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Roc Marciano › Marcberg

cd • 18 titres • 58:45 min

  • 1Pimptro
  • 2It's A Crime
  • 3Whateva Whateva
  • 4Raw Deal
  • 5We Do It
  • 6Snow
  • 7Ridin' Around
  • 8Panic
  • 9Thug's Prayer
  • 10Pop
  • 11Jungle Fever
  • 12Don Shit
  • 13Marcberg
  • 14Hide My Tears
  • 15Shoutro
  • 16Scarface Nigga*
  • 17Snow Remix (feat. Sean Price)*
  • 18Bozak*

cd 2 • Instrumentals* min

line up

Roc Marciano (MC, production)

Musiciens additionnels : Ka (MC)

remarques

*Bonus de l'édition deluxe 2012

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangsta rap nocturne

Roc Marciano a choisi le blase d'un boxeur, mais son rap n'est pas du genre puncheur, plutôt maraudeur. Son style, quasiment autiste à toute évolution du hip-hop depuis le milieu des années 90, a quelque chose de suranné qui ne parlera qu'aux nostalgiques de cette époque révolue. Flow d'avorton nasillard qui n'a pas grand chose à lui pour se démarquer, mais qui ne lâche jamais... Quidam-esque, un peu comme s'il avait choisi d'incarner le rôle du petit branleur qui va se faire descendre à coup sûr dans la première partie du film... Roc Marciano est dissimulé dans la foule, comme un Big L des années 2010, on ne le remarquera pas sauf si quelque chose comme une bonne instru attire notre attention... On pourra alors - ou pas - sentir la menace sans muscles du petit MC new-yorkais, l'envergure sans ailes de ses rimes vertes, et le potentiel obsessif de ses loops aussi prolétaires que classieuses. Boucles minimales pour Nuit totale. Toujours sur le fil entre l'ennuyeux et le captivant, mais sûr de sa trajectoire. Ses références archi-usées à Scarface par exemple ne sont pas plus rédhibitoires qu'un big up explicite à Satan dans d'autres genres musicaux : le plus sûr moyen d'affirmer sa personnalité, si on est pas de la caste des premiers, est peut-être de rester ancré dans la tradition, afin d'apporter sa touche personnelle de façon subtile et retorse. Même s'il semble ne pas trop savoir sur quelle ambiance composer au début (MF Doom ? Ghostface ?), on se prend petit à petit aux vignettes de vie du Marciano, des fragments crapules qui montrent sa perception glacée du réel - ou plutôt de son réel, à travers le prisme du passé. Son vécu de caillera anonyme dans la "ville verticale" qu'on aperçoit en fond sur cette pochette, à coups de punchlines alignées comme de mornes instructions, autant de descriptions dépassionnées de son biotope. Ses storytellings d'écolier gangsta appliqué qui se relit jusqu'à croire qu'il les a vraiment vécues rappellent bien sûr Prodigy de Mobb Deep, mais elles ont leur propre chimie, leur propre vie. Il est tout à fait possible de passer à côté de Marcberg, comme on évite l'énième racaille encapuchonnée qu'on croise dans la rue... On en esquivera en revanche plus difficilement les chausses-trappes vicieusement disposées au moment où la somnolence menace, comme ce "Pop" d'anthologie, espèce de rap de croquemitaine qui nous plonge dans une dimension maniaque, voire maléfique. Impossible d'oublier ces premières secondes, ni ce refrain bien niqué de la tête qui rappelle le débit vocal des petits aliens de Mars Attacks, sans parler de l'ambiance de giallo halluciné qui recouvre le tout... Terrible ! Suivront "Jungle Fever" et "Don shit", dans un esprit plus classique mais imparable, et la tragico-penaude "Hide My Tears". Marciano a l'intelligence de placer ses titres les plus émotionnels en seconde moitié d'album, laissant le gras morne de Marcberg aux écoutes répétées, qui en révéleront lentement tout le suc. Cet album a une nature composite, mais ne contient aucun vrai déchet (à peu près n'importe quelle piste est isolable pour rotation lourde), et même s'il est loin d'être aussi foisonnant, il se révèle aussi obsédant que les meilleurs solo du Wu-Tang, à l'image de cet enchaînement implacable "Snow"-"Ridin' Around"-"Panic". On est sur Marcberg en cavale ralentie, comme piégé dans un passé alternatif, déconnecté... On veut se refaire les années faste dans un monde hip-hop aseptisé... L'innocence est perdue, ce présent asphyxie et ne sent rien qu'ennui, on dialogue avec le passé depuis les stations d'un monde en voie de dématérialisation... Les ascensions sociales vertigineuses des entrepreneurs du rap game sont vues de loin... Les lumières sont hors de portée... Même si on est meilleur que le 1% du haut qui brille, on est au sol, dans le gris des 99%. Avec les rats et les chats... Comme planqué sous des draps, dans cette nuit rien qu'à nous... Personne autour n'existe.

note       Publiée le dimanche 11 novembre 2018

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Note moyenne        3 votes

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luapluap Envoyez un message privé àluapluap

Le beat de Scarface Nigga, bastos <3.

Note donnée au disque :       
zenithzahir Envoyez un message privé àzenithzahir

S'il y avait actuellement un King of New York bien thug, froid et réaliste, Marciano en serait un bon second couteau, au plus noble sens du terme, façon Bodie dans The Wire, l'intègre. Et vu que Jay-Z se pavane au Louvre avec maman Knowles, le bonhomme est plus que bienvenu.