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 - aux groupes / artistes Neurosis, Converge, Cult Of Luna, Pentagram, Skepticism, Jucifer, Hangman's Chair, Repulsion, Paradise Lost, Green Carnation, Steve Von Till, Tau Cross, Diamanda Galás

Roadburn 2016

par Rastignac › vendredi 22 avril 2016


Style(s) : ambient / folk / hardcore / indus / metal / metal extrême / musique électronique / noise / ovni inclassable / progressif / punk / rock / rock alternatif / spoken word / lecture / poésie

Petite ville choupinette, Tilburg, coincée entre Eindhoven, Breda et Bois-le-Duc est le genre d’endroit où le touriste moyen ne s’arrêtera pas, sauf s’il est amateur de bière trappiste, de poney fringuant ou de ballades à vélo au milieu des champs, forêts et maisons en briquette ; par contre le métalleux, le curieux, ou l’amateur de psychédélie plus ou moins forte connait bien le nom de Tilburg. Foyer de concerts se passant au 013 « Poppodium », la ville accueille notamment le joli Netherland Deathfest et le Roadburn Festival dont je vais vous parler. Bande d’impies hippies.

Roadburn 2016

Alors Roadburn chez moi, c’était et c’est toujours (j’ai vérifié) synonyme de concerts anthologiques et de rencontres improbables dans un lieu où le confort est roi. C’est l’antre du bon goût raffiné, le festival de Cannes du metal connaisseur, incluant des reformations juste pour une date, des disques et du merchandising de niche, et surtout une affiche qui à chaque fois fait péter les mirettes des neurones, avant, pendant, après. J’avais pu y jeter un œil et deux oreilles en 2010, et en 2016 les choses n’ont pas beaucoup changé, juste plus de places et d’autres salles : deux bars (le Cul de Sac, et l’Extase), une église recyclée (Het Patronaat), et le fameux 013 avec sa Main Stage et sa Green Room - plus de Bat Cave, plus de spectacles au théâtre Midi. Quelques changements de lieux donc depuis la dernière fois que j'ai mis les pieds là-bas mais le même principe à l’œuvre : tout se chevauche, choix obligés car tout ne se trouve pas au même endroit, congestion des petites salles, confort tranquilou du 013… il y aura quelques avant / après dans cette chronique mais il y aura aussi et surtout la tentative de vous écrire une carte postale pour vous motiver à faire de la route jusque là-bas, car un festival de cette qualité là, et surtout ne perdant de sa saveur et de son identité avec les âges : ça ne court pas les rues. Allez, the action is go !

J0 « I drawn to the sound of broken glass »

JuciferParmi les 7 différences, qu’est-ce qu’on peut noter depuis le début des années 2010 ? Déjà, (et ce n’est pas anodin quand on va voir un festival de musique psyché-black-doom-stoneretc.) les coffee shops sont maintenant fermés aux étrangers, entrainant des scènes délirantes de rabattage par des revendeurs en Volkswagen sur l’autoroute à la frontière près de Maastricht, et un sentiment que ces nuages de fumée ne sont pas pour vous quand vous arrivez sur place. Mais ce n’est pas grave, les plus motivés s’arrangent avec des locaux, et pour les autres la Jupiler n’est pas chère, la bouffe est bonne, et la musique aussi. Le cadre est d’une tranquillité impayable : petites rues parsemées de bicyclettes, vaches paissant à l’ombre des usines, petits bistrots types biergarten ou clubs remplis de néerlandais endimanchés. Et là paf ! Une armée de gens patchés jusqu’au bout des tatouages déboulent dans ce cadre idyllique. On pose les bagages dans une chambre d’hôte à quelques minutes du centre, et on va essayer de se retrouver dans ce labyrinthe rempli de verdure pour enfin arriver au cœur de la tempête, ce pâté de maison où sont concentrés tous les concerts (et beaucoup de bars et restos). On chope les bracelets et on va se frayer un chemin au Cul de Sac pour une soirée pré-festivalière, dans ce bar rock bien boisé et fleurant bon l’alcool évaporé pour tomber sur Jucifer qui va nous retourner la salle et la tête après ces longues heures de bagnole. Le batteur est démoniaque, la guitariste est une incarnation du rock and roll le plus satancool et droné, la salle est blindée, et à force de se frayer un chemin on arrive à entendre mieux ce qui se passe. Cela sera le problème récurrent des concerts dans ces bars, si vous n’arrivez pas très à l’avance, vous perdez au moins cinquante pour cent du son, ce qui est bien dommage, et me fera perdre de la motivation pour retenter le coup. On ne restera que pour ce concert pour raisons diverses et variées, même si The Skull jouait aussi ce soir là (avant ? après ? sais plus), tout ça pour retrouver notre bagnole le pare-brise défoncé à, semble-t-il, coups de poing rageurs, comme la pauvre smart garée juste à côté… ouf… comme quoi, des fois, la malchance se concentre sur la mécanique… enfin, j’ai pu donc apprécier le lendemain le professionnalisme et l’amabilité des mécanos du coin, ce qui fait toujours bizarre quand on pense à l’équivalent en France… une arrivée donc tonitruante et un avant-goût de destruction / reconstruction bien introduit par cet évènement bizarre…

