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Yo La Tengo › The Sounds of the Sounds of Science

cd | 8 titres | 78:48 min

  • 1 Sea Urchins [10:22]
  • 2 Hyas and Sternohynchus [9:12]
  • 3 Shrimp Stories [6:43]
  • 4 How Some Jellyfish Are Born [8:22]
  • 5 Liquid Crystals [8:54]
  • 6 The Love Life Of The Octopus [11:59]
  • 7 Acera Or The Witche’s Dance [8:15]
  • 8 The Sea Horse [13:18]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré et mixés aux studios Bank of Woodland, Nashville, par Roger Moutenot, sauf : Liquid Crystals enregistré par James McNew au local de répétition du groupe, Etats Unis d’Amérique ; The Sea Horse et Shrimp Stories, mixé aux studios Water Music, Hoboken, New Jersey, par John Agnello. Mastering par Greg Calbi, assisté de Steve Fallone, Sterling Sound. Aide à la production : Jesper Eklow, Jenna Young, Mark Ohe.

remarques

Les morceaux – tous instrumentaux – qui constituent cet album ont été écrits pour accompagner la projection de huit films courts documentaires du cinéaste Jean Painlevé (1902-1989). Ces films – montrant la vie sous-marine sous divers aspects – ont été projetés en 2001 au Festival International du Film de San Francisco, le groupe jouant en direct durant la projection.

