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Rage Against The Machine › Evil Empire

  • 1996 - Epic, EK 57523 (1 cd)

cd | 11 titres | 46:34 min

  • 1 People Of The Sun
  • 2 Bulls On Parade
  • 3 Vietnow
  • 4 Revolver
  • 5 Snakecharmer
  • 6 Tire Me
  • 7 Down Rodeo
  • 8 Without A Face
  • 9 Wind Below
  • 10 Roll Right
  • 11 Year Of Tha Boomerang

enregistrement

1995-1996 - Cole Rehearsal Studios, Los Angeles

line up

Tim Commerford (basse), Tom Morello (guitare), Brad Wilk (batterie), Zack De La Rocha (voix)

chronique

Spécial, ce RATM ? Le plus spécial sans nul doute. Même au temps de ma détestation je le sentais comme ceci, rêche et revêche, instable, scarifié du funk. Il m'avait bien rebuté, alors. J'étais dans ma période hard rock, je trippais sur les riffs plus phat des trois autres, plus basiquement et rigoureusement efficaces, alors que celui-ci sonnait à mes oreilles - je m'en souviens comme si c'était hier - comme une version famélique, biscornue de RATM, comme un album frustrant, ou la saine colère et la puissance du premier était devenues un jeu du chat et de la souris, à qui sortira le break le plus pété ou l'effet le plus noisy. En réalité, avec recul et plusieurs années passées à écouter toutes sortes de groupes alternatifs, Evil Empire m'apparait - à l'image de sa pochette séductrice/vicieuse dont l'anti-américano-impérialisme ambivalent façon détournement d'affiche propagandiste servirait de couverture idéale à un essai de Clouscard - comme un album insidieux, sournois, un album où la colère adolescente poing tendu s'est muée en sourde violence d'adulte, un rock où on devine plus les types prostrés sur eux-mêmes, faisant toutes sortes de grimaces dents serrées, entre douleur et jouissance virile d'eux-mêmes. Des micro-jams vicelardes, un feeling reptile, une noirceur sinueuse, et ce dès les contorsions et distorsions funky-malsaines de "People of the Sun". Bien des titres suintent d'une bestialité retorse, tel "Bulls on Parade", ou "Vietnow" avec son break qui patauge dans un genre de doom funk... «Fear is your only god». On sent un RATM qui se trifouille dans les tripes, qui crache des copeaux de métal biscornus par-dessus ces rythmiques toujours aussi galvanisantes, qui rampe pour mieux attaquer ("Without a Face", terrible). C'est quand la branlée de groove stoppe pour laisser place à ces parties calmes et ces murmures précédant une explosion délicieusement imminente, que réside toute la force trouble de Rage Against The Machine. Morello est plus étrange que jamais : il riffe toujours dru et heavy seventies, mais fait dans l'expérimental, l'hypnose façon charmeur de serpent, l'intro psychédélique ("Revolver") ou l'abstraction noise rock pure ("Wind Below"), comme un post-hardcore à injection massive de groove. Car tout ce venin fusionne dans la chair ferme d'un corps sculpté par le street workout. Le poison et le muscle. Spécial, vraiment, et totalement unique... Nettement plus vil que le premier album, sans hésiter. Vous pourriez penser que je surnote, malgré mon antipathie modérée vis-à-vis de Zack De La Rocha... Vous auriez tort. Pour toutes ces gutsiennes raisons, et aussi étrange que ça puisse paraître à déclamer venant d'un type comme moi qui ne les a jamais encadrés que très occasionnellement et d'assez loin : leur seul album méritant l'appellation grower, et, sans le moindre doute, le seul qui soit totalement à sa place dans nos pages, et auquel je ne puisse mettre sans me mentir qu'une note maximale. Rage Against The Mushine.

note       Publiée le lundi 25 mai 2015

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chronique

Styles
funk
hardcore
fusion
hard rock
rock alternatif
noise rock
Styles personnels
ouragan fourbasse

