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Yo La Tengo › Summer Sun

  • 2003 - Matador, OLE 548-2 (1 cd digipack)
  • 2003 - Matador, OLE 548-1 (2 vinyle)

cd | 13 titres | 62:11 min

  • 1 Beach Party Tonight [3:06]
  • 2 Little Eyes [4:18]
  • 3 Nothing But You And Me [5:13]
  • 4 Season Of The Shark [4:27]
  • 5 Today Is The Day [5:33]
  • 6 Tiny Birds [5:07]
  • 7 How to Make a Baby Elephant Floeat [3:29]
  • 8 Georgia Vs. Yo La Tengo [3:56]
  • 9 Don’t Have to Be Sad [5:53]
  • 10 Winter A-Go-Go [3:21]
  • 11 Moonrock Mambo [4:49]
  • 12 Let’s Be Still [10:22]
  • 13 Take Care [2:32]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré aux studios Alex the Great, Nashville. Mixé aux studios Shutter Island, New York. Mastering par Greg Calbi aux studios Sterling Sound. Produit par Roger Moutenot.

line up

Georgia Hubley, Ira Kaplan, James Mcnew

Musiciens additionnels : William Parker (contrebasse sur 1, 3, 9, 12 et 13), Roy Campbell Jr (trompette sur 1, 9 et 12), Daniel Carter (sax ténor sur 1, sax alto sur 9, flute sur 12), Katie Gentile (violon sur 6), Tim Harris (violoncelle sur 6), Sabir Mateen (sax alto sur 1, sax ténor sur 9), flute sur 7 et 12), Paul Niehaus (pedal steel sur 13)

chronique

Styles
soul
chanson
country
electro
folk
jazz
pop
Styles personnels
le vin de l'été

Il s’agirait cette fois de poser son pied, sa plante nue sur le sable doux. Au sortir de la Très Vaste Flotte, des abysses visitées par l’album d’avant – ou n’était-ce qu’un interlude, ce Sounds of the Sounds of Science, bande son d’une série de documentaires où s’égaillaient et essaimaient, où patientaient les faunes et les flores sous-marines ? Il se serait temps, maintenant, de s’exposer aux brises, sur le bord, au rivage. De se rincer à l’eau fraîche juste avant le couchant. De sentir encore le sel qui s’exhale et se mêle au halo du goudron du parking, derrière le parapet qui délimite la plage. D’entendre le port qui somnole, alors même que le soir voit passer les familles qui retournent au foyer, les jeunes corps qui vont insouciants, du pas inverse, où ils feront un feu. Ou peut-être pas. Qui sait ? Qui sait ce que veulent dire ceux qui tissent des histoires, comme celles-ci élusives, pratiquent si bien l’ellipse qu’on jurerait, la page tournée, avoir lu toute la scène ? Qui mesurerait d’un regard tout ce que cache en non-dit, en subtiles couches d’harmonies infléchies, les lignes nettes de leurs chansons, à ces trois là, sur ceux de leurs disques à la plus apparente indolence ? … D’où vient que la voix de Georgia, ici, s'accote si souvent à notre oreille, tout contre ? Où est-elle allée prendre ce timbre chaud, grave et léger, touchant comme un parfum où se loverait le plus sincère aveu à l’instant le plus juste ? Comment, plus loin, retrouve-t-elle cette fraicheur presque adolescente, cette légèreté à l’octave au-dessus, qui désarme et attire. Et pourquoi ne peut-on se défier – serait-ce une seule seconde, cette fois – d’aucun de leurs mots, sans pourtant tous les comprendre, sans que ne se perdent pudeur, mystère, inquiétude, même, parfois, sous certaines lumières ? Il semble qu’on y vit : avec eux ou tout proche. Et les indices d’un drame possible, les remous lointains, leur écho qui résonne quand ils hurlent cachés loin sous les peaux. Cachés comme les corps parés très simplement. Nothing But You and Me, après tout, pourrait tout aussi bien relater l’une de ces brouilles de couple qui ne durent que l’heure amère ; ou la rupture qui s’anticipe ; ou bien encore… Le meurtre de l’aimée, consommé sans retour, le gouffre ou tomberait celui qui resterait. Mais l’air est ravissant, l’heure calme ; et tellement séduisant, ce piano qui flotte plus bas que la ligne de vue. Partout ailleurs, aussi, tout est subtilement ombré ou paré de reflets qui habille comme un velours en épiderme. Yo La Tengo, passé depuis longtemps maîtres dans l’art des climats, des proportions qu’il faut livrer à leurs chaleurs, leurs courants, leurs lumières, choisit cette fois d’affiner le trait soul, les lignes de basses en main gauche d’un piano frôlant une grâce jazz. Encore, oui : toujours plus ; toujours plus doux, cette fois. Comme toujours lorsqu’ils le veulent - depuis des albums, des années - toutes leurs racines, leurs horizons, leurs amours choisies se mêlent, fleurissent ou passent sans qu’on puisse les trier, les compter, les séparer d’une main, d’un œil inquisiteurs. Flûte en volières toutes années soixante-dix, textures de claviers liquides ; voix passées par des effets qui en rehaussent l’évidence plutôt que de les noyer ; trompette au timbre fêlé : restons calmes, immobiles au milieu du mouvement coulé ; et cette batterie qui n’en finit pas de gagner en ampleur, en précision, foisonnement de timbres ; ces harmonies de chants et d’instruments qui caressent des voûtes où s’ébrouaient jadis les Byrds - pas moins riches, pas moins travaillées de questions inquiètes sous leurs perfections plastiques. Pas d’explosion, ici, d’embrasement électrique. Le soleil d’un été – celui du New Jersey ? – nimbe le monde d’une lumière vibrante où se saturent les teintes avant de se dissoudre, de fondre dans le soir. L’atmosphère se dilate, on entend, on devine le grondement dans les vaisseaux, dans les artères sous le bêton, quand on s’éloigne de la mer. Et elle qui souffle, sans fin, respire sans se soucier qu’on soit encore prêt d’elle, le soleil disparu derrière son impassible masse. Les nefs trop tendus, trop pressés, n’y saisiraient rien. Parcourant les surfaces ils s’agaceraient, s’enfuiraient vers le bruit. Laissons-les. Il s’agit d’une saison qui recèle ses promesses. Au moment du départ, c’est à nouveau Georgia. "Take care", nous dit-elle, lui dit-elle, leur dit-on. Prends soin de, attention. C’est un jour qui s’en va. Et il y a dans sa voix comme un regret dédié à celui qui s’achève. Oh, léger, pourtant, reconnaissant, presque impalpable. C'est l'empreinte fugitive d'une saison qui file.

