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Yo La Tengo › And Then Nothing Turned Itself Inside Out

  • 2000 - Matador, OLE 371-2 (1 cd digipack)
  • 2000 - Matador, OLE 371-1 (2 vinyle)
  • 2011 - Matador, OLE 371-0 (2 vinyle)

cd | 13 titres | 77:15 min

  • 1 Everyday [6:30]
  • 2 Our Way To Fall [4:17]
  • 3 Saturday [4:17]
  • 4 Let’s Save Tony Orlando’s House [4:59]
  • 5 Last Days Of Disco [6:27]
  • 6 The Crying Of Lot G [4:43]
  • 7 You Can Have It All [4:34]
  • 8 Tears Are In Your Eyes [4:33]
  • 9 Cherry Chapstick [6:09]
  • 10 From Black To Blue [4:46]
  • 11 Madeline [3:35]
  • 12 Tired Hippo [4:44]
  • 13 Night Falls On Hoboken [17:41]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré aux studios Alex the Great, Nashville, mixé aux studios The Big House, Manhatan. Mastering aux studios Sterling Sound par Greg Calbi. Enregistrements supplémentaires : David Henry (Nashville), Bill Emmons (Manhattan), Peter Walsh (« sur place à Brooklyn »), Wayne Dorell (au Pigeon Club, Hoboken). Produit par Roger Moutenot.

line up

Georgia Hubley, Ira Kaplan, James Mcnew

Musiciens additionnels : Susie Ibarra (batterie sur 1 et 3), Tim Harris (violoncelle sur 10), David Henry (violoncelle sur 7), Kris Gillespie (programmation sur 4)

remarques

« When in Nashville, visit Prince’s Hot Chicken Shack. »

chronique

Styles
jazz
pop
rock
Styles personnels
night bulb

Cette pochette bleu nuit. Ce titre. Cette introduction en orgues bourdonnées. Celui-là serait-t-il un autre Painful – le bien nommé, l'album opaque, étreint d'angoisses, sorti sept ans plus tôt ? Travaillé de doute, de mots qui sortaient cassés d’avoir été trop retenus ? Ses flammèches presque fugitives, ses reflets rendus mats pour ne pas exposer des teintes et des motifs qu’un trop grand jour tuerait... Eh bien non. Pas vraiment. Pas du tout, finalement. Everyday – le titre d’ouverture – peut bien énoncer des souhaits peu rassurants, de bien troubles énigmes ; charrier, à la tombée du soir, la litanie de jours qui s’égrènent sans but ; les voix on beau flotter en harmonies mineures qui tamisent la lumière, la filtrent, la renversent… Cette nuit là ne sera pas sourde. La parole tue ne sera pas flamme ravalée, qui ravage l’intérieur et ferme les regards. L’ambigüité même, les zones d’ombres laissées vierges, délibérément, se font ici séduction, repos des sens où la raison, les questionnements, au lieu de ronger et d’étrangler, se relâchent et se libèrent. En fait de suite, de réponse – dans la discographie du trio – And Then… serait plutôt le pendant immédiat du puits de lumière I Can Hear the Heart Beating as One, qui l'avait précédé trois ans plus tôt. Il s’ouvre donc au crépuscule d'un jour plein traversé, parcourus d’indices, d'éclats de mémoire, de bouts des fulgurances qui fusaient sous les feux. Le soir tombé, on regagne la demeure. À l ‘écart de la ville et des ses artères sans sommeil, en s’éloignant aussi du roulis, sur la côte, qui faisait prendre Hoboken pour la Californie. Le foyer, avec tout ce que le terme implique de chaleur couvée, de repli familier, ne nie rien de l’extérieur ni de ce qui se doit dire. La maison et le jardin, le chemin, devant. Et en fond, derrière, la forêt haute et profonde. I Can Hear… était tendu, gonflé – comme on dit d’un muscle, des poumons, des corps en plein saut – d’aspirations, d’influx multiples, en formes aux découpes parfaites. Ses racines et ses tiges poussaient partout sur les musiques d’Amérique, populaires, sous-terraines, mêlées comme sont celles-là passées les plates, les trompeuses évidences. Je vous parlais d’un certain jazz, dans la souplesse et le bruissant, qui semblait gagner, plus que jamais, la batterie de Georgia. Le groupe, ici, invite sur deux morceaux la subtile et forte Susie Ibarra, percussionniste incomparable, rompue aux formes libres – et riches ô combien – de cette autre musique née sur leur continent, qui s’est toujours mêlé de toutes : en secrets courants, couleur infiltrée ; en inducteur d’autres vitesses qui déliaient les trajectoires. Susie, oui… Mais au delà, partout autours, cette autre pulsation semble gagner le pouls, le sang qui vibre à ce nocturne. Dans les tambours et les cymbales, certes ; mais encore aux claviers – qui sourdent, ici, en textures émulsives, se font là ossature, solide mais gracieuse, dessinent bien plus que les guitares la forme où vient se draper l’étoffe de la chanson ; aux voix qui trouvent de curieux équilibres, à leur grain, à leurs timbres, qui cherchent le degrés pour incliner la note. I Can Hear… alignait, combinait à merveille des plages concises ou développées mais au dessin toujours très net, vivace, enlevé (avec en exception, bien sur, les deux longs morceaux qui concluaient presque le disque, plein de textures fondantes ou abrasées… Innocente exception ? Allons...). And Then… fréquemment, déploie des formes amples, qui évoluent comme en dérives, en tournoiements ; toutes en nuances d’abord imperceptibles ; des chant qui captivent par leur lenteur, nous invitent, s’enveloppant de voiles, à venir tout près pour mieux voir, mieux entendre, recueillir les voix douces. Distance d'intimité ou de recoin caché. La musique ouvre des espaces où se coulent, ou se glissent des scènes. Des échanges, des aveux parfois si francs, directs qu’ils nous déstabilisent – peu habitués que nous sommes à entendre ceux-là nous décrire sans la moindre torsion de verbe, sans mystères et métaphores, scènes de ménage et faiblesses livrées. L’instant d’après ce sont réconciliations, larmes séchées sans agacement, sans hautaine pitié. Ailleurs, des figures sont évoquées, publiques, passées – un certain Tony Orlando, apparemment déchu dans son pays, bien inconnu dans nos contrées – comme une réminiscence à l’instant où la veille se trouble. Et puis des souvenirs plus intimes et floutés – Madeline, es-tu vraiment sœur de Georgia ? Ira, la fatigue glissant, voit une fille vêtue seulement de baume à lèvre couleur cerise – ça lui plaît, oui, mais c’est le rendez-vous d’un autre, encadré dans la porte d’un autre. Tout se tient – images fantasmées, instants de lucidité, sursaut – à cette minute où le jour s’éteint ; où la langueur gagne, des heures accumulées ; où par instant on ne distingue plus bien le rêve du souvenir, le déliré du très concret présent. Où l'espace d'un battement, gravité, amusement se fondent d'un seul corps. Passage instrumental, en surf music ombres et translucide. Puis "La Nuit Tombe sur Hoboken". La voix parle de quitter leur misère, quitte à ramper au point voulu. La voix murmure. La voix se tait. Les sons continuent. La musique. Profonde. Bleutée, qui tire vers le noir, de plus en plus ; ténèbre reposante, accueillante, où rien ne s’annule qui ne renaîtra, neuf, au matin. Avez-vous vu, sur la pochette ? Cette lumière, sur le côté ? Ce personnage qui lève son visage vers le ciel, vers une source électrique. Bec de gaz, éclairage public ? ou bien dérive encore d’un esprit, légère malice, histoire d’engin spatial qui vient pour l’enlever ? La nuit seule saura. La nuit nous enveloppe. Il y fait bon. L’irrésolu, aux orgues en lentes extinctions, s’apaise... Mais demeure, où s'ouvre le sommeil.

