloc. Cette intro aussi conne que jouissive avec les flics de la BAC (ou de la BRI ?) dit tout, finalement. "Back dans les Bacs" : si débile, avec ces intonations maboulo-simiesques... mais si puissante ! "Seine Saint-Denis Style" dégage encore plus d'énergie anti-porc pur porc, hautement galvanisante, comme si des crochets de Mike Tyson étaient incarné en son. "Je vise juste" débourre comme du Onyx pour hommes, "Hardcore sur le beat" est résumée par son intitulé explicite. Quelle est la différence fondamentale entre ces quatre-là et un bon gros morceau de Slayer ? L'effet chez moi est le même : ça me dévisse les cervicales, et ça me chie dessus. LP4 cogne sèchement mes enceintes, autant sinon plus que les shreds de Kerry King. Juste pour vous signifier combien ce son n'est en rien de la variété, même si c'est paradoxalement leur prod' la plus accessible : c'est radicalement boom bap, certes enrobé de jolis samples de piano très mélo au besoin, mais impossible de résister aux coups de boutoir forcenés qu'ils infligent sur les morceaux les plus impulsifs. Et puis, comment préférer n'importe quel autre de leurs albums à celui-ci, tellement plus efficace et sombre ? LP4 est l'un des disques de rap les plus homogènes et directs qui soient, et sa durée est parfaite. Peut-être le meilleur album de pur hip-hop sorti en 1998, tout secteur confondu. Le dernier baroud des meneurs, avec une larme au coin de l'œil, de nostalgie, de regrets, de dégoût, de calcul. Et de certitude, adulte et collante comme l'échec, que quelque chose sera à jamais perdu... Parce que cette outro, si c'est pas quelque chose d'intimement funèbre, autant que le dernier souffle d'un vieux taureau de combat trépassant après son ultime charge féroce, j'veux bien m'en croquer une façon quetsche. Elle s'efface lentement en fade out au gré des flashbacks d'un passé chaud, bribes de souvenirs murmurés et laissés sans réponse. Et nous laisse au hip-hop des années 2000... à Lunatic, et aux autres qui suivront jusqu'à aujourd'hui, bien plus minables encore. On sait que c'est "la der des der" pour le Suprême, et pour une bonne raison : ils ont dit tout ce qu'ils avaient la capacité de dire depuis leur carcasse de banlieusards vétérans. Leur époque d'insouciance rebelle est révolue, et elle laissera la place au rap sans âme pour grosses bagnoles tunées - que, ô succulente ironie, cet album est l'un des rares à pouvoir faire trembler, à un point indécent. Vrombir et puis mourir... Comme l'a écrit le solennel Sheer-Khan à la fin de sa chronique du premier Pearl Jam : cette note est explicite, et elle n'engage que moi... Et mon casque audio, qui fume encore au moment où je pose ces lignes finales.

note       Publiée le samedi 2 mai 2015

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Klarinetthor › mercredi 21 septembre 2016 - 01:16  message privé !

Qu'est que ce que ca decrit bien ce qui n'est a l'epoque que le futur, plus encore qu'IAM, on sent qu'ils avaient les doigts dans les prises de l'etat social.

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M-Atom › jeudi 12 mai 2016 - 10:54  message privé !

ré écouté dernièrement...j'ai trouvé que ca commence doucement a mal vieillir quand même ! je trouve qu'en comparaison les classiques du rap new yorkais des 90's (les vieux mobb deep, nas, cnn...etc) passent bien mieux l'épreuve du temps !

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Jesuis › samedi 12 décembre 2015 - 18:56  message privé !

Le nouveau projet caribbean dandee de joey starr donne des grosses baffes

Raven › vendredi 8 mai 2015 - 19:50  message privé !
avatar

"Ma Benz", les basses bordel de merde...et même sans ça, je vois vraiment pas ce que ça a de plus honteux que de kiffer un gros morceau d'EBM gay ou du bm avec un son de biscotte et un ado à peine pubère qui fait des mimiques de l'exorciste. "À ton contact, je deviens liquide, c'est comme un trou intemporel" uhuh, en plus ce cancre de Joey Morville invente de nouvelles expressions poétiques sans le vouloir, et le 'tos n'est pas en reste avec ses allitérations qui se touchent.

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dimegoat › vendredi 8 mai 2015 - 19:31  message privé !

Plaisir coupable, j'aime bien "Ma Benz". Je frissonne plus de honte sur quelques passages d'Odeur de Souffre ou de Pose Ton Gun

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