J’ai buté un nombre incalculable de fois sur cette chro, d’un disque que je connais par cœur depuis des lustres, comme les autres Rage. Mais Evil Empire est vraiment un cas à part. Pour l’ado que j’étais à sa découverte, c’était de très loin de le moins bon des 4. Déjà, la pochette annonce la couleur : jaune, celle de la tromperie et du fiel, et puis tout, du titre à l’artwork en passant par les paroles qui n’ont jamais été aussi littéraires (ouais), demande interprétation, recherches de sens historique, recherches tout court… Suffit de regarder l’étalage de bouquins dans le livret. Clairement, à 15 piges, ça me passait à des km au dessus, même si je sentais bien confusément qu’il y avait plusieurs choses louches là dedans. Joyce, Henry Miller, et plus étonnant : Messner. Dont les théories démontent les "Fight Clubs" avant que le film de Fincher n’en fasse un totem de plus pour les frustrations de la génération Y, destinées à rester lettre morte comme tout le reste. Evil Empire, c’était quand même un peu de la confiture aux cochons, mais dans ces turbulentes 90’s, ce n’était que la norme. La musique, donc. On a parlé de groupe sous pression pour succéder au carton hénaurme et imprévu du premier album, ayant eu du mal à se caler en studio, avant de laisser éclater toute sa tension dans un album bien plus bordélique et saturé de mauvaises ondes (la photo du livret en dit assez long sur ça je trouve). C’est Rage en mode nihiliste, contrarié et non-rectiligne. Déjà le riff de People of The Sun serpente avant de mordre, même si Bulls On Parade et Vietnow sont les deux gros tubes ultra-dansants (Dj’s, essayez-voir), remplissant à eux seuls le cahier des charges du premier skeud, même si la spontanéité et l’effet de surprise sont tout simplement impossible à recréer. Aussi le groupe prend-il un virage sombre et expérimental (j’ajouterais même "saignant", "acéré" et "rancunier") dès Revolver, chanson anti-violence bien plus efficace qu’un "Pose Ton Gun" ("Hey Revolver, don’t mothers make good fathers ?" ça fait réfléchir, non ?). À partir de là, le groupe largue les amarres vers des terrains vagues où les balles fusent comme dans un western, tisse une ambiance épaisse comme un bunker de mort, de désolation et d’écorchures à vif, cicatrices sans cesse rouvertes et regards vitreux de haine crue. "Snakecharmer" est sur la ligne, entre la vertu du gauchiste révolté qui s’amenuise à mesure que se croisent les regards des clodos et la soif de sang du tueur qui commence à naître dans la poitrine. "Tire Me", même si elle reprend en main les opérations riffantes, n’en laisse pas moins un sale goût de coup de pompe dans la bouche. C’est mieux que si c'était du Clash, c’est de l’instantané de colère imputrescible aussi vrai que les Stooges période Raw Power (vous aimez pas Raw Power ? Dégagez), et la suite de titre qui court jusqu’à l’épuisé "Year Of The Boomerang" va enfoncer le clou. "Down Rodeo", derrière son riff qui en tartine des caisses, est le rictus de tueur qui affute son colt en attendant de dessouder du richos sur Rodeo Drive (Rue de Bervely Hills farcie de boutiques de luxe), avec ce texte qui en évoquerait presque le Revolution Blues de Neil Young… La fin du titre laisse haletant, sur le cul, on se croyait victime consentante des harangues du père De La O, voilà qu’on se sent – surprise – d’un coup étonnamment concerné, voire en empathie devant son "Just a quiet peaceful dance / For the things we will never have" beuglé les larmes aux yeux et l’écume aux lèvres, et peut-être bien le cœur en sang qui sait, après un titre comme "Beautiful World" sur Renegades, tout RATM peut être réévalué sous cet angle. Y’a pas de hasard si ce groupe m’est tombé dessus comme la vérole sur un fan de rap et de reggae, c’est de la musique pour mec en chien, de la musique pour le trottoir d’en face, celui qu’est vide à part toi et ça tous les stades remplis de beaufs en bermuda Quicksilver n’y changeront rien. "Without a Face", qui suit, est de la même trempe, cette fois sur le thème des travailleurs clandestins passant la frontière mexicaine pour se faire exploiter comme du bétail par les bourges ricains. "Wind Below" est le troisième et dernier titre à alterner groove de la mort (ces riffs télescopiques, personne d’autre joue ça !) et messages de détresse codés sous forme de gémissements d’amplis lâchés dans l’écho… Et encore une fin de morceau à la violence désespérée, comme si le groupe savait déjà que c’était foutu, que tout cela serait en vain… Les mot d’ordre (ou plutôt de désordre) lancés à la fins de certains titres semblent beaucoup moins revendicatifs que l’album précédent : "One god, one market, one truth, one consumer", ou encore "Is all the world jails and churches ?"… En fait, avec ce côté insaisissable, Evil Empire est bien le RATM qui a le mieux passé les années, et avec le recul celui dont je pouvais déjà me dire à l’époque qu’il n’était pas que vaine colère et cris de manifs un peu forcés (pléonasme), et surtout celui qu’aucun groupe de néo n’a jamais essayé de copier, même pas la peine d’essayer.

note       Publiée le lundi 25 mai 2015

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Damodafoca › mercredi 13 juillet 2016 - 18:04  message privé !

L'équation magique de leur meilleur son (comme le suivant) et de leurs meilleurs compos (comme le précédent). Donc le meilleur.

Seijitsu › lundi 25 mai 2015 - 16:32  message privé !

Tout à fait d'accord. Le RATM le plus insidieux et leur album de noise rock. Comme si Unwound avait voulu jouer du funk.

Note donnée au disque :