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Lou Reed › Street Hassle

  • 1978 • Arista SPART 1045 • 1 LP 33 tours

cd • 8 titres • 36:31 min

  • A side
  • 1Gimmie some good times
  • 2Dirt
  • Street Hassle
  • 3Waltzing Matilda / Street Hassle / Slipaway
  • b side
  • 4I wanna be black
  • 5Real good time together
  • 6Shooting star
  • 7Leave me alone
  • 8Wait

enregistrement

Enregistrements studios : The Record Plant (New York) (Ingé-son du Delta Studio : Manfred Schunke et extraits live enregistrés à Munich, Wiesbaden, Ludwigshafen (Ingé-son du Dierks Mobile Studio : Heiner Friesz) - Ingé-son : Rod O'brien - Arrangements de cordes : Aram Schefrin - - Produit par Lou Reed et Richard Robinson - Masterisé à Sterling Sound, NY

line up

Lou Reed (guitare, basse, piano, chant), Bruce Springsteen (récitation sur "Street Hassle"!), Christine Wiltshire (chœurs), Stuart Heinrich (guitare (3), chœurs (7)), Michael Fonfara (piano (4, 6)), Marty Fogel (saxophone), Steve Friedman (basse, chœurs (7)), Jeffrey Ross (guitare, chant), Michael Suchorsky (batterie), Jo'Anna Kameron, Angela Howard, Genya Raven (chœurs)

remarques

chronique

Styles
ovni inclassable
rock
Styles personnels
sombre / experimental > putride

Je pourrai vous raconter la blague de la pute camée à 100 francs du dernier étage et m’arrêter là, ça ferait une chronique dans le même esprit que ce disque : cruel, inhumain et vous laissant nauséeux, le cœur malmené et les tripes implorant pardon… Mais Lou Reed est le type le plus rancunier de la planète, et ça, vous allez apprendre à le savoir. Surtout que la méthode n’est pas de faire plier l’ennemi, comme les punks commencent à le démocratiser, mais bien de procéder à l’ancienne, façon écrivain pervers pépère, de cette grande lignée que je suis en train d’inventer en direct sous vos yeux et qui va de Isidore Ducasse à Gainsbarre. Ici, on exhibe ses plaies, un sourire édenté et brunâtre aux lèvres, et la gangrène pue tellement que l’adversaire tombe comme une mouche. Comme dans la plupart de ses disques jusqu’ici, Street Hassle contient son lot de références inévitables au Velvet Underground : un massacre futuriste et presque shoegazing de Real Good Time Together (chaînon manquant, avec Dirt et Shooting Star, entre le rock’n’roll primitif 50’s et l’abstraction noise des 80’s/90’s ?), supérieure à l’originale, et puis ce Gimmie Some Good Times qui ouvre l’album, témoin de la condition pitoyable dans laquelle le chanteur se trouve alors : on l’y entend, affalé au comptoir du CBGB’s ou de quelque bouge new-yorkais, radoter ses vieilles gloires du Velvet qu’il aura joué jusqu’à l’écœurement dans les 70’s, tandis qu’un mec se fout de sa gueule et le traite de "fucking faggot Johnson", sans réaction de la part d’un Lou Reed à la voix chevrotante, à 2 doigts de clamser là. Et ce sont les premières secondes du disque… à mon avis, l’impétrant se fait planter un opinel dès le premier refrain, tandis que Lou se lève et part à la recherche de la première pute bon marché venue : "gimmie gimmie some good times, gimmie gimmie gimmie some pain, no matter how ugly you are, you know to me it all looks the same". Les chœurs en décalage, le chant faux… tout laisse entrevoir un disque mortuaire et désabusé, et ça ne loupe pas. Ici, les nuiteuses et trans de Desolation Row ont sortis leur frou-frous moisis pour se faire choristes, et rendre hommage aux girls group de 20 ans plus tôt. Ici, les guitares n’agressent pas, elles se contentent de se déverser dans nos yeux et notre bouche comme du verre pilé, avec nonchalance, mais le poison est létal. Or, donc, à qui Lou Reed peut-il en vouloir autant ? Et bien, au monde entier, pardi ! à ses parents qui l’ont rejeté, à l’homophobie ordinaire et séculaire, à ces tarlouzes de punks qui galvaudent son fond de commerce sans balancer une seule histoire crédible, et qui bientôt prétendront avoir inventé la poudre avec l’indus, au public con comme un balai qui réclame de la nouveauté alors qu’on lui ressert de la Velvet Underground à toutes les sauces depuis 40 ans, à cette vieille chiffe de Lester Bangs qui perd son temps a écrire sur le rock au lieu d’en faire, alors qu’il a plus à dire que les ¾ des connards qu’il interviewe. Street Hassle, au final, n’est que l’album d’un homme à bout qui tente de grappiller les restes de son humanité, là, dans le sachet troué oublié sous le canapé contre le mur. La plupart du disque a été enregistré live en Allemagne, lors d’une des nombreuses tournées toxicomane de Lou Reed, mais la chanson-titre est une incroyable création de studio, où contrebasse et violoncelle rivalisent sur 11 minutes (et on sait ce que ça peut faire jaser en 78…), surpassant tout ce que Reed à pu faire un solo, y compris Berlin, en terme d’aboutissement. Comme tout être humain doué de sensibilité, je me replie en position foetale à l’écoute de ce truc et renonce à le "chroniquer" proprement dit. J’évoquerai juste la sorte de fantôme du cabaret qui surgit du fond de la nuit après Waltzing Matilda, instant de beauté invraisemblable arraché aux abysses… Et le monologue central par Bruce Springsteen, dont personne sait ce qu’il fout là, avant cet épilogue qui laisse exsangue, éberlué, entre la terreur pure, le dégoût et ce sentiment qui finit par prendre le dessus sur tout, et qui finit par tout submerger lorsque l’horreur se fait trop insoutenable : la pitié. Une pitié dont on était pourtant aux antipodes lors de la chanson d’avant, Dirt, tout simplement la plus haineuse de tous les temps, adressée à Dennis Katz, ex-manager de Lou Reed qui le poussa pendant des années à faire plus de pop à la Bowie (ce dernier n’a également pas vu la couleur de son fric dans les 70’s à cause d’un manager). Et la face B commence par I Wanna Be Black, dont je vous laisse découvrir les paroles pour comprendre le sens du décalage très particulier à l’œuvre ici. La suite semble relater la dernière soirée du condamné Reed : errance dans les ruelles de l’enfer sur terre, shoot, repli sur soi, immédiatement suivi de regrets (l’enchainement pathétique ‘Leave Me Alone-Wait’)… Moquerie, pitié, cruauté, et au final, rédemption ? Une chose est sûre, après ce disque, Lou Reed n’essaiera plus de faire dans le trash à tout prix, il aura été jusqu’au bout. Au bout de l’autodestruction, au bout du travail sur le son, au bout du décalage ironique… Un bon disque pour s’initier aux 60’s et 70’s si on veut à tout prix être choqué, ou tout simplement si on n’arrive pas à voir la profondeur, et bien souvent la noirceur, qui se cache derrière le vernis candide et "rock’n’roll" de ces années. Indispensable comme la peste.