J1 Ce n'est pas censé être ce qui est prévu

J1Après avoir englouti un kilo de cochon et trois litres de café, on hume l'air, et on se dit "y a la nostalgie qui traine là". Ben ouais, premier jour du festival et voici ce qu'on lit dans le running order : Converge va nous jouer Jane Doe, Paradise Lost va nous refaire Gothic, Cult of Luna leur « Somewhere along the Highway ». Donc tout pimpant on se dit, « on va retenter Cult of Luna ». La dernière fois que j’avais vu ce groupe, c’était dans un bistro(y) lyonnais en première partie d’Overmars au début des années 2000, et j’avais depuis lâché l’affaire, même si j’avais un bon souvenir du côté hypnotique de leur musique… bon là, j’ai plutôt eu l’impression d’écouter des plans que Mogwai avait déjà produit bien des années avant, enfin comme si les gars de Glasgow s’étaient transformés en suédois adeptes de la gonflette, et musicalement se dégage une sensation d’être planté, de ne pas avancer, ce qui fait que je ne vais pas pouvoir supporter très longtemps le concert. Bref, je me suis ennuyé à ma première heure de festival… Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Der Blutharsch qui joue en même temps que Hangman’s Chair… Hmm… Vu les avis que j’ai pu lire sur les prestations récentes de ces derniers, on se tourne vers le bar « L’Extase » pour aller voir nos français qui ne sont pas censés être positifs et… on reste bloqué à l’entrée, environné de locaux braillant bien fort des conneries, une grosse poutre barrant et la vue, et le son qui à cet endroit là se résumait à un gros RON RON cachant la voix du chanteur et tout le reste. A force de forcer on grappillera quelques mètres et paf, fin du concert. J’ai donc reçu un maigre pourcentage de toute l’énergie et l’émotion dégagée par ce groupe que je dois donc, c’est décidé, revoir dans des conditions plus optimales pour mes oreilles - mais pour en rajouter une couche, quand vous entendez la moitié de ce qui se passe, et que cette moitié est juteuse 100% belles vitamines, vous imaginez le résultat si tout le tableau avait été disponible. Arf et frustration bien sûr… et on se retourne pour découvrir la salle Het Patronaat. Celle-ci sera régulièrement inaccessible itou : les concerts ont lieu dans une espèce d’ancienne chapelle transformée en bar au premier étage d’un très beau bâtiment, mais évidemment le nombre maximum de personnes pouvant rentrer est vite atteint, ce qui fait que plusieurs concerts seront inaccessibles, laissant rentrer les retardataires au compte-goutte ! Cette salle belle mais inadaptée à un évènement drainant des centaines de personnes se baladant de scène en scène me fera notamment rater plus tard la performance solo de Scott Kelly, donc grrrrr quoi. Mais pour Cult of Occult on arrive à rentrer tranquille. Et alors là… j’ai rarement reçu un concentré aussi putride et absurde de haine. Leur dernier album était arrivé à mes oreilles un jour de gueule de bois et il m’avait bien remué, les protagonistes ayant une certaine science de l’angoisse due à la manie de faire n’importe quoi et de le regretter ensuite pour finir par beugler des insanités à son prochain : ici, c’est pareil, les projections remuent des discours très agressifs, et la musique aussi, ce doom sludge etc. pourrait donc se résumer à une heure d'insultes lancées à la gueule avec une nonchalance grognonne grognon et la rage froide du malade d'avoir trop aimé se faire du bien (ou malade d'avoir trop voulu avoir moins mal). Un des grands concerts du Roadburn, ce festival sachant manier les ambiances, des plus rageuses au plus douces - on peut donc se laisser aller à ses affects, plus que par la connaissance. Roadburn, c’est à la carte : Festival Haine ? Festival Amour ? Ou tout ça en même temps ? Nous on a fait la totale en faisant des grands écarts émotionnels : passer de Cult of Occult à Hexvessel par exemple, c’est culotté. Car Hexvessel, sur la main stage du 013 va nous livrer un rituel d’une beauté et d’une puissance qui ne payent pas de mine quand on écoute leur musique sur CD : je sais pas vous, mais si vous-même vous savez, certaines formes musicales atteignent des degrés pour le moins… subtils. Et Hexvessel travaille essentiellement en tant que rituel durant ses concerts, adaptant son discours selon la scène et l’endroit, donnant ici au Roadburn un concert bien plus éclatant et rayonnant que celui que j’avais pu voir dans un bar il y a quelques années, à l'époque plus retenu, plus grave. Hexvessel, c’est bonheur, extase, calme et