note       Publiée le mardi 19 juin 2012

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Dioneo › vendredi 2 février 2018 - 14:44  message privé !
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PS : Puis ils arrivent quand-même - à la place des longs larsens qu'ils calent souvent à ce moment là de leurs disques - à nous glisser une jam Broadcast meets Lambchop meets... meets Herbie Mann (si... sans les côtés chiants ou gnan) tout en flûtes (donc) et piano, à la (presque) fin. "Let's Be Still" ouais - mais sans qu'on bronche, nous, parce qu'il est très cool, ce morceau.

Dioneo › vendredi 2 février 2018 - 14:17  message privé !
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Réécouté - j'y reviens doucement, ces temps, à Yo La - cette nuit à volume très faible en m'endormant... J'avais l'impression qu'un ami aimé et de confiance parlait à des amis de confiance et aimés, pas trop fort, à côté, pendant que dans le noir j'arrivais tranquillement au sommeil. En plein jour - et il fait encore beau ici, ce coup - ça se confirme comme à chaque fois : un de leurs plus chouettes disques, à y revenir, et sous ses airs d'abord très posé, sans coups d'éclat noisy, ses couleurs pas flash. (C'est sûr qu'il ne faut pas y chercher des nappes de feedback comme ils peuvent faire sur d'autres... Mais ce groupe n'est pas que ça). Bon, et elle est pas fini, cette disco, encore, va falloir s'y remettre.

Seijitsu › jeudi 14 mars 2013 - 21:14  message privé !

Je suis très déçu par le petit dernier. Je trouve qu'il porte son titre à merveille...

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 14 mars 2013 - 19:21  message privé !
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Bon, en ce soleil de pré-printemps j'ai craqué... Chopé ma place pour eux, lundi prochain au Bataclan. 30 reus quand-même et j'aime moins le dernier (Fade) que le précédent (Popular Songs)... Mais j'avais vraiment envie de voir/entendre ceux-là sur scène pendant qu'ils tournent encore (vingt-sept ans qu'ils y sont, mine de rien).

Aladdin_Sane › vendredi 1 février 2013 - 10:23  message privé !

Le petit dernier "Fade" est trés bon. On dirait parfois le Velvet qui fait du Krautrock...