note       Publiée le mercredi 24 août 2011

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notes

Note moyenne        6 votes

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Kollaps › lundi 25 janvier 2021 - 18:03  message privé !

Ecouter sa face B équivaut à accompagner un copain bourré jusque chez lui. Délires hurlés devant les façades (I wanna be black), chansonnette digestive et baveuse (Real good time together), désirs suicidaires (Shooting star), ingratitude envers votre patience (Leave me alone), regrets face à votre départ (Wait). Tête de lard, tête de noeud, tête de pioche, je l'adore !

nowyouknow › jeudi 25 avril 2019 - 09:20  message privé !

"Street Hassle" semble bien perdue sur l'album qui porte son nom. Après deux albums assez sages, Lou renoue avec sa déviance mais sans pour autant nous refaire le Velvet. Cool. Et cette façon de chanter...

Rastignac › mercredi 6 juin 2018 - 18:24  message privé !
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Je fais encore l'impasse sur Rock and Roll Heart et j'arrive direct à celui-ci. Il est tellement lié à certains espaces / temps remplis de rancoeur, d'amertume, que j'adhère bien au propos de la chronique.

sebcircus › mardi 18 septembre 2012 - 12:06  message privé !

Un Chef D'Oeuvre!!! Tout est parfait, à ranger à coté des autres chef d'oeuvre de Lou Reed que sont Berlin et Transformer

Note donnée au disque :       
kranakov › jeudi 3 novembre 2011 - 11:34  message privé !

Alors, quid de "LULU" ? Le deuxième CD me branche pas mal - le premier reste une tannée...