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Yo La Tengo › Fakebook

cd | 16 titres | 42:18 min

  • 1 Can’t Forget [2:13]
  • 2 Griselda [1:54]
  • 3 Here Comes My Baby [2:26]
  • 4 Barnaby, Hardly Working [4:12]
  • 5 Yellow Sarong [1:37]
  • 6 You Tore Me Down [2:48]
  • 7 Emulsified [2:46]
  • 8 Speeding Motorcycle [3:16]
  • 9 Tried So Hard [2:13]
  • 10 The Summer [2:40]
  • 11 Oklahoma, U.S.A. [2:18]
  • 12 What Comes Next [3:11]
  • 13 The One To Cry [1:47]
  • 14 Andalucia [3:33]
  • 15 Did I Tell You [3:21]
  • 16 What Can I Say [2:03]

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enregistrement

Enregistré par John Siket aux studios Water Music, Hoboken. Produit par Gene Holder.

line up

Georgia Hubley (chant, batterie, orgue sur 11 et 14, guitare sur 8), Ira Kaplan (chant, guitare acoustique, guitare sur 6, 7 et 12), Dave Schramm (guitare, guitare steel, orgue), Peter Stampfel (chant et violon (fiddle) sur 13), Al Greller (contrebasse)

Musiciens additionnels : The Pussywillows (chant sur 7), Gene Holder (basse électrique sur 10)