repos, un discours généreux et non dogmatique, sympa et avenant. Et après rencontre de membres du groupe par la suite je peux effectivement confirmer que ces gens sont des crèmes, particulièrement motivées pour porter un peu de tranquillité tellurique dans ce monde de culte d’occulte - lisez les interviews récentes du chanteur pour capter un peu l’essence de leur discours ! Je suis donc tout ragaillardi par ce beau concert, et je ne vais pas pouvoir revoir Oranssi Pazuzu because Het Patronaat blindé etc. (grrr 2 le retour), et on va donc trainer, bouffer des frites ou des salades au seitan, des bouts de pizza et des bières, des rhums coca très faiblement dosés puis expérimenter les fumoirs qui seront des réseaux sociaux bien plus efficients que facebük. On se met en forme car je vais voir Converge pour la première fois depuis un bail… groupe qui va nous jouer un de ces disques de chevet qu’on regarde toujours l’œil amer, le genre d’objet qui ne génère pas grand chose de positif. Un disque qui pose tout de suite la question : « comment, quinze ans après, le groupe peut-il rester celui qui produisit Jane Doe ? ». Ce sont bien les mêmes gars, et ils sont même accompagnés de Stephen Brodsky qui pondra les petits solos de la fin du disque là, mais ils ont vieilli, mûri j’imagine, alors ces histoires de jeune homme blessé font bizarre. Certes, je fus grandement content d’entendre en live pour la première fois le morceau éponyme et conclusif de l’album, de suivre les hoquets, cette longue plainte jaune et noire, mais je vis aussi en miroir le gamin de 20 ans qui grognait face à une adversité hostile et bon, l’eau a passé sous les ponts. Ça reste quand même une musique que j’ai pu jouer à la bouche tout le concert, bien concentré sur chaque note interprétée pile poil, témoin d’un groupe visiblement très honoré de pouvoir présenter leur drôle de Jeanne devant un public étant lui aussi sorti depuis longtemps de la post-adolescence dégoulinante et sans futur, regardant une nouvelle fois en arrière dans ce puits de violence gratuite et sans fin, brulant et revivant sans cesse dans les plis de la mémoire des cœurs blessés. Ce genre de concert définitif sera une des particularités de ce festival, je crois que dès le premier jour je fus confronté à des performances hors limites, créant un espace temps particulier - même si quelques coups de mou furent à noter de ci de là, ce fut vraiment une expérience renouvelée de grosses baffes dans la gueule ! Je finirai cette première journée face à un Paradise Lost nous rejouant Gothic plus quelques hits issus de Icon, Draconian Times ou du dernier album. Oui, vous voyez le running order, j’aurai raté pas mal de choses : c’est le propre de ce festival, on doit faire des choix, et par exemple je n’ai pu voir aucun de ces groupes de black islandais présents au Roadburn 2016 car à chaque fois ça se chevauchait avec quelque chose d’autre, ou alors notre arrivée était trop tardive pour pouvoir accéder à quoi que ce soit. Là, je voulais écouter Converge jusqu’au bout, j’ai dû donc me mettre Misþyrming dans le cul Lulu, je réécouterai ça et Naðra tranquillement à la maison, tant pis. Bref, Paradise Lost, Gothic, "in it's entirety". Un album dégoulinant d’un romantisme guttural et velu, d’une morbidité bien particulière, et d’une certaine complexité, voire même trop présomptueux parfois, allongeant les morceaux, les solos : on s’en rend compte sur scène où Mackintosh semble avoir parfois un peu de mal à rester dans la course sans s’essouffler, certains titres ayant été peu voire jamais joué sur scène. Ces morceaux de doom death très cafardeux sont malgré tout d’une beauté incroyable, bien aidé par de belles projections maladives à base d’isolement et d’angoisse… quant à Nick Holmes, celui-ci a réussi le pari de sortir une blaguounette entre quasiment toutes les chansons ! Quelques morceaux choisis et cités de tête : « cette chanson parle d’une chute qui dure assez longtemps… elle s’appelle « Falling Forever » ; « combien de gens ici nous ont vu en concert en 91 ? Sept ? ah oui, le huitième est mort » ; « quoi ? où sont mes cheveux ? ah, cette frustration des chauves les poussant à se foutre de la gueule d’autres chauves. (se tournant vers Aaron Aedy) et toi, y sont où tes ch’veux hein ?… ». Ach, les anglais… bon voilà, on se retourne dans nos pénates, préférant rester sur une grosse tarte au chocolat comme ça plutôt que de tester des groupes qui me sont inconnus en clôture de cette première journée.

