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Diamanda Galás › Guilty Guilty Guilty

cd 1 • 7 titres • 42:01 min

  • 18 Men And 4 Women [reprise d'O.V. Wright]
  • 2Long Black Veil [reprise de Lefty Frizzell]
  • 3Down So Low [reprise de Mother Earth]
  • 4Interlude (Time) [reprise de Timi Yuro/George Delerue]
  • 5Autumn Leaves
  • 6O Death
  • 7Heaven Have Mercy [reprise d'Édith Piaf]

informations

Capté durant le "Diamanda's Valentines Day Massacre", à la Knitting Factory, New York, le 14 février 2006, excepté "Long Black Veil," enregistré au Tonic, New York, le 20 mars 2006, et "Interlude (Time)," enregistré au Town Hall d'Auckland, le 25 octobre 2005.

line up

Diamanda Galás (chant, piano)

chronique

  • saint-valentin avec diamanda galás

Avec Diamanda Galás, "ça passe ou ça casse". Parfois quand ça passe, ça casse. L'âme. Comme un œuf. Vous vous souvenez de cette scène, dans Angel Heart, quand Louis Cypher écaille le sien de ses doigts griffus, avant de l'engloutir ? Diamanda croque l'âme elle aussi. Et elle la crache en gerbes instables. Parfois irritantes ; parfois sublimes. Toujours dangereuses. Guilty Guilty Guilty, comme tant d'autres Galás, ne renvoie qu'à l'âme. Celle du blues, à travers des reprises de country ou une interprétation de Prévert, ou bien de soul... Comme sur cette ouverture pleine de malice où les touches noire et blanches comme la voix passent de l'horrible au gracieux, avec toutes les nuances entre les deux, de façon ultra-fluide.

Dame Galás martèle le piano, sur ce GGG qui peut être vu comme un petit frère à Malediction & Prayer et La Serpenta Canta, soit une descendance directe de The Singer. C'est donc - encore - du Diamanda servi sur disque sans dilution. L'âme fébrile d'une interprétation brûlante de vie, fontaine de sang chaud, éclaboussures et trémolos inclus. Un des albums simples mais puissants de cette grande dame un peu inquiétante, que je situe quelque part entre Nina Simone et Mama Béa dans mon nuancier subjectif. Pour la "performance vocale", on doit savoir si elle saoulera, ou si elle fera mouche. Si elle sera pénible, ou nous ébranlera... En oubliant que bien souvent elle propose les deux à la fois. Mais surtout : sera-t-elle touchante ? Elle l'est ici. Toujours possédée, là-dessus aucun souci à se faire. Mais sa fureur peut se draper de satin... Se présenter presque aussi "accessible" que son disque à la cool avec John Paul Jones. Même si bien entendu on évite pas les grincements, ce Guilty Trois Fois est plus des Diamanda qui passeront crème pour un dîner aux chandelles (j'exagère juste un peu) que de ceux qui déchaîneront toutes les grimaces dont elle est capable pendant la cérémonie. Comme sur la poignante "Time" servant de thème à Interlude, romance extirpée de l'oubli des sixties, belle comme une tragédie de poche (La La Land peut remballer - pardon, c'est sorti tout seul). Quand ça ne prend pas avec Diamanda, on a envie de lui hurler de fermer son clape-merde hystérique, comme cela peut arriver à l'écoute de Ferré quand il s'abandonne à son babil de vieux clown alcoolo, ou de Brel quand il s'emballe des mains avec sa voix.

Et sur cet album live qui est donc pourtant loin d'être de ses plus ardus - on est loin du défi(xiones) que représente son magnum opus - ça m'a pris un peu au début, peut-être parce qu'il a été l'un de mes premiers. C'est pourtant davantage une affaire de foi que d'accoutumance en cette voix, qui vole bien plus haut que les mots, même quand elle les chante sobrement au lieu de les écarteler... Diamanda "prend des risques", on le sait, et n'a jamais peur de déborder (comme sur "O Death" l'hallucinglante). Sa voix peut aisément basculer du côté Yoko Onomatopée de la force, comme elle peut vous absorber toute l'attention. Elle peut faire des gribouillis, ou des dessins... Et plein de trucs entre. Mais, qu'on soit agacé ou pas, on ne saura encore une fois rester de marbre, face à la générosité hors-normes de cette artiste, la présence féroce de sa musique, la laideur et la beauté fusionnant à l'image de son visage émacié souvent plus tartiné que celui d'un travelo, qui d'un cliché à l'autre la fait paraître sorcière, reine, harpie, madone... Et ici, sous cette dangereuse pochette entre Quartier Rouge et Enfer - une de ses plus frappantes - avec ses teintes à rendre Jeanne Mas verte de jalousie, il y a un peu de toutes ces Diamanda-là, fondues dans ce dépouillement de piano blues. Le parfum de la performance me semble ici, comme la présence parasite du public (principalement audible à la fin des morceaux), relégué au second plan : l'odeur est l'émotion au premier. Comme sa version terriblement juste d'un des morceaux les plus tragiques d'Édith Piaf, "Miséricorde", traversée par les sirènes du couvre-feu, jouant comme l'originale de contrastes cruels pour exprimer l'absolu chagrin. Chanson qui achève le disque, et l'auditeur.

"COUPABLE. COUPABLE. COUPABLE.", nous dit Diamanda ? Qui est encore coupable de mettre cette femme dans le même panier que les expérimentatrices au babil de biennale ? D.G. est ailleurs, higher, comme disait D.D. : plus haut, mais sans avoir la prétention d'être ailleurs qu'ici-bas, tout près de nous, son haleine si près de notre visage. Son blues revient à la source, SA source. Il est de feu. Il est de sang... Alors si, dans sa discographie comme sismogramme de son âme (sismogr'âme ?), Guilty Guilty Guilty reste un des pics modestes entre les courbes saillantes, et peut-être pas la plus manifeste des diamandales, il ne faut pas oublier qu'elle y est magistrale, et magnifique.

note       Publiée le mercredi 26 avril 2023

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    Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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    Tu fais plaisir, Raven! Une diamandale en effet!

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    Raven Envoyez un message privé àRaven
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    Pas mieux. Maintenant, je regarde la pochette et je vois marqué "Guili Guili Guili", et des petites mains qui viennent chatouiller Diamanda sous les bras... Merci beaucoup, nicola !

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Tu sais nicola faut pas te sentir tout le temps obligé, hein. Mais même en fait genre jamais, quoi. (ceci-dit c'était un très bon groupe, Guili, c'est pas la question).

    nicola Envoyez un message privé ànicola

    Je propose ça comme recommandation.

    Raven Envoyez un message privé àRaven
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    Héhé... "Of course".

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