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Roc Marciano › Marcielago

cd | 15 titres | 50:03 min

  • 1 Select Few
  • 2 Molly Ringwald
  • 3 Choosin Fees
  • 4 Richard Gear
  • 5 Ephesians
  • 6 Tom Chambers
  • 7 I. 6. W. T.
  • 8 Puff Daddy
  • 9 Boosie Fade
  • 10 Bomb Shelter
  • 11 Saw
  • 12 SAYLAVI
  • 13 God Loves You
  • 14 Joe Jackson
  • 15 Legacy

line up

Roc Marciano (MC, production)

Musiciens additionnels : The Alchemist (production sur "Saw"), Ka (MC sur "Ephesians"), Animoss (production), Knowledge the Pirate (MC), Westside Gunn (MC), Willie the Kid (MC), Cook$ (MC)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangsta rap antiquaire

Marci continue son petit bonhomme de chemin, confidentiel mais ancré, unique, pimp des bas-fonds au sommet stylistique, opérateur silencieux du game, ni boom bap ni trap, juste "marcianesque", son son sent le vieillot, il est planqué dans l'armoire de mémé avec la naphtaline, et en même temps il ne pourrait pas être d'une autre époque que les années 2010. Tous ses albums depuis Rosebudd's Revenge - on laissera à part le bidule décousu Marci Beaucoup - semblent interchangeables, fantômes boiteux dans le sillage du diptyque gagnant Marcberg/Reloaded. Ici Marci radote ses sons médusés, sa mélancolie effilochée, ses deals sales. Son cru 2019 pendouille tel un gris-gris à sa discographie rétro. Ses ambiances se répètent, inlassablement, comme un tressautement de bobine dans le projecteur, ou des motifs de papier peint dans ce morne corridor dont on ne voit plus la fin, dont on a oublié le début... Carrière-murmure. Toujours axé sur ces beats sinistro-smooth et ce flow en mode furtif, mortifié. Marcielago fait un peu résumé de parcours, assise de statut. Ciselé pour les initiés, mais bon portrait pour le néophyte. Aggloméré, mais en même temps très léger, une émulsion de ter-ter pour table gastronomique, qui se savoure à la petite cuiller et laisse le bide en rade. C'est pas le grand œuvre, malgré ce que le visuel voudrait nous faire croire, avec cette affiche qui fait écho à l'intro de KAOS mais qui colle pas trop à l'ambiance du skeud, même si Marci reste axé ciné à balle : ça va pas défourailler, non : ça va plutôt se faufiler. À pas feutré, silencieux vissé, capuche baissée, comme un homme de main ganté de daim. Comme d'hab' en somme, pour qui connaît Rakeem Myer. Le charme de Marcielago - "pun intended" - agit mollement comme un Reloaded en vaguement plus varié - voire avarié. Ses sons sortent des enceintes à la façon d'une fumée de clope oubliée sur le rebord du cendar, c'est un album de coin de bureau laissé aux acides gastriques du temps, à l'oubli cosy... Et c'est son charme : celui d'un disque de Marci qui fait le deal tranquille, et me parle en chuchotis crapules. Sa puissance moelleuse s'impose au cœur, l'agencement de ses titres étant assez vicieux, Roc évitant par exemple d'attaquer dans le dur direct : les premières minutes sont aussi contondantes que de la plume d'oie, semblant émaner d'une vieille radio planquée. On savoure un zeste de nostalgie sur "Choosin Fees", mais... On attend. Puis vient ce trouble doublé "Richard Gear" et "Ephesians" (argh...) et la nuit mouille, la zique rentre, la couverture tombe : MC Marci sort masqué, col dressé, camouflé dans les réverbères, presque dans un rap-ambient, comme il sait le faire. Les beats cotonneux à l'onirisme subtil avancent en terrain connu, qu'on aurait aimé miné, mais tous les chats sont bien gris, dans cette douce nuit d'assassinat, et ces sons qui interpellent comme un goût de déjà-vu, exemple sur un "Saylavi", vieille carte postale des caraïbes piquée à un mur de chiotte pisseux, et son instru qui carbure à la poussière... On retrouve les ambiances squameuses d'un Reloaded, son atmosphère impalpable mais au grain épais, ce feeling cafardeux mais sans tristesse. On retrouve Marci au meilleur par moments, à flanc de crépit. Le gangsta rap de la pénombre, c'est lui, ce petit rappeur-producteur qui aligne les pistes comme autant de clichés Polaroid sur le tableau d'un détective empêtré dans une enquête sordide, dont l'aboutissement sera une bastos dans la nuque. Le mac mâche la nuit, et crache froidement ses verses toujours. Des ritournelles obsédantes nous trottent dans la tête, avec des guitares seventies oxydées, des échos en miettes d'amiante chutent, les beats toujours plus minimaux-notones peuvent aussi muter ("Tom Chambers", triple-arôme) mais tout reste en carcan. Marcielago est un Marci pantouflard comme de coutume, autant que retors, très cinématographique bien sûr (haute couture de L'Alchimiste sur "Saw" !) mais aussi très fainéant. Marcberg avait comme climax "Pop", Marcielago a "Bossie Fade", armé d'un flow soudainement plus hargneux et d'une ambiance magnétique entre "Miss Jackson" et Orange Mécanique... Chiant aussi ("Bomb Shelter" et "God Loves You", quelles purges !) mais piquant sa proie, par accès, dans la quiétude de ce sommet qu'il n'occupera jamais, en gangsta-rappeur des fonds de baffles. Marcielago s'incruste dans sa nasse. Parfum de huis-clos nocturne, note à quatre ampoules.

note       Publiée le jeudi 20 février 2020

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