note       Publiée le lundi 21 mai 2012

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Klarinetthor › mardi 5 mai 2015 - 14:49  message privé !

Ca a l'air bien ce petit groupe; mais plutot nocturne pour cet album. Je vais me remettre au groupe par un autre bout

Dioneo › lundi 4 mai 2015 - 20:19  message privé !
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@consonnes : Ben si ça te prend, t'as vu que t'aura l'embarras du choix, en tout cas... (Et encore, il m'en reste quelques uns à chroniquer, depuis un peu trop longtemps d'ailleurs).

@shoegazeman : Tiens... Je me retrouve pas toujours dans tes rapprochements/comparaisons mais là on est d'accord : elle a en effet quelque chose de stéréolabial, cette chanson ! Le côté chabada-bou en boucle n'y étant évidemment pas pour rien.

Ntnmrn › lundi 4 mai 2015 - 19:55  message privé !
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Je sais pas moi je ne me la repasse qu'avec un frisson de dégoût... bizarre, l'explication se trouve sûrement dans des remous infantiles de mon ça. Je file de ce pas sur la face diurne, du coup, hop. Mais à vrai dire je me dépêtre déjà difficilement de celui-ci ! (je veux dire - il va tourner encore pas mal avant que je me penche sérieusement sur le reste !)

Note donnée au disque :       
Seijitsu › lundi 4 mai 2015 - 19:39  message privé !

Mais elle est géniale You can have it all ! Aussi grande que le meilleur de Stereolab.

Note donnée au disque :       
Dioneo › lundi 4 mai 2015 - 19:33  message privé !
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"Forcément, toi, si c'est pas véporeuwéveu...".

Connerie à part je l'aime bien, moi, ce morceau pop léger/tout doux avec ces bab-bap-palapa-bapbap. (Tu t'es essayé à la face diurne - I Can Hear The Heart Beating As One, je veux dire - au fait, finalement ?)