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Ka › Descendants of Cain

cd 1 • 11 titres • 32:59 min

  • 1Every Now and Then
  • 2Unto the Dust
  • 3Patron Saints
  • 4My Brother's Keeper
  • 5Solitude of Enoch
  • 6The Eye of a Needle
  • 7P.R.A.Y.
  • 8Land of Nod
  • 9Sins of the Father
  • 10Old Justice
  • 11I Love (Mimi, Moms, Kev)

informations

édition vinyle limitée à 365 copies

line up

Ka (MC, production)

Musiciens additionnels : Roc Marciano (MC en featuring sur "Sins of the Father")

chronique

  • désolation

Kaseem Ryan est revenu en MMXX avec ce qui semble être son climax, bien que le terme soit un peu grotesque pour cette discographie à l'humeur invariable. Cet album restera. Il reviendra, et fera encore plus mal. Le verdict est posé, sans le sacro-saint recul de l'archiviste soigneux ; plus à l'instinct, du bout de ses écoutes avachi en coin de nef (les vieilles pierres ont ce côté rassurant dans les jours gris)... Parce que même pour ce plouc qui se sent mieux à fouiller les caveaux et greniers en jachère qu'à parcourir les pages fèce-bouc, et oublie inlassablement de suivre les nouveautés (par manque de réflexe autant que de motivation à rafraîchir un fil d'actualités), il n'est parfois pas dégueulasse de se laisser aller au présent, ce "passé en devenir", comme dirait le faux-losophe. Et le présent, qui de toute façon est déjà des millions de clics loin derrière en train de pourrir, m'a tendu de ses frêles mains moites sa relique fraîche, le dernier Ka, emballé avec amour dans son fragment de Genèse griffé Doré, comme un Candlemass... Le Testament, Ancien ou Nouveau, ça lui travaille toujours la cafetière au Ka, bien plus que les nippes de marque ou Tony Minnesota, bien plus que l'Art dans le rap. Un peu comme un Killah Priest en noir et gris. La mystique aussi, bien sûr. Les textes fondateurs et les symboles, l'aspect immuable des comportements au travers des temps. Ka reste cet observateur-prédateur discret, ce serviteur du néant à la menace nonchalante, et qui blotti dans son coin de néant observe à travers les gesticulations de la marmaille putaclic, attendant en ruminant la mort imminente du fourmillement, l'effondrement du cloaque. Une sorte de Gmork du game.

Descendants of Cain, capté depuis ce repli du réel, est presque une façon de clore un triptyque entamé avec le cafardeux Night's Gambit. Un retable du ka-hop qui serait achevé par son volet le plus inspiré. Le sentiment d'arpenter les ruines du hip-hop y règne, encore... Le gris le plus morne, crevassé de lumière, un puits de clair-obscur. La tristesse sereine du rappeur nous saisit dès "Every now and then", classique instantané qui en douceur mais d'une main ferme nous mène dans les catacombes de son esprit, leur odeur nous sautant aux neurones sur "Unto the Dust". Parfum de dépouillement, encore... L'effet d'une sorte de folk-rap, parfois, ou d'une musique de film-rap (fabuleuse "The Eye Of A Needle"), d'une antiquité-rap, surtout, d'ambiances surannées dans un hip-hop pourtant très lié aux années du tout-connecté dans sa manière de n'exprimer aucune flamme, d'être comme comprimé des sentiments, de ne pas oser franchement... Mais de savoir, de voir, de vouloir percer à jour. Une sensation d'acuité cruelle et de calme morbide mêlés. Une gravure de double-sens, de jeux subtil avec les consonnes, une épaisseur camouflée dans les mots simples, simples comme ces sons qui le sont pas vraiment. S'il y a une anti-matière, Ka est presque l'anti-MC : son flow impavide est cette récitation solennelle, mais dépassionnée, tapie dans des sons "vintage" aux ondes sans âge, longeant ses quasi-beats de presque rien mais qui évoquent beaucoup avec pas grand chose. Drapée dans ses haillons sertis d'or fin, tissus mornes même quand ils étincellent en douce symphonie. Ka ne rappe presque pas, en effet, il égrène, il parle, laisse les mots perler, goutter des parois de sa crypte mentale. Et pourtant son tempo est implacable. Il exprime mieux que tout autre MC l'effroi devant les vieilles choses qui tombent en lambeaux, mais aussi la sérénité de cette constatation. Il dit la peur qui frôle le Zen, blottie dans les relents un peu plus rauques du timbre vieillissant, dans les chutes de sons dans le cérémonial placide. Le fatalisme, la mortification : je les ressens dans chaque recoin de ce recueil, comme un refuge, même si je reste sur une sensation d'inachevé sur le final malgré l'homme touchant. Je sens les larmes poindre par instants, mais elles restent au seuil de la paupière, sèchent, et meurent. Étouffées par le cérémonial placide. L'affliction se fige et flotte en particules fines dans l'air ambiant, comme ces boucles et ces mots, de poussière et de bruine, en suspension. Ka est là, oui. Ka est bien là. Ayez confiance... Ne le fuyez pas, il veut vous parler. Vous dire que Descendants of Cain est, peut-être, ce que le hip-hop aura proposé de mieux en 2020... Un album profondément méditatif, d'une grande austérité, dont la puissance émotionnelle se révèle en creux.

note       Publiée le mercredi 10 mars 2021

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    commentaires

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    azfazz Envoyez un message privé àazfazz

    Merci pour l'info, je l'écoute là, et suis encore une fois conquis ! ...à voir sur la durée, bien sûr...

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    No background Envoyez un message privé àNo background

    Il semble que notre pompier new-yorkais ait eu plus de temps libre ces derniers temps, un nouvel album est déjà là, A martyr's reward et la qualité est toujours au rendez-vous.

    azfazz Envoyez un message privé àazfazz

    Ka, c'est la définition du Trve Hip Hop !

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    Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
    avatar

    Il y a presque un aspect prédicateur du désert...Plutôt intéressant. Dommage qu'il soit cher ou introuvable.

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    nicola Envoyez un message privé ànicola

    Tiens, un nouveau groupe de beumeu.