chronique

Une pause, dans leur discographie ? Voir. Ceux-là, disais-je, ne tiennent jamais en place. Jamais ne se figent. Vont voir ailleurs, toujours, ce qu’ils pourraient bien y être. Entre deux albums, sortent parfois de singuliers objets. Disques où, pour d’autres, ils tissent les ambiances de curieuses histoires, contées d’une drôle de voix (Strange But True, avec Jad Fair) ; quand ils n’y jouent pas à leur manière infléchie le son d’une décennie supposée d’Ors aux Éclats Pop (V.O.T.E., avec Chris Stamey, ex dB’s obnubilé à vie desdites années soixante). E.P. carrément free jazz plein de gens de l’art et d’enfants (Nuclear War, déclinaison en trois version et un remix du titre homonyme de Sun Ra)… Ou bien, ici, bande-son pour un cycle de documentaires dévoilant les fonds marins, montrant leurs peuplades et leurs mœurs, livrés parfois pour la première fois à l’œil d’une caméra, à l’époque de leur sortie (les courts-métrages concernés ont été réalisé par le Français Jean Painlevé entre 1929 et 1972). Disque dénué de toute voix – monde du silence oblige ? – serait-elles en chœurs, feraient-elles simples textures sans mots. Sans invités, aussi, ce qui à ce moment du parcours du trio faisait plutôt exception. Georgia, Ira, James, donc. Batterie, guitare, basse… Une multitude de claviers, semble-t-il, aussi – ou du moins qui s’en écoulent à foison, couleurs et reflets, matières fluides et boucles agglutinées. Et des formes un peu floutées. De ces subtiles et vives manières que développe le groupe, depuis ses débuts, qu’il affine sans cesse, de mêler tous les genres, toutes les musiques, toutes leurs amours, on saisit moins, là, l’empreinte et les contours, les teintes insaisissables ou franches. En ces huit pièces se jouent plutôt des motifs tournés, en variations infimes, en mouvements continués, répétés, amplifiées sur de longues minutes. Des atmosphères s’installent, encore plus épaisses, plus lentes qu’ailleurs – la densité, sans doute, de ces milieux marins. Entre ces lignes souples semble se mouvoir une forme relâchée – presque toujours tranquille – de l’improvisation. De très progressifs glissements de mélodie, d’occasionnels écarts de rythmes, comme pour contourner un courant contraire, un obstacle, un regard prédateur. A tel point, telles latitude et profondeur, ce sont des grincements qui remplacent la ritournelle : cris peut-être plus rêvés ou sentis qu’entendus, sorte de barrissements répercutés plus que perçus depuis leur source. Bruits pas forcément rassurants – on sait quelles violences s’emparent à leurs heures de ces mondes cachés, plus sourd à nos sens que d’autres, parce que moins bien connus – mais parfois séduisant, justement pour leur étrangeté. Une musique portante, et qui épouse étroitement les reliefs qui la contiennent. Et force est de l’admettre : qui captive moins que d’autres jouées par ces trois-là. Ces images, ces scène manquantes – évoquées aussi, comme au passage, par ces titres parfois si sibyllins qu’ils en deviennent poésie (mais que sont-ce, diantre, qu’Hyas et Sténorinques !) – cette musique en dérive ne parvient pas toujours à les exsuder, à les sécréter afin qu’elles nous submergent, se mettent en branle autours de nous. Certains passages font creux, réduits à leur seule dimension sonore, sans qu’on parvienne, à chaque écoute, à s’y loger pour contempler autours les ballets des bancs argentés, l’irisant de la houle qui tournent leur éclat… Un coup pour rien alors ? Pas vraiment. Pas pour ceux qui jouent. Eux continuent de changer, de bouger les repères sans rien perdre d’eux mêmes, de tout ce qui fait qu’on les reconnaît et qu’on revient souvent à eux. La guitare d’Ira trouve de nouveaux gestes, de nouvelles vitesses ; des timbres doux qu’elle combine comme ailleurs ses fracas : en toute liberté mais comme au ralenti, et comme vus de plus loin. Les claviers s’infiltrent, débordent plus qu’avant, se font masses, parfois, poussées plus que souffles ou simples nappes. Et la batterie de Georgia gagne encore en souplesse, en finesse, en science intuitive aux longs cycles tournés… Toutes subtilités, tout richesse qui se dévoileront mieux écoutées en état d’attention flottante (logique, me dites-vous, vue la thématique ?) ; aux abords du sommeil, par exemple, dans une obscurité qui se fera écho des profondeurs entreprises ; en état d’éphémère euphorie, sous une lumière et à l’heure adéquate, quand on sera réceptif aux détails qui s’éploient pour modeler l’ensemble… Puis à d’autres moments, il faut bien l’avouer, on n’y entrera pas, on n’y percevra guère que les répétitions, les constructions à peine ébauchées, la part manquante, qui est celle des yeux. Et l’on éjectera le disque, pour attraper l’un de ceux d’avant, l’un de ceux qui alors restaient encore à faire. En léger état de rêve toutefois ; avec d’étranges curiosités ; avec l’envie, de fait, d’aller dénicher les bandes, les métrages sur quoi furent d’abord jouées ces pièces. C’est qu’on aimerait maintenant, tout de bon, les rencontrer : cette Acéra au Bal des Sorcière ; et ces Amours de la Pieuvre qu’on y a pas trouvé à chaque fois, à chaque écoute… Afin qu’elles nous enlacent, alors, de tous leurs bras. Afin qu'on s'y absorbe, entier, au Mobile Élément.

note       Publiée le jeudi 7 juin 2012

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Dioneo › samedi 9 juin 2012 - 12:03  message privé !
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(Et j'ajoute donc en extrait un bout des "Amours de la Pieuvre" en version film...).

Dioneo › samedi 9 juin 2012 - 11:48  message privé !
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Tiens... Je viens de voir que deux doubles DVD (régions 1 et 2...) sont dispos sur le site du groupe, présentant 23 films du Jean Painlevé en question, dont les huit pour lesquels les morceaux de ce disque constituent les bandes-sons, un documentaire sur le réalisateur lui-même... En tout cas sur la version région 1 (US). Le contenu est moins détaillé (sur le site je veux dire) concernant la version région 2 mais c'est à priori le même, hormis cette question technique. Ah, et ça s'appelle Science is Fiction. (Bon, 32 et 45$ par contre... Je crois que je vais hésiter un peu).

Wotzenknecht › samedi 9 juin 2012 - 08:32  message privé !  Wotzenknecht est en ligne !

Je me dois de le dire : j'adore les titres. 'Shrimp Stories'...