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Barry Adamson › Moss Side Story

cd | 15 titres | 54:01 min

  • Act One: The Ring’s the Thing
  • 1 On the Wrong Side of Relaxation [5:27]
  • 2 Under Wraps [4:27]
  • 3 Central Control [2:10]
  • 4 Round Up the Usual Suspects [0:43]
  • Act Two: Real Deep Cool
  • 5 Sounds from the Big House [6:24]
  • 6 Suck On the Honey of Love [2:13]
  • 7 Everything Happens to Me [2:43]
  • 8 The Swingging Detective [5:45]
  • Act Three: The Final Irony
  • 9 Autodestruction [3:49]
  • 10 Intensive Care [2:42]
  • 11 The Most Beautiful Girl in the World [4:07]
  • 12 Free At Last [1:23]
  • ‘For Your Ears Only’
  • 13 Alfred Hitchcock Presents [Charles Gounod] [2:24]
  • 14 Chocolate Milk Shake [4:24]
  • 15 The Man With the Golden Arm [Elmer Bernstein] [5:13]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et produit par Paul Kendall. Masterisé par John Dent.

line up

Barry Adamson (musique, instruments, voix, samples, séquenceurs, effets, arrangements de cordes), Gary Barnacle (saxophone sur 5), Seamus Beaghen (orgue sur 2, 5, 6, 8, 9, 12, 15, piano sur 2, 5, 6, 7, 11, 12, 15, guitare rythmique sur 2, 8 ; marimba sur 3), Diamanda Galás (voix sur 1), Annie Hogan (vibraphone sur 11, cordes sur 15), Rowland S. Howard (guitare électrique sur 9), Kid Congo Powers (Freedom Choir (6, 12)), Anita Lane (Freedom Choir (6, 12)), Bill Mcgee (arrangements de cordes, direction d'orchestre), Mick Harvey (Freedom Choir (6, 12)), Chris Pitsillides (alto sur 11), Audrey Riley (violoncelle sur 1, 6, 11, 12), Marcia Schofield (saxophone basse, claviers sur 8), Enrico Tomasso (trompette sur 15), Chris Tombling (violon sur 1, 6, 11, 12), John Doyle (hi-hats sur 11, caisse claire/balais sur 15), Philippa Holland (violon sur 1, 6, 12), Joe Sax (saxophone ténor sur 8), Sonya Slany (violon sur 1, 6, 12), Jessamy Calkin (Freedom Choir (6, 12)), Katy Beale (Freedom Choir (6, 12))

remarques

"In a Black an White world, Murder Brings a Touch of Colour...".

