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DJ Muggs & Roc Marciano › KAOS

cd | 11 titres | 35:17 min

  • 1 KAOS Theme
  • 2 Dolph Lundgren
  • 3 White Dirt
  • 4 The E Train
  • 5 Aunt Bonnie
  • 6 Rolls Royce Rugs
  • 7 Caught A Lick
  • 8 Wild Oats
  • 9 Shit I'm On
  • 10 Wormhole
  • 11 Twist Your Wig

line up

Dj Muggs (production), Roc Marciano (MC)

remarques

Il existe au moins quatre pochettes différentes selon les éditions.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangsta rap lugubre

Muggs a connu une traversée du désert - le terme n'est qu'un peu excessif - avoisinant la quinzaine d'années. Son réveil, assez miraculeux, s'est accompagné d'un appétit créatif insatiable. Chacune de ses sorties depuis - ponctuée d'éditions vinyles limitées "motif iris ou fumée" encore plus grotesquement élitistes que l'univers du whisky single cask - est comme une nouvelle expérience pour ce vieux chichonneur qu'on croyait encroûté mais qui a encore de très beaux restes. Muggs est re-venu au laboratoire à prods de bâtard, oui... Un laboratoire foisonnant de pépites cachées, comme au bon vieux temps des plantations et des ossuaires. Il essaie tout, prend un peu tout ce qui vient à lui, s'associe à n'importe quel MC avec qui "ça matche" du moment que ça maintient sa marmite en ébullition. Par exemple quand il croise le petit Roc Marci, le mac east coast des années 2010, ben ça lui permet d'aligner sans stress une de ses plus belles collections de prêt-à-porter, et sculpte un album cinématographique bien cosy et sinistre, court par la durée mais ample par l'ambiance. Après avoir déroulé l'intro-tapis rouge blaxploitation (au pompier trompeur quant à la suite) et le premier titre bien soyeux-mélancolique taillé sur mesure pour son acteur principal, le réalisateur Muggs s'essaie à différentes formes de laid back mal défini, au grain retro ("The E Train"), puis au son tout morne et grésillant et à l'ambiance d'échoppe orientale mal famée et enfumée, dans l'esprit Elephants on Acid ("White Dirt"... ou plus loin "Wild Oats"). On réalise d'ailleurs vite que KAOS rôde dans une zone pas très nette mais pleine de moulures et d'ombres, où se troublent les silhouettes du dernier Cypress en date et de Marcberg/Reloaded. En plein cœur du film, Muggerud casse la cinétique gangsta-chill-out un peu trop ramollo - voire un peu chianchiante - de son skeud, en lâchant sur nos faces d'ingrats un des purs beats d'assassin dont il a le secret : "Aunt Bonnie" et son talochage stéréophonique élasto-implacable, ambiance goût horrorcore saveur Hammer. Et me fait passer la note finale de 4 à 5 sur 6, hop comme ça. KAOS m'a happé dès cet instant fatidique, pour ne plus me lâcher, que ce soit dans l'ambiance ultra-mob de "Rolls Royce Rugs" ou ces camouflages dans la génération trap-cloud machin ("Caught a Lick") aussi vicieux que feutrés, voire ce "Wormhole" à la boucle aux textures aussi magnétiques que les plus mornes berceuses de Tricky... Jusqu'à ce final certifié pur Marcberg. Marci, qui se contente lui de jouer son rôle habituel, avec son espèce de présence envahissante discrète, typique, alignant des rimes/allitérations aussi subtiles que les pas d'un jaguar en traque dans un feuillage épais. Désormais je ne décroche même plus d'un passage poussiérelou à la MF Doom comme "The E Train" (vous savez ceux qui donnent l'impression un peu agacée d'avoir un vieux poste de radio/de télé allumé à proximité, ou d'être dans un ascenseur des années 50)... et ce KAOS je le réécoute, réécoute, écoute, out, sans m'emballer mais en ronronnant derrière mon cognac, et réalise combien, en fait d'énième album rap bon-jetable de la fin des années 2010, il s'agit d'un disque qui semble ancré depuis des lustres comme quelque obscur grimoire au creux d'une crypte - OK j'exagère, plutôt un SAS tout écorné-jauni au fond d'une bibliothèque de banlieue abandonnée aux squatteurs - avec son son tribal-granuleux, à l'effet d'effritement perpétuel. Un hip-hop squameux, ouais, gris-noir, consommable avec délectation tel un spliff massif roulé dans du papier bible. Pas de featurings, pas de skits, pas de durée excessive pour noyer le poison : rien que la viande du mafioso rap imputrescible, façon fines lanières de bresaola grillées avec amour sur le canon encore fumant du brelic, pour les matous affamés de polars hip-hop.

note       Publiée le samedi 14 décembre 2019

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Raven › lundi 16 décembre 2019 - 11:47  message privé !
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Tuez-les Tous growe encore ici (comme Hell's Roof), ça suivra peut-être...

Note donnée au disque :       
Damodafoca › lundi 16 décembre 2019 - 10:55  message privé !

Comme tu dis, une très bonne période pour Muggs. Ceci dit, de sa blitzkrieg actuel, c'est celui que j'aime le moins. Mais il est tout de même excellent. Les collabs avec Mach Hommy ont ma préférence.