J2 "Did you hear that? It's right, isn't it? That feeling that's left everybody, the cosmic energy! Everybody goes yeah! Bash!"

J3On se lève tous pour un petit déjeuner à base de cochon et de fromage, et c’est parti « à bichiclèèèèieuteuh » sur les chemins pavés constituant ce réseau gigantesque de pistes cyclables quadrillant tout le pays. Arrivé sain et sauf et le cul endolori, sous un soleil nordique ponctué d’averses douces, le 013 nous accueille à nouveau, tel un foyer doux foyer, mais je suis en vacances, et j’arrive donc à la bourre pour Diamanda Galás, tant pis… j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une performance assez simple, voix et piano, voilà. J’aurai un plus grand aperçu le lendemain grâce à une petite conférence suivant un court métrage… j’en profite pour rappeler que le Roadburn ce n’est pas que de la musique, mais des illustrateurs, joaillers, conférenciers nous entretenant de tel ou tel album, audiophiles dissertant sur les disques et le son, enfin c’est multidisciplinaire et bien enrichissant à bien des niveaux. Alors on saute sur le Patronaat, on se faufile pour aller voir Steve von Till en solo. La salle est très calme, j’écoute tranquillement ces chansons parlant de purges et de cycles sans fins, de recherche du sens, de la vie et de la mort, des problèmes de conscience, de ce besoin d’enfin trouver la paix au bout du chemin. Un Steve très inspiré, reprenant nombre de chansons qui me trottent souvent dans le cœur, des saints patrons nous regardant d’un œil torve depuis les vitraux de cette ancienne église transformé en bar / resto / salle de concert. Un moment très prenant, reprenant ces thématiques que l’on retrouve aussi chez Neurosis, mais exprimées d’une manière grave et peut-être plus définitive, qui sait. Et là, après ce moment très retenu et profond on se demande si on peut sauter du coq à l’âne si facilement… car j’ai une très forte envie d’enfin voir Repulsion en vrai. Allez, hop, helter skelter, et on se retrouve devant une furie heabangueuse death et grind, Scott Carlson étant d’une bonhomie assez fendarde. Ce groupe fait partie des vieux de la vieille, et c’est Lee Dorrian qui l’a invité en tant que « Curator » (en plus de Diamanda Galás, The Skull, Pentagram et G.I.S.M.). Que dire de plus pour vous motiver à voir ce groupe tellement culte qu’il en fut même amené à « écrire cette chanson dans la chambre de Chuck Schuldiner pendant qu’il bossait dans un snack à tacos » ? Hein ? Bon. Voilà. Superbe concert, intense et kiffant, tout ce que j’aime dans le vieux death quoi. Le temps de ne pas pouvoir rentrer dans Het Patronaat pour voir Scott Kelly on se rabat sur Death Alley en attendant de voir la suite… Death Alley joue du rock et roll. Mais un peu dans le sens que Lemmy donnait à chaque début de concert, du rock velu, poilu, ventru, plein de sueur, de saturation et de bibine ! Roadburn est aussi le foyer des héritiers du hard et du psyché, et ça fait du bien de temps en temps de prendre des bouffées de sable et de weed dans le nez comme ça. Ensuite, je veux voir With the Dead, malgré tout le mal que j’ai pu lire sur leur album, et bien sûr tout le mal que j’ai eu à l’écouter… pourquoi ? Ben parce que je n’ai jamais vu ni Tim Bagshaw ni Lee Dorrian en vrai. Enfin… si, Lee Dorrian je l’ai vu, déambulant son dos typiquement vouté dans les couloirs du 013 avec ses lunettes de tonton. Mais je ne l’ai jamais entendu chaneueanananter, yeieeeeeah, en vraiiii eueehh aaah. Wooh. Donc on y va. Gros son dans la main stage. Projections un peu rasoir qui tournent en boucle, pas synchronisées avec la musique, faites de vieux films comme ceux qu’on vous infligeait en SVT sur les risques de tout et n’importe quoi (la coke, les immeubles d’habitation, les usines). Mouais… et puis la musique est un peu rasoir aussi. Comment s’en sortir ? Dans une illumination qui déchire le ciel je me dis « ben je vais me concentrer sur Bagshaw ». Et en fait c’est lui qui tient le groupe, c’est lui qui arrive à l’élever au dessus du rang « doom stoner » rabâché. Ces solos sont d’une simplicité et d’un poignant sans pareil, ses riffs rappellent tout ce qui a de morbide et de mystique dans la déchéance faite musique, et sa présence est à peu près identique à celle d’un fantôme japonais sorti d’une télé ou