chronique

En voilà, un type pas simple à cerner – comme s’il bougeait tout le temps de peur d’être pris. Bassiste de Magazine, d’abord, des Bad Seeds ensuite (et encore aujourd’hui), aussi à l’aise dans ces deux contextes pour le moins différents. Auteur inlassable d’albums – une douzaine à ce jour, si je ne me trompe – immanquablement éclipsés aux yeux de la critique – comme d’un public vaste ou plus « pointu », « de niche » – par les travaux de ses plus illustres pairs. Type obsédé par l’image, le cinéma noir. Jamais à une idée bizarre prêt. Souvent « à ça » du cliché, de la routine de genre – presque toujours un peu à côté, pour redonner à ceux-là (genre, scènes obligées…) leur pertinence, leur force de malaise, de trouble. Ça commence ici. Album solo – mais beaucoup de monde, là-dessus. Des violons, violoncelle, des cuivres, marimba, vibraphone. Du jazz de polar, évidemment – versant « hard boiled » comme de juste, dur et sombre. Moss Side – son quartier de jeunesse, à Manchester – en théâtre d’exactions. Diamanda Galàs qui hulule sur la première piste ; des chœurs, sur deux plages, d’une espèce de gospel refroidi, brumeux, fumé, grisé ; et quelques mots parlés prélevés ça et là, qui sonnent comme des témoignages, des morceaux d’actualités coupés sur la radio, la télé… Rien d’autre, en terme de voix. Les titres, donc, exposes des lieux, des situations vues et revues, bobines B : les Suspects Habituels, le comico, le passage amour-torride, l’hosto après le passage à tabac ou l’accident louche ou la tentative d’en finir soi-même… « La Plus Belle Fille du Monde ». Mais Adamson a du recul, le sens des perspectives. Ses compositions, ses mises en scène, de la substance, les plans montrés en profondeur. Son « film pour l’oreille » – certes, le type n’a pas inventé le genre, l’exercice ; on notera toutefois que ce disque, sorti cinq, dix ans avant que certaines cohortes (trip-hop, électronique « downtempo »…) n’en fasse son ordinaire sans trop se fouler – l’attrape effectivement, retient, ne se contente pas de couler comme un filet, en fond. Climats anxiogènes et sensuels – mélancoliques parfois, à la fois déprimés et tendus par l’obligation de jouer dur, de se blinder, l’attention de chaque instant pour pouvoir rendre les coups, parer, attaquer sans être vu, le premier. Adamson tord quelque chose, de cette mythologie qui le hante – il imprime au récit un rythme, une consistance tous subjectifs, bien de leur époque, de sa « scène » : au sens des accointances musiciennes, cette fois – cf, encore, les projets à quoi le type a participé ; cf d’autres groupes de ce temps, qui sortaient comme chez lui des disques sur Mute ; ou d’autres encore sur le label belge Crammed Discs, Tuxedomoon etc. … Toutes musiques qui – si elles peuvent grandement différer sur la forme – sont travaillées de ce même « cosmopolitisme » de faits, pragmatique, ces mêmes rencontres, ces mêmes collisions entre la « grande image » du cinéma américain, hollywoodien d’après-guerre, et des formes locales – européennes et au-delà – qui cherchaient à s’affranchir, à se défaire de ce modèle, se faire une enclave propre. (On n’oubliera pas que l’heure de sa plus grande gloire – l’après-guerre plus ou moins immédiat, donc – ce cinéma-ci la devra en grande partie à des immigrés, des réfugiés qui avaient fui les nazis, qui s’étaient retrouvés soudain ouvriers spécialisés de cette industrie là, pas le choix, en avant pour le divertissement – celui-là prisse-t-il la forme d’une comédie contre ledit Hitler et son régime… Propagande tout de même, dilemme sans doute, au moment d’y participer, pour ceux-ci qui avaient fui l’autre machine. On n’oubliera pas, par ailleurs, qu’en cette autre décennie – les années 1980 ici finissantes – d’autres Américains, eux gavés, obnubilés de littératures européennes, de cinéma italien, français… se posaient à Berlin ou à Bruxelles ; on n’oubliera pas les Australiens, dans tout ça – on en revient aux Bad Seeds, à Crime & the City, tiens… On n’oubliera pas que ce sont tous ces gens, cette « nébuleuse » dont on vous parle là – certains sont sur ce disque ; beaucoup traînaient, ouvraient, charbonnaient dans les mêmes parages). Fin de la digression. Fin des quatre « actes » de ce premier disque – et Adamson envoie « Hitchcock présente », la musique du générique de la fameuse série. Présentée par un illustre Anglais, oui. Hanté, lui aussi, par les histoires de détectives et de mauvaise vie, d’ombres qui vivent et viennent à travers l’Atlantique. Ah oui… Et puis ce thème, au fait, signé au vrai d’un certain Charles Gounod plutôt de nos parages – et puis titré d’abord Marche Funèbre d’une Marionnette. On voit les fils… On ne voit pas pour autant où se tient la main, son prochain mouvement. Et la chose est plongée dans un écho qui vous aspire – plus bas, vers du plus noir, du moins chaud encore. Et plus loin encore – vraiment en conclusion, cette fois – c’est Bernstein (et le camé au bras d’argent – on se rappelle : c’était Sinatra), qui se prend un coup de sang, un coup de batteries saturées, indus groove à la Fœtus… Bon. Silence, ensuite. On vous l’avait bien dit, que ça ne serait pas si simple.

note       Publiée le lundi 22 octobre 2018

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Dioneo › mardi 23 octobre 2018 - 16:12  message privé !
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Ouip, pour Recoil... Je me disais d'ailleurs en écrivant cette chro (ce que je fais presque toujours en écoutant les disques - et là oui, donc) qu'il faudra bien que je finisse par m'y coller un jour, à la disco du gars Wilder en solo + invités. Et oui aussi pour Adamson qui a dû se bouffer de la BO... Par ailleurs on retrouve souvent des morceaux de sa plume sur diverses bandes originales (sur Lost Highway donc, sur celle de Tueurs Nés... Sur celle de The Last of England de Derek Jarman, apparemment... Mais pas sur celle de Ghosts of the Civil Dead come il me semblait me souvenir - ce sont d'autres de ses camarades Bad Seed, sur celle-là, qui charbonnent).

Note donnée au disque :       
mangetout › mardi 23 octobre 2018 - 15:57  message privé !

Chouette chronique. J'adore ce type et sa musique cinématique, on sent que le gusse a du éponger pas mal de musiques de films, séries et autres bizarrerie façon "cinéma pour l'oreille". Ses albums fonctionnent comme les rapports d'études d'un hypothétique laboratoire multi-facettes, on ne sait jamais parfaitement ce qui va en sortir, un peu, et dans un style différent, comme Recoil, le genre de projet à géométrie variable.
J'aime beaucoup aussi son "Stranger on the sofa" de 2006.

Sinon, en parallèle au groupe d'Howard Devoto, il a aussi été le bassiste de Visage aux cotés de deux autres membres de Magazine (Dave Formula et John McGeoch).