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Yo La Tengo › I Can Hear the Heart Beating as One

cd | 16 titres | 68:18 min

  • 1 Return to Hot Chicken [1:40]
  • 2 Moby Octapad [5:49]
  • 3 Sugarcube [3:21]
  • 4 Damage [4:39]
  • 5 Deeper Into Movies [5:23]
  • 6 Shadows [2:27]
  • 7 Stockholm Syndrome [2:51]
  • 8 Autumn Sweater [5:18]
  • 9 Little Honda [3:07]
  • 10 Green Arrow [5:44]
  • 11 One PM Again [2:26]
  • 12 The Lie And How We Told It [3:19]
  • 13 Center Of Gravity [2:42]
  • 14 Spec Bebop [10:41]
  • 15 We’re An American Band [6:25]
  • 16 My Little Corner Of The World [2:26]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au studio House of David, Nashville. Mixé aux studios Big House et Magic Shop, New York City. Mastering aux studios Masterdisk, par Greg Calbi. Produit par Roger Moutenot.

line up

Georgia Hubley, Ira Kaplan, James Mcnew

Musiciens additionnels : Al Perkins (guitare lap steel sur 2, guitare pedal steel sur 11), Jonathan Marx (trompette sur 6)

remarques

"I see a beach... the waves pounding against the shore. A beautiful girl, her heart beating against her breast. I see a tall, handsome man. Now I see it ! Now I see it ! I can hear the roar of the Ocean. And finally I can hear the music of love. I CAN HEAR THE HEART BEATING AS ONE".
Cœurs dessinés par Jad Fair.
L'édition Matador (OLE 222X) de 1997 propose, en plus de l'album, le single de la chanson Little Honda sur un deuxième CD.

