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Roc Marciano › Behold a Dark Horse

cd • 12 titres • 37:47 min

  • 1The Horse's Mouth
  • 2Congo
  • 31000 Deaths
  • 4Diamond Cutter
  • 5Amethyst
  • 6Sampson & Delilah
  • 7No Love
  • 8Trojan Horse
  • 9Fabio
  • 10Secrets
  • 11Whoolers
  • 12Consigliere

line up

Roc Marciano (MC, production)

Musiciens additionnels : The Alchemist (production), Busta Rhymes (MC), Q-tip (production), Black Thought (MC), Knowledge The Pirate (MC)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
lune roide

Le cafard n'a jamais été aussi feutré. Les gens se longent, regardent par-dessus ce mec sans manteau, vivent comme des comateux en mouvement, figés devant cette lueur rectangulaire, déjà raides... Je radote comme un vieux con, oui, mais on m'a dit récemment que je vis un peu comme un papy - amusant, mais ça résume somme toute assez bien ce que je suis quand je reconnecte avec ces archives dématérialisées, qui m'aimantent de façon élastique depuis mon adolescence. Une loque, recroquevillée, qui tarabiscote ses amas de mots, sensés mener qui les lira vers un son inspirant. "Archivesque". Les veines qui rancissent plus vite que ces pixels, c'est assez effrayant, ou rassurant, ou déprimant, selon l'angle. Laisser pisser le temps, se croire en-dehors le temps d'un disque puis d'un autre... mais "il faut continuer", égrener ces images soudées aux sons qui nous traversent, comme des esprits, empiler les disques ensuite, pour peut-être ne jamais plus les réécouter. "Sait-on jamais". Et avoir des samples de voix dans la tête, ouais... Enfin cet énième blabla introductif pour dire quoi, au juste, avant que le lecteur ne soit à bout ? Bah, qu'elle se ressent fort chez certains rappeurs, cette mécanique sinistre des choses. Cette répétition résignée à nourrir l'immense amas central, à ne pas être soucieux de desseins d'envergure. Cette obstination à empiler sa camelote mentale. Ce pattern. Roc Marciano, c'est kif-kif burrito : c'est un casanier du flow, même s'il invite ici et là (et pas que du vilain monde), il contrôle seul le secteur à portée. Reste incapable de créer un album magistral depuis Marcberg, mais continue vaille que vaille à se purger de ses visions, de sa froide angoisse, de ses liqueurs de samples "Marcinzano". Behold a Dark Horse, s'il n'est qu'un album de rap mineur à la silhouette de relique, est lesté par ce goût de résignation dans la voie tracée jusqu'à la faux, de déprime latente, de morbidité ultra-rampante ("1000 Deaths") malgré quelques sursauts relatifs d'énergie (tels "Congas" ou ce "Trojan Horse" électrisé par la pile immortelle Busta Rhymes). C'est un disque dont la pochette me parle plus que les autres, avec son pur-sang plongeant du ciel rose-budd au mord, ses teintes exquises et sa lune à la perforeuse. Environ deux tiers des pistes sont fidèles à cette classieuse couverture ("Diamond Cutters" surtout avec son instru Mille & Une Nuits à rendre jaloux Muggs), le reste étant très dégustable mais sans valeur ajoutée vis-à-vis de Marcberg et Reloaded. Roc Marciano est stabilisé. Comme cristallisé. MC plus que jamais anti-démonstratif mais collé aux membranes, et producteur pour qui tout passe par l'ambiance et le jeu d'ombres en creux, la manipulation d'émanations du passé, le choix de boucle d'autiste. Le pattern rusé. Un sample haché sèchement, un motif réduit, un tempo de temporisation, style guetteur du ghetto, lui suffisent à bâtir un décor. Marci joue sur la subtilité des intonations et le crépitement des consonnes, plus que sur un lexique complexe. Il énumère ad nauseam ses logotypes et menaces, détaché ou vaguement hargneux. Neurasthénique, mais porté par ses voix fantômes qui fument dans sa tête, à la marie-jeanne dark. Aligne des bribes de scènes réelles ou fantasmées au cœur d'un cartel anonyme, comme un vétéran qui ressasse. Et comme sur ce très troublant "Fabio" ciselé par l'Alchemist, il laisse un sale goût de fatalité dans la boîte à songes. Enfin, j'ai déjà décrit le style Marci en long et large dans mes autres chroniques, qui sont à un clic... Ce qui fait la petite spécificité de Behold a Dark Horse dans la couvée, hormis sa durée plus digeste ? Peut-être ce goût d'espionnage sans intrigue dans l'ambiance, mais truffé d'esprits malveillants, de linceuls qui ondulent, de rêves qui penchent dans le vide. Peut-être la magnétique "Secrets", dont émane un parfum de variété sordide des 80's autant que de vieux slow eshamien. Embryon de ce qui pourrait être un Roc Marciano avec du chant et de la mélodie, choses avec lesquelles ce petit crapuleux semble étonnamment à l'aise, ici comme pour la première fois. Je garde en tête ces passages lunaires, ce flirt de loin avec le sublime, et le final signé Q-Tip... Je garde cet album comme un morceau de nuit plié en quatre, et rien ne dit que je le ressortirai un jour. Mais il est là.

note       Publiée le jeudi 27 février 2020

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Raven › samedi 29 février 2020 - 14:28  message privé !
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Bien vu !

Note donnée au disque :       
Cinabre › samedi 29 février 2020 - 11:21  message privé !

J’ai cru qu’Emperor avait ré-enregistré sa demo.... Ouf!

Rendez-Moi2 › vendredi 28 février 2020 - 13:44  message privé !

La pochette est superbe, j'aime tellement les chevaux. Olala j'ai rien écouté de Marciano depuis The Pimpire Strikes Back (qui n'était pas génial).