de dessous le lit… donc on va dire 50% d’ennui avec un Lee Dorrian qui marmonne comme sur Teeth of Lions Rule the Divine, qui n’en fait pas trop dans les vocalises nawak comme j’aime dans ses Cathedral, une doublure de Mark Greening qui rejoue ses roulements de caisse claire à deux de tension, un bassiste à chapeau style « El Topo », très discret… et 50% de guts of darkness pure et parfaite dans le jeu, la présence, et l’insaisissable mystère ténebroso-culte de Tim Bagshaw. Voilà. Ensuite, on va atterrir tout doucement avec les suédois de Hills dans la green room, un groupe que j’ai beaucoup écouté quand j’avais besoin de faire des siestes stupéfiées. Et ben là pif ! c’est pareil sauf que je dors juste à moitié, porté par les vagues de guitare de ce groupe cotonneux et répétitifs, comme un Colour Haze plus léger, quasi instrumental, très beau et reposant. Hippie Musique De Luxe. La suite c’est l’inconnu. Plein de gens trépignent à l’idée de voir G.I.S.M. jouer aujourd’hui, des mecs font même la manche devant la salle pour pouvoir se payer un billet d’entrée juste pour eux ! Mais qui est-ce ? Le groupe a été ajouté sur le tard, et c’est Lee Dorrian qui a fait l’entremetteur… en fait, il s’agit d’un groupe japonais fondé au début des années 1980, séparé depuis belle lurette, et qui n’a jamais joué à l’extérieur du Japon, peut-être parce que leur chanteur a collectionné quelques casseroles judiciaires digne d’un clown tueur - entre légendes et réalités, qui sait ce qui est lard ou cochon… mais le peu de ce que j’ai pu lire de ces histoires, notamment de la plume de Lee Dorrian brosse le portrait d’un mec en tout cas fasciné par la mort et la violence. Donc voilà les grands arguments : le groupe se reforme pour cette date, première en Europe, première mondiale même. Alors, comment définir ce concert qui fut une des plus grosses claques du festival ? Je dirais du punk hardcore très dischargien mais accompagné de plans de guitares très heavy metal, de solos très shred, et, visuellement, accompagné par les projections les plus dingues que j’ai pu voir dans un concert. J’ai compris que le chanteur est graphiste, c’est peut-être lui qui a composé tout cela, mais en tout cas c’était parfait : tout était synchronisé au poil avec la furie metal punk sur scène, et ce qui était projeté était un mélange de délires, d’hallucinations dégoulinantes, de sexe mystique, d’expérience type NDE ou psychédélique du genre « je me fais bouffer par le grand serpent et après je deviens une chaise et après mes yeux tombent et après je meurs et je revis une bonne centaine de fois et après c’est tourbillon au fond du chiotte c’est un chien géant tout violet qui tire la chasse ». Le résultat : je sors de la Main Stage comme si on m’avait balancé dans une cage tesla, j’électrise de partout, et je comprends mieux pourquoi, tel l’avant-propos d’un mauvais épisode de pokemon, le festival prévenait que le concert de GISM ne conviendrait pas forcément aux personnes souffrant d’épilepsie. Et c’est donc bien la première fois que je regarde un concert de punk aussi sombre et psychédélique. Encore une fois, un des grands moments de ce festival. Pour redescendre de ce délire, quoi de mieux que de ne rien faire, rater des concerts de blackeux islandais et aller revoir Pentagram. Il était bien écrit que le groupe allait jouer des vieux morceaux, un « Best Of », donc ça va, vu la réaction de rejet que j’ai eu à l’écoute du tout dernier « Curious Volume ». Alors déjà ce qui frappe c’est que le Bobby était dans un jour « Avec » : le gars va se dandiner comme une araignée, faire des chatouilles au guitariste, se mettre la main au paquet toutes les trente secondes, faire son Bobby hystérique quoi, donc c’est cool. Le son est très massif, donc c’est cool. Les trois / quatre premiers morceaux sont des vieilleries, c’est cool ! Et paf, ensuite faut qu’ils nous jouent leurs dernières faisanderies : et là je ne peux plus supporter la croix dans le dos du guitariste, celle pendouillant au cou du bassiste, Bobby m’énerve, ça m’énerve, et je me barre en claquant la porte, peut-être remonté par la haine communicative du frais concert de GISM. Et on se barre à bicyclette les gars, et je vous dis, les hollandais doivent avoir le cul en titane, car ces putain de pavés, sa mère !

J3 Haka Factory / Danse avec les ours

J3Allez, haut le(s) cœur ! Les vacances coulent doucement, ce festival nous fait voyager dans le temps, c’est idéal pour se sentir décalé et regarder avec mépris toute mondanité, en oubliant que toute rechute dans le réel sera bien sûr difficile à encaisser, mais bon, notre pare-brise est là pour nous rappeler que les casse-burnes sont le genre humain, style international répare, tout ça remplace. Et Diamanda Galás, qu’est ce qu’elle en pense de tout ça ? Curieux, on va voir une projection d’un film qu’elle a aidé à réaliser ("Schrei 27"), et dans lequel elle joue un peu, dont le pitch se résume à une succession d’images de corps torturés au rythme des hurlements enregistrés par notre intéressée. Le film ressemble de loin à La Jetée de Chris Marker (les corps électrisés, la torture mentale, le noir et blanc glauque, les couloirs sombres du contrôle des corps et du reste…), c’est très saccadé, et ça donne un peu la migraine comme dans le "Pi" d’Aronofsky. Voilà, ça sent le déjà vu si vous voulez… mais je voulais voir comment allait se tenir l’interview de la dame après la projection. Elle nous explique alors que ce film est issu de plusieurs expériences notamment radiophoniques, dont la thématique centrale est l’asile, celui destiné à enfermer et non soigner, comme dans de nombreux pays, que les détenus soit politiques ou seulement des gens que la structure ne peut pas accepter, cf. Foucault toussa. Bon, à part une démo in vivo de comment qu’on fait pour hurler trois lignes de cris stridents en même temps, cet entretien dans le Het Patronaat n’est pas très très captivant, à l’image du film, hélas, ayant déjà bien trainé mes oreilles dans ce genre de thématiques, et ne trouvant pas grand chose de frais ici… en parlant de fraicheur, il fait bon Finlande au Roadburn ! On déboule donc des escaliers du patronaat pour retrouver après cet instant un peu Arte à 2 heures du matin (« die nacht », hein ?) un autre groupe que je ne voulais pas rater, alias Skepticism jouant un « fan picked set ». Les gars arrivent dans la brume, en costard, la gorge au micro pose des fleurs blanches par ci par là, c’est feutré funéral doom quoi, et c’est également une claque, dans la tronche, le bide, les tripes, la mémoire. Encore un énorme concert à ajouter à la liste des babaffes qui s'allonge heure après heure. Cotonneux, ultra dépressif, onirique, lent et grave (oui ok, c’est un pléonasme pour ce groupe), beau quoi. Et bien snif. Ensuite on se grattera la tête, sautillant de scènes en scène, pour découvrir un John Haughm en solo et chapeau nous balançant une americana black metal à base de shoegaze et de projection du genre « Paris Texas », c’est pas très prenant, surtout quand on s’est enquillé des procédés musico-visuels comme Hills et GISM mais je ne sais pas ce qui manque… un peu d’originalité dans l’approche du désert et de la route ? Un peu de mystique plus enlevée ? Que sais-je, en tout cas je re-sautille pour aller voir une bonne moitié du show des Brothers of the Sonic Cloth. Alors vous voyez les ours ? Vous voyez les lamas tibétains ? Ben vous en croisez deux (me demandez pas comment) et vous obtenez Tad Doyle, qui maintenant nous joue du doom de mammouth trrèèèès guttural et massif, et quand on peut profiter de l’acoustique d’une salle étrennée par des années de metal extrême comme le 013, c’est le kif mama. Et ça donne envie d’acheter tout ce qu’ils font, et surtout d’aller les voir en concert, voire boire un café au merch avec le gros Tad. Et on enchaine avec un autre Grand Ancien alias le Baron, entouré du batteur de Voivod et de musiciens issus de groupes crust nord-américains. J’avais bien eu peur de ne pas le voir, notre cher collègue Twilight ayant tiré l’alarme en ayant constaté son hospitalisation récente mais j’ai eu beau demander à tout le monde à l’entrée, personne n’a su me dire que Tau Cross ne jouerait pas ce soir (et en PS, finalement c'est Prince qui est mort... arf). Donc ils vont bel et bien jouer un set extrêmement généreux, finissant sur une note conquérante sur l’autonomie, la liberté et le bonheur de chacun. Évidemment, Amebix revient aux oreilles assez fréquemment, mais d’une manière plus… lumineuse, plus enjouée, et on ressort de ce set remonté comme une pendule, un peu comme à l'issue des concerts de Killing Joke que j’ai pu voir, dans un genre pas si éloigné. La suite sera faite, en gros, d’attente avant Neurosis. J’ai eu du mal à tenir sur Converge version « Blood Moon », tenant difficilement sur les morceaux très lyriques post 2001 du groupe, ratant ensuite leurs duos avec Chelsea Wolfe ou Steve von Till, et il parait, après témoignages glanés autour de trois frites et deux bières que j’ai raté quelque chose d’intéressant. Bwof, ok, de toute façon, après la méga purge trempe baffe série de coups de poings dans le bide et l’esprit que fut le set de deux heures de Neurosis, hein ! Ce n’est pas si important que ça de rater le regard pénétré de Chelsea Wolfe. Ce n’est même plus important de rater quoi que ce soit dans ce festival, vu le choix. Névrose de riche. Sinon, Neurosis ! Que dire de ce concert qui soit compréhensible via alphabet latin orange sur fond noir… déjà, formellement, les mecs jouent sans aucune projection ou effets particuliers, seulement des « rideaux » entre chaque morceau où le groupe se règle dans le noir avec des bouts de Tribes of Neurot qui passent en fond… sinon, je vous invite à lire les setlists de ce concert, et celui de l’Afterburner le lendemain, car il n’y aura déjà aucune redite entre les deux concerts, donc 4 heures de morceaux tous différents, dont certains n’ont pas été joués depuis des lustres, à savoir les premières crusteries comme Pain of Mind, les ouferies extraites de Souls at Zero, Through Silver in Blood et Enemy of the Sun… et j’ai trouvé que les morceaux des trois derniers albums étaient magnifiés par un son et une interprétation massivement euh… massive ; et j’ai trouvé que leurs hits habituels se révélèrent vraiment pour moi comme des chants de guerre et rien d’autre, d’une sincérité dans la colère qui m’a littéralement estomaqué. C’est simple, j’étais au plein milieu de la salle et j’en ai tellement pris plein la gueule que j’ai dû souffler au fumoir pendant le final, trempé de sueur et tremblant. J’ai dû voir le groupe trois ou quatre fois le long des années 2000, dont une belle expérience avec Jarboe, on a souvent dit que ce n’était pas leur meilleur période « live », mais là, putain, je me suis fait corriger comme jamais, et il a fallu attendre donc 2016 pour voir le meilleur concert de Neurosis de ma vie, voire même une des expériences les plus folles de concert de musique amplifiée. Désolé pour ceux qui n’étaient pas là. Car ils nous la remettront pareil le lendemain…

J4/Afterbuner : Post-apocalypse

J4Le retour jambes tremblotantes, dos en compote, regard explosé, genoux et mâchoires qui grincent demandèrent une grasse matinée pour mon tout premier Afterburner. C’est la tradition : le dernier jour c’est un peu bonus, beaucoup moins de concerts, on se ramasse tranquillement en regardant notamment des groupes qui jouent une deuxième fois ou d’autres apparitions fugaces à travers le brouillard de la fatigue et de la tempête neuronale. On traine donc lentement car il y a de la route à faire pour revenir à la maison, il faut savoir exprimer les compétences « endurance » apprises en EPS au collège. On va donc trainer, regarder d’une oreille le nouveau projet drone / ambient de Scott Kelly « Mirrors for Psychic Warfare », jeter un œil sur Green Carnation, groupe de rock progressif trop léger pour mon humeur de ce moment-là pour enfin faire une sieste psychédélique en écoutant le post-rock / post-hardcore instrumental de Jakob. Je ne m’attendais pas à grand-chose, je fus conquis grâce à un état de léthargie convenant parfaitement avec leur musique très enveloppante, très calme et profonde à la fois, servie encore une fois par le son dantesque de la Main Stage du 013. Et à l’image de la veille, on va patienter pour Neurosis, en écoutant avec grand plaisir le groupe américain Ecstatic Vision nous rejouant le heavy psych à l’ancienne genre Hawkwind, avec saxo et tout. Pas original pour un sou mais d’une bonne humeur space champi hautement communicative. Et on va finir ce Roadburn. Je sais, il y avait aussi d’autres concerts après Neurosis, Buried at Sea notamment, mais je voulais finir sur une des raisons principales qui m’ont fait re-bouger là-bas : me manger quatre heures de Neurosis pour les trente ans du groupe. On se place tranquillement un peu plus loin, un peu sur le côté pour ne pas présumer de nos forces vu la mandale de la veille : ben même caché au fond à gauche c’est la fessée numéro 2 le retour. Pareillement. Avec vieux morceaux des deux premiers albums, hits des quatre suivants, et interprétations réjouissantes des quatre derniers. Voilà, j’ai eu de la chance. Et des visions. Et aussi des grosses bouffées nostalgiques, des bribes de mémoires fortement attachées à leur musique, un peu comme ce que j’ai reçu pendant l’interprétation de Jane Doe par Converge. Le retour au foyer doux foyer se fera de manière plus douce, avec un au revoir ému à ce lieu incroyable, un public comme pas deux, une espèce d’ambiance très détendue voire même, allez, familiale. Sauce Roadburn.

Roadburn ?

Ben oui, ben quoi Roadburn ? Là, il faut que je creuse vraiment pour trouver des éléments négatifs à partager tellement ce festival est bien foutu à tous points de vue. A part ces problèmes de salles petites, mais qui sont résolus si on est prévenant pour arriver en avance, et finalement ce problème de riche à savoir que la programmation est tellement bonne qu’on ne peut pas tout voir, à part ce petit problème de « faut que je fasse un choix », ben… j’ai vécu très peu de déceptions. Un festival confortable, où l’accueil est à la hauteur de la sélection de gourmet trois étoiles. Je pensais franchement que le Roadburn vivrait une évolution décevante à l’instar d’autres évènements ayant grandi trop vite et perdant cet aspect un peu snob mais réjouissant du « on est entre gens de bon goût, et on est bien traité, à se pinter la gueule tranquille dans des lieux confortables où toutes les commodités sont organisés nickel ». Ben oui, des fois ça fait du bien d’être snob et de rester entre soi, les gens viennent nous voir comme au zoo, mais nous on s’éclate comme des coqs en pâte dans notre enclos, donc fuck you. Bon, sinon, achetez votre place pour l’année prochaine et pi c’est tout. Ah, et puis : vive Neurosis.

Mots clés : roadburn, doom, black metal, stoner, psychédélique, tilburg, festival et neurosis

Dernière mise à jour du document : jeudi 28 avril 2016

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