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Lou Reed › Ecstasy

14 titres - 79:25 min

  • 1/ Paranoia Key Of E
  • 2/ Mystic Child
  • 3/ Mad
  • 4/ Ecstasy
  • 5/ Modern Dance
  • 6/ Tatters
  • 7/ Future Farmers Of America
  • 8/ Turning Time Around
  • 9/ White Prism
  • 10/ Rock Minuet
  • 11/ Baton Rouge
  • 12/ Like A Possum
  • 13/ Rouge
  • 14/ Big Sky

chronique

Styles
rock

Les disques de vieux, moi, ça me botte. Ce Ecstasy de Lou Reed est foutrement bon, en plus d’être le disque d’un retour sur les devants, il relève le niveau des précédents et rappelle le 'New York' de 89, avec, toutefois, un côté beaucoup plus ridé, l’âge obligeant. On est certes loin des errances morbides & grandiloquentes de Berlin, mais la noirceur est tapie, là, quelque part entre les lignes peinardes et les moments de comique penaud. La voix de Lou s’est bien tannée au fil des années, elle est aujourd’hui presque linéaire, presque monotone… monotone comme un dimanche, fanée, déconfite, presque détachée des compositions alors que les textes sont plus inspirés que jamais. Reed fait penser à un vieux chien fatigué dont seul le regard pétillant semble trahir la malice, un clébard qui a vécu et qui se ménage sans pour autant faire de la soupe. Papa Lou a la voix qui fane lentement, mais il reste Papa Lou, avec l’émotion que cela implique. Tous les titres de ce disque - à l’exception d’un seul bien à part - restent dans le même ton : le vague à l’âme cajoleur mâtiné de crudité, et l’influence de la Grosse Pomme qui guide la main de l’artiste. On ne peut pas vraiment faire la différence entre "Big Sky", "Paranoia Key Of E", le terrible "White Prism", tout en contrastes, le superbe "Big Sky", la bossa nova grisâtre "Ecstasy", "Future Farmers Of America", ou le bondissant et hargneux "Mystic Child" : autant de titres forgés dans la même viande, autant de morceaux au parfum adulte, autant de titres qui s’accrochent petit à petit dans ta tête, avec ces guitares rugueuses, tantôt saturées à mort tantôt en retrait, ces cuivres qu’on entend par moments, ces violons clandestins qui viennent montrer leur gueule sur l’instru "Rouge"… L’inspiration plus primesautière du vieux Lou se remarque sur le délicieux "Mad", une ballade épanouie et accrocheuse dans l’esprit du Transformer, qui file le sourire jusqu’aux oreilles. "Rock Minuet", faisandé, limite crasseux sous son vernis, dégage quelque chose de putride. Les guitares jouent contre le temps, les riffs toussotent, crachent de travers, avec un son organique et râpeux… L’acoustique "Baton Rouge" est vivace, exquise. Les ballades "Tatters" et "Turning Time Around" jouent la carte de la retenue, seule "Make Up" franchi la limite entre tranquillité crasse et passage soporifique, passé trente écoutes j’arrive toujours pas à m’en souvenir. Mais que cet album est bon putain… ouais, c’est pas de l’argument haut de gamme j’avoue, mais le fait est qu’il y’a pas mille choses à dire sur cette rondelle à part qu’elle est bonne, et, surtout, qu’au presque terme de cette sélection de standards New-Yorkais au parfum boisé et à la classe nonchalante trône un monolithe monstrueux. Son nom : "Like A Possum". Une interminable plongée rock bruitiste dans le riff étiré à l’infini d’une guitare agonisante, qui remet sur le tas le souvenir de "Sister Ray" et rappelle aux gamins que nous somme que Reed c’est aussi le gars de MMM. Un pur trip électrique avec un son proprement hallucinant (paraîtrait que Lou a utilisé une pédale spéciale inventée par Pete Cornish) ; un morceau épique et torturé qui concentre en lui toute la force sombre et expérimentale du disque, seulement latente dans les autres titres. La voix de Reed se pose sur la créature métallique, qui se tortille, qui crache, qui couine… Cale n’est pas dans les parages, mais c’est tout comme, et cette ballade kilométrique fait ressurgir de façon perverse le terrifiant fantôme du Velvet, au beau milieu de cette sélection de morceaux peinards. Le ronronnement tranquille de ce rock est celui d’une ville entière (New York), celui d’une vie entière, celui des rides qui se multiplient, sillonnant la peau et creusant la chair, celui des printemps accumulés, des concerts accumulés, du temps qui passe. C’est aussi un disque de rue, le genre qui s’apprécie en extérieur, sur les quais, dans le vent, à regarder la vie active qui se meurt alentour… Derrière sa banalité trompeuse, derrière son côté machinal, Ecstasy, c’est du Lou Reed pur jus : c’est la voix de tous les jours, le rock de la semaine, celui qui te suit partout l’air de rien. Cet album est fait d’un bois précieux, le bois de la vieillesse, le bois de l’expérience, des petites histoires noyées dans le filtre de la vieille Craven, c’est un disque à la fois sombre et taquin, un disque qui ne ment pas, un compagnon de vie qui se tient peinard et te regarde du coin de l’œil en errant à tes côtés, l’album qui t’aide à tenir le coup en te racontant sa vie, avec ce côté schizo stabilisé entre rage et fatigue, qui fait que sous ses airs grisâtres le papy peut encore sortir les crocs… La noirceur tranquille, l'ironie, les brusques sursauts de rage contenue... "Like A Possum" restera comme le moment d’absolu de ce disque, le titre dégueulasse de vérité et délicieusement interminable, qu’on se passera volontiers pour martyriser une gueule de bois trop tenace.

note       Publiée le samedi 15 décembre 2007

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Solvant › dimanche 4 novembre 2012 - 18:32  message privé !

...tiens, je viens de me rendre compte du jeu de mots avec l'adjectif lurid. Je suis vraiment lent, j'ai un niveau d'anglais tres médiocre ^^

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saïmone › samedi 25 octobre 2008 - 23:50  message privé !
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Tous avec moi: Raven, reviens !! (les filles c'est pas pour nous, tu le sais bien, allez quoi, reviens... assis-toi, prend le tabouret là, vas-y, tiens un verre, mon ami)

Solvant › samedi 25 octobre 2008 - 20:09  message privé !

Oué la chronique est sympa, mais elle donne plus envie d'aller boire avec Shane McGowan qu'autre chose. Faudrait penser à ce sujet (l'alcoolisme) nous faire "The Blue Mask" de 1982. Un grand album. Bien meilleur que celui-là...(et "Set the Twilight Reeling" aussi pendant qu'on y est)

Note donnée au disque :       
Head › samedi 15 décembre 2007 - 23:41  message privé !
Belle chronique passionnée de Raven, bravo. Le disque ne m'avait pas fait énormément d'effet à côté de ce bon vieux Berlin, mis à part 'Like A Possum' justement et 'Ecstasy'. Mais là j'ai bien envie de m'y remettre, et remonter la note à l'occasion...
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