chronique

Les objets hors-cadre, hors-ligne, chez Yo La Tengo… C’est toute une histoire ! Parallèle, simultanée ; ou bien déviée mais qui mèneraient à des suites évidentes, passé le mouvement de surprise premier. Entre les albums officiels, qui se succèdent à rythme à peu près régulier – ceux qu’ils signent de leur seul nom, j’entends, dont le statut de Nouveau-Yo-La-Tengo ne fait aucun doute – le groupe prendra toujours la liberté, s’autorisera souvent la malice, à des intervalles surtout pas prévisibles, de sortir des disques dont on ne saurait aisément cerner le motif, l’intention, le sérieux de l’implication… Collaborations en doubles noms accolés – avec Jad Fair (de Half Japanese), Chris Stamey (des dB’s, entre autres) ; bande son composée pour un documentaire sur les faunes marines ; E.P. tout entier consacré au Nuclear War de Sun Ra, en compagnie d’enfants ou d’avant-gardistes du jazz à priori pourtant bien éloignés de leurs bases de folkeux, rockeurs bruitistes, tisseurs de ballades en fils de verre… C’est une discographie vivante, qui se répond de points en points, mais sans jamais se figer en système, sans argutis conceptuels qui chercheraient à sceller l'œuvre. Et les reprises, puisqu’on en parle ! Ce n’est pas rien non plus, chez eux ; c’est rarement un détail. Dès les débuts, ils se sont piqué d'en faire jeu – la face B de leur premier 45 tours, déjà, exposait une chanson des hippies californiens de Love, à priori bien hétérodoxe aux cercles ‘indie’ où ils frayaient alors – s’en étaient fait une spécialité, cherchant les gemmes inconnus chez les plus célèbres, les plaçant à côté de chansons de leur plume pensées pour que, bien vite, on ne les distingue plus quant à la provenance. Et puis cette insistance à se rejouer eux-mêmes – mais toujours autrement, parfois méconnaissable juste assez pour qu’on se demande ce qui nous semble là-dedans entendre de familier. Fakebook, donc, premier album de reprises signé Yo La Tengo. Sorti dans la foulée de ce President… où le groupe trouvait tout de bon sa voix, la matrice, en quelques sortes, de ce qui fera leurs manières multiples. Un disque où éclatait pour la première fois leur sens du bruit joyeusement éruptif, du riff en panique dérapant en pics et en trainées. Où s’esquissait juste à côté leur habileté nouvelle à tourner la ritournelle sans poids apparent, sans futilité dans le tracé pourtant, en dessin non servile, pleinement original ; habitée d’émotions vives, de nuances aux charmes pudiques ; d’aveux posés nus dans les plis de la gaze. C’est ici qu’on trouvera la substance de Fakebook, dans cet art du dévoilement et de l’ombré, du rayonnement qui s’égaille sur des surfaces facettées. Et puis aussi, les gens d’Hoboken viennent puiser à des sources mêlées, sous l’apparente cohérence ; Fakebook – le mot – évoque le document falsifié, un livre dont on aurait réécrit sans rien dire des passages. L’histoire que raconte Yo La Tengo, ici, c’est celle de certaines années soixante, où les guitares se faisaient cristal chantant, ou les chœurs légers des vierges en appelaient à l’embrassement, sans aucune arrière-pensée. Le temps de l’innocence ? Mais voilà ! Yo La tengo, ici, citent aussi Ray Davies – celui des Kinks – l’acide et le doux amer, l’observateur désenchanté, le maître d’une ironie nimbée de mélodies sans tâches. Et lui empruntent justement, à lui le Britannique en son plus insulaire, une chanson qui parle de leur Amérique native, d'un coin de terre reculé au fond de l’exode rural. C’est que cette musique, subtilement, déplace les frontières – oh, même, imperceptiblement. Elle ne sabote pas : elle réarrange. Et de là nait l’inédit qu’il nous semble de toute éternité connaître et fréquenter. Cat Stevens – avant la barbe de prophète ? – côtoie ces écervelés de Flaming Groovies, avec au milieu ces inconnus nommés The Scene Is Now, apparemment fort prisés, en revanche, du couple Kaplan-Hubley. Ces deux-là invitent Peter Stampfel, folkoriste cintré de cet âge supposé d’or – les années soixante, disais-je – qui avec ses Holy Modal Rounders subvertissait les musiques de terroir en ragas. Une danse de saloon à l’argument de midinette s’efface quand passe John Cale, son hymne d’exil en miettes chèrement serrées au creux de la paume. Et puis ces chants perchés, sur Emulsified ! Ne serait-ce point des voix tirées par les machines vers ce drôle de fausset – ne serait-pas Kaplan lui-même, ces Pussywillow qu’on nous vente sur la pochette. Yo La Tengo nous souffle que R.E.M., ce ne sont pas les Byrds – mais justement aussi pour tout ce qu’il y a de commun à leurs manières de ciseler. Le couple nous fait croire que Kim Gordon – celle de Sonic Youth – a toujours chanté dans White Noise – les trafiqueurs géniaux de l’album An Electric Storm, en 1968. Sauf que bien sur, ni l’une ni l’autre mais les deux, il s’agit bien de Georgia Hubley. Georgia qui donne sa voix, plus que jamais avant, en explore discrètement ce timbre mat, cette chaleur de soirée, quand tout est contenu, au repos ; tout prêt à déborder – désirs, aspirations, appréhensions, expectatives. Singulièrement, avec cette voix qui trouve sa justesse, c’est la musique du groupe, aussi – je parle là des quelques plages qui ne sont pas d’autres plumes, disséminées sur tout le disque – qui se fait leur, indéniablement. L’angle est changé, d’où se disposent les chansons originales. Il ne s’agit plus de rendre indiscernables, dans ce répertoire prestigieux, celles qui sont de leur main. Bien au contraire elles se détachent – non par effet d’un quelconque contraste mais par la grâce d’inflexions finalement inimitables – en silhouettes distinctes et pourtant fugitives, presque. C’est une question de tournure mélodique évidente mais non-pareille, de voix qui harmonisent à telles hauteurs de gorges, de chant faussement monotone qui se fait empreinte véritable. Ira, Georgia, se placent librement dans cette lignée qu’ils ont choisie, cette généalogie qu’ils s’inventent. En égaux, en pairs – non par effet de mégalomanies mais parce que ceux qui nous parlent, depuis les passés innombrables, sont ceux qui nous désignent, nous énoncent, nous dénoncent comme leurs semblables. "Que puis-je dire ?", conclut Georgia, tout au bout de l'objet. Hors-ligne, vous disais-je. Qu’allons nous retrouver en reprenant le cours ?

note       Publiée le dimanche 19 février 2012

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Dioneo › mercredi 13 mars 2013 - 16:07  message privé !
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Ah, faut que je finisse de chro cette disco, d'ailleurs... Ça viendra encore après d'autres trucs, je pense mais je vais essayer de pas trop repousser quand-même. (Et il est pas mal pour aborder chez eux celui-là, oui, en fait).

Horn Abboth › mercredi 13 mars 2013 - 16:03  message privé !

suis en train de découvrir et ça s'annonce plutôt bien ! Affaire à suivre...

Dioneo › dimanche 19 février 2012 - 21:17  message privé !
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Ouaip ! Posté le lien, tiens, vers ledit clip. Une des meilleures du disque, je trouve, celle-là - et je les aime beaucoup dans celui-là parmi leurs styles.

dariev stands › dimanche 19 février 2012 - 21:08  message privé !
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ah The Summer et son clip déroutant... ah, Speeding Motorcycle ! ah ah ah....

Dioneo › dimanche 19 février 2012 - 20:40  message privé !
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En même temps il m'en reste un paquet à poster.

(Rhâââ, Mushroom Cloud of Hiss, là, sur May I Sing....).