chronique

Soudain la lumière s’écoule dans les rues. Elle se répand en flots qui les emplissent et les balayent. Les fait vibrer en phases alternées. Hoboken – New Jersey – l’ancienne île (incidemment terre de naissance du baseball…), devient San Francisco l’Illuminée, sise près de la faille sismique ; ses rues s’inclinent en pentes vertigineuses ; l’air y brasse les parfums, la douceur d’une Californie tout à coup débarrassée de ses siècles d’indolence et de violences couvées. Des surfeurs embrassent la marée. Arrivé la veille de sa Los Angeles toute d'autres néons vêtue, une fragrance à peine perceptible d’embruns et de carburant nimbant sa chevelure, Brian Wilson – le Beach Boy, oui – s’assoit en homme de bonne compagnie à la place du passager, vous cède le guidon de sa petite Honda. Le plus beau, dans tout ça, c’est que la vie ne s’amenuise pas, ne perd nulle dimension, ne s'appauvrit pas en béatitude sans relief. Les mots ont toujours mille sens, leurs combinaisons ne cessent d’assembler mille pièges et merveilles. Et rien n’étouffe, toujours, dans leur ambiguïté. Le doute se mue en courage, raison de faire face et d’explorer. Le familier n’est plus emprise morte : on tient à lui, chaudement, mais le monde, autour, ne cesse de grouiller, d’insuffler, d’exiger qu’on y bouge. I Can Hear The Heart Beating As One, huitième album de Yo La Tengo – et premier des leurs au titre interminable – est une vivante perfection. Ouverte, poreuse, entière mais si riche qu’on ne saurait – nul n’est omniscient, nul ne possède en leur entier l’histoire et les écrits, les sons et l’harmonie, les bruits, les images, les émotions par quoi, depuis les temps, passent les existences – qu’on ne pourrait au bout d’une vie d’écoute en lire tous les signes, en sentir tous les souffles, saisir tous ses courants ; en goûter toutes les chairs, épuiser sa substance. Electr-O-Pura, le disque précédent, empilait avec un léger défaut de grâce – tant chez ceux-là on s’était habitué aux fluidités, aux évidences tournées en coq-à-l’âne (et inversement tout autant que variantes). Comme une suite d’embardées moins maîtrisées – dans leurs embriquements, dans les élans qu’ils se passaient l’un l’autre, les éclats qu’ils se lançaient en indices et réponses – qu’à l’accoutumée (depuis au moins May I Sing With Me, à mon sens, si ce n’est Fakebook voire President Yo La Tengo). Une sorte d’éclatement, après la hantise nocturne de Painful, un accès où les trois – Georgia, James, Ira – faisait flamber tous leurs talents et sourdre toutes leurs sources mais d’un geste un peu nerveux, un peu précipité quant au passage d’un gemme à l’autre. I Can Hear… les retrouve pratiquant leur art comme une respiration retrouvée, touchant enfin – encore ? – à sa pleine amplitude. Le miracle de ces seize plages, c’est qu’en leur achèvement sans tare – frappant dès la première écoute – rien ne se clôt, ne s’enclot, ne fait matière morte. Au lieu d’aveugler - de brûler l'œil qui s'y accroche - leur lumière de phosphore flashé attire et séduit, ouvre des voies à nos pas consentants. La pop, là, est limpide, ses lignes claires, ses proportions concises et pures. Rien ne s’y perd, pourtant, du sens des déplacements, des légères torsions qui changent toute perspectives, dont le groupe s’est fait maître, toujours plus joueusement, avec plus de finesse depuis ses premiers jours. Écoutez donc Stockholm Syndrome. Cette voix haut-perchée – c’est pour cette fois celle du bassiste, James McNew – qui s’affranchit en équilibre de tout soupçon de ridicule. Ce texte sur le fil – dit-il que le couple, que l’amour est impasse ? Voit-il au contraire qu’il faut poursuivre car ici flambe un foyer où rien ne se peut figer, geler, faire habitude comme une paralysie ? Ce solo si concis et qui pourtant explose, dérape, griffe un instant de ses abrasions les tranquilles accords… Recueillez à vos creux, partout, cette électricité foutraque et débordante, qui sourd ici des mélodies aux plus légers contours, s’engouffre aux innocents propos (Sugarcube…). Ces faisceaux de watts indomptés à quoi la guitare d’Ira nous avait accoutumé – une fois par album, au moins, ce depuis le second – jetez-y vous quand ils s’emparent, cette fois, des orgues en minutes étirées. (Ça s’appelle Spec Bebop – le bop à grosses lunettes ? – et c’est un titre foutument pertinent dans son humour et son énigme). Avant cela (Shadows, Green Arrow…) baignez-vous aux eaux chaudes, à l’air épais des plages aux langueurs qui – surprise… magie ? Science peut-être du détail, de l’arrangement – n’engourdissent pas mais stimulent, éclaircissent le sang. Tombez cent fois, en cent écoute, à la fausse fin, accrochez-vous cent fois à la relance en cascade de Moby Octopus. Partout, suivez la batterie de Georgia, toujours plus vive et plus bruissante ; et pourtant épurée, sans qu’un moindre battement vienne faire note inutile ; comme si la Moe Tucker du Velvet Underground était gagnée par la souplesse du jazz, son allant libre, son roulement de syncope, sans pourtant se forcer à sa complexité. Le Velvet, disais-je. Jamais, sans doute, le trio n’en avait été aussi proche – celui de l’album homonyme de 1969 plutôt que celui du disque à la banane de 1967… Sans Nico ni Wharol, donc. Mais au plus près aussi d’innombrables autres sources. Des musiques de ces âges que, successivement, on a décrété d’or. Les sixties en leurs havres les plus multiplatinées – les Beach Boys y sont repris, indiquais-je plus haut – tout autant qu’en leur histoire secrète. Les premières saillies amplifiées, aussi, qui avaient retourné, déchiré l’enveloppe des vielles formes rurales, brouillé tous les États une décennie plus tôt – le groupe va jusqu’à inviter Al Perkins, mythique glisseur de cordes d’Elvis (entre autres et pour ce qui est de sa carrière la plus publique) – à filer son cristal sur deux morceaux choisis. Americana… Amérique. Oui, c’est bien tout leur vaste pays, ce nord du continent aux climats contrastés comme tout ce qui fait monde, qu’embrasse le trio sur ce disque encore plus qu’ailleurs, en chœurs, en harmonies, en chants et en textures, en quarante, cinquante, soixante ans et plus de chants de tout, enregistrés. Avec tous ses ports où s’importent d’autres Centres de Gravité – comme cette accès de tropique sur la treizième plage, cette trompette Mariachi qui pointe au sud d'un autre frontière, au sixième index. Avec ce goût profond et insatiable, sans limite et sans faute de ces jeunes adultes (à l’époque, tous trois doivent avoisiner la trentaine) poussés sur un rivage planté face à l’Europe… Au large, où l’on aborde quand finissent les eaux. "We’re an American Band"… Comme disaient les hard-rockeurs prolétaires de Grand Funk Railroad, qui avaient ainsi nommé l’un de leur album ? Peut-être bien. A ceci prêt que les poussées lyriques de la guitare, sur la plage qui prend ici ce titre, doivent tout, plutôt, au Crazy Horse de Neil Young (le Canadien... encore un azimut) dans ses déchirements striés. Concluons. Les yeux sur la ligne d’horizon : "Mon petit coin du Monde". Encore un emprunt. A une certaine Anita Bryant, cette fois-ci, ancienne Miss Oklahoma, voix d’éther sur violonades et… Ardente championne du combat CONTRE les droits des homosexuels. La ritournelle, ici, se dessine, se reprend en country à l'enveloppe translucide. La chanson s’ouvre. L'ironie, Chez Yo La Tengo, fait brèche plutôt que scellée. Ainsi, aussi, de la pureté des lignes. La chanson s’allume. Elle luit, elle brille. La voix de Georgia y perle sa fraicheur aux confins de la justesse. Et la lumière s’engouffre aux avenues. Quelle sente nous mènera aux bords de la nuit d'après ?

note       Publiée le dimanche 13 mai 2012

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Seijitsu › lundi 14 mai 2012 - 18:07  message privé !

Ouep, leur chef d'oeuvre. Celui où leur éclectisme est le mieux mis en valeur.

Note donnée au disque :       
A.Z.O.T › lundi 14 mai 2012 - 16:44  message privé !

Superbe disque sans faux plat. Très bonne chronique dioneo !